« Théo, c’est mon mi­ni-moi »

Phi­lippe Croi­zon,

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Pro­pos re­cueillis par LIO­NEL CHA­MI

CÉ­LÈBRE pour ses per­for­mances ex­trêmes, ses ou­vrages et sa pré­sence dans les mé­dias, Phi­lippe Croi­zon, 48 ans, re­tient son souffle alors que son jeune pro­té­gé, le Lor­rain Théo Cu­rin, 16 ans, ben­ja­min de la dé­lé­ga­tion fran­çaise, entre en lice au­jourd’hui sur le 200 m nage libre*. Par­lez-nous de votre pro­té­gé, Théo Cu­rin, 16 ans, qui va s’ali­gner en na­ta­tion… PHI­LIPPE CROI­ZON. Il est mon « mi­ni-moi » de­puis qu’un jour il m’a ap­pe­lé son « grand moi ». Sa ma­man, qui avait lu « J’ai dé­ci­dé de vivre », mon pre­mier livre, m’a écrit une lettre. Théo, 6 ans alors, avait été am­pu­té des quatre membres à cause d’une mé­nin­gite bac­té­rienne à mé­nin­go­coque C. J’ai pleu­ré comme une ma­de­leine à la lec­ture de cette lettre. J’ai mis six mois à ré­pondre, je ne sa­vais pas quoi dire. Il ar­ri­vait à cet en­fant de 6 ans ce qui m’était ar­ri­vé à 26. Vous avez ré­pon­du… Fi­na­le­ment, j’ai pris mon cou­rage… non pas à deux mains, mais j’ai ap­pe­lé cette ma­man. Elle m’a pas­sé Théo tout de suite. Elle lui avait lu mon livre et il m’a dit : « Quand est-ce que tu viens me voir ? » Quinze jours plus tard, j’étais chez eux, du cô­té de Lu­né­ville (NDLR : Meurthe-et-Mo­selle). En­suite, on est de­ve­nus in­sé­pa­rables. Je prends son éner­gie, il prend la mienne.

FRANCE 4, 19 HEURES FRANCE 2, 22 H 30

Quel rôle avez-vous te­nu dans sa car­rière spor­tive ? Quand je me pré­pa­rais pour la tra­ver­sée de la Manche, il est ve­nu me voir à Châ­tel­le­rault (Vienne). On lui avait mis une com­bi­nai­son, des frites sous les bras et un pe­tit masque afin qu’il puisse me voir na­ger. Mais il avait une telle pho­bie de la flotte qu’il a fal­lu le re­mettre dans son fau­teuil. Dans la voi­ture tou­te­fois, sur le che­min du re­tour, il a dit à ses pa­rents qu’il vou­lait al­ler à la pis­cine et ap­prendre à na­ger. A quel rythme a-t-il pro­gres­sé ? Pen­dant un an, il s’est en­traî­né, sans rien m’en dire. Et avant que je ne tra­verse la Manche ( NDLR : en 2010), il vient en cure à La Roche-Po­say, à cô­té de chez moi. Il me de­mande d’al­ler à la pis­cine. Là, il se jette à l’eau et me montre comment il nage. Quelques an­nées plus tard, à 12 ans, Théo m’ap­pelle et me dit qu’il sait ce qu’il veut faire, qu’il connaît son rêve : « A force de m’en­traî­ner, je vois que je fais des temps. Je veux de­ve­nir cham­pion du monde et, sur­tout, cham­pion pa­ra­lym­pique. Mais pour ça, il faut que je quitte pa­pa et ma­man et que j’aille au pôle France de Vi­chy. Ce qu’il a fait… Au­jourd’hui, ça fait quatre ans qu’il s’en­traîne comme un fou (NDLR : Croi­zon est rat­tra­pé par l’émo­tion et doit s’in­ter­rompre briè­ve­ment). Ima­gi­nez ce ga­min de 12 ans… Dans l’eau à 6 heures tous les ma­tins, à 8 h 30 au col­lège. Le soir, une nou­velle heure d’en­traî­ne­ment, une heure d’étude, dî­ner, cou­cher et ce de­puis quatre ans. Tout le monde lui di­sait : « Théo, c’est pas pos­sible. Tu se­ras trop jeune pour al­ler à Rio… » Moi, je lui ai tou­jours dit que s’il croyait en son rêve, tout était pos­sible. Que l’im­pos­sible, c’était une seule per­sonne, juste lui. A quoi peut-il pré­tendre aux Jeux ? Il a eu sa pre­mière mé­daille, l’ar­gent, dans le 200 m nage libre aux Cham­pion­nats d’Eu­rope de Ma­dère. A Rio, il n’a que des adultes en face de lui et des cham­pions as­sez ba­lèzes. Mais peut-être, je dis bien peut-être, peu­til pré­tendre à la mé­daille de bronze sur le 200 m nage libre.

« Quatre ans qu’il s’en­traîne comme un fou »

* Théo Cu­rin s’ali­gne­ra éga­le­ment sur 50 et 100 m nage libre, ain­si que sur 50 m pa­pillon.

Phi­lippe Croi­zon, qui suit Théo Cu­rin de­puis l’âge de 6 ans, croit aux chances de mé­daille de son pro­té­gé sur 200 m nage libre.

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