Ces mo­ments !

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES -

« Où va-t-on au­jourd’hui ? » de­mande e le pho­to­graphe Fré­dé­ric au saut du sacc de cou­chage. « A Bruère-Allichamps »,, lui dis-je. « Qu’y a-t-il là-bas ? Rien, c’est t juste le centre de la France. » Je vois s bien que son oeil se fige. Le mot rien n n’est pas so­luble dans l’ima­gi­naire d’un n pho­to­graphe, ce que l’on peut com­pren- dre. Les chas­seurs d’images ne se e dé­placent ja­mais sans ob­jec­tif. Sur r place, nos espoirs ne sont pas dé­çus.. Ex­cep­té un sar­co­phage sur­mon­té d’un n dra­peau, il n’y a… rien. Sauf que. Les s trois fi­gures que nous ren­con­trons — laa res­tau­ra­trice, le bis­tro­tier et Ma­de­leine, , la mé­moire des lieux — nous offrent un n in­com­pa­rable cha­pe­let de ren­con­tress qui font étin­ce­ler l’après-mi­di. On n dé­ploie les pa­ra­pluies. Pas parce qu’il l pleut mais pour les pho­tos. Cha­cun pose e avec le plus large sou­rire et un soup­çonn de fier­té. Ce qu’ils ne savent pas c’est t que c’est nous qui sommes fiers de les s avoir croi­sés. Rien n’existe pas..

Dans les ma­rais sa­lants qui s’éveillent au so­leil, nous cher­chons un pa­lu­dier. C’est la pleine sai­son de la ré­colte. Im­pos­sible de ne pas y mettre notre grain de sel. Seul au mi­lieu des re­flets, un jeune homme fait de l’équi­li­brisme entre les bas­sins avec sa brouette. Il se nomme Alexandre. Il a 19 ans. En­fant du pays, il gagne son pre- Nous avons ren­dez-vous avec des s ânes dans une ferme qui pra­tique une e thé­ra­peu­tique douce par la mé­dia­tion n ani­male. Pour nombre de pa­tientss at­teints de pa­tho­lo­gies graves, le contactt avec les bêtes est apai­sant et ré­con­for- tant. L’un des ânes s’ap­pelle Brin n d’amour. A Cho­let, le GPS nous in­vite à prendre l’ave­nue des Câ­lins. C’est un n gag ? Non, l’ave­nue des Câ­lins existe bel l et bien. Elle tire son nom de l’an­cien n quar­tier de tis­se­rands. On dé­si­gnait par r câ­lins les gens les plus pauvres. Sur r place, voi­ci notre Brin d’amour et ses s ca­ma­rades. Une pe­tite fille s’ap­proche, , plonge ses yeux dans ceux de l’ani­mal, , tend sa main pour le ca­res­ser. En­tree eux com­mence un n long dia­logue de e si­lence et de ten- dresse. S’ap­pro­cher.. Ten­ter de sai­sir r quelque chose de e cette com­mu­nion.. mier sa­laire en ré­col­tant cet or blanc. Veut-il bien po­ser pour nous ? C’est à son grand-père au­quel il songe aus­si­tôt. « Si je dois être pho­to­gra­phié, alors je vais échan­ger mes lu­nettes de so­leil contre mes lu­nettes de vue. Mon grand-père ne se­rait pas content si on ne voyait pas mes yeux. » Oli­vier dé­ploie son ré­flec­teur do­ré pour ren­voyer une lu­mière plus douce sur son vi­sage. Les tou­ristes qui passent à vé­lo sur la route se de­mandent quel film se tourne ici. « Quand les vaches se couchent, an­nonce Oli­vier le pho­to- graphe, c’est mau­vais signe. » De fait, les bo­vins de ce coin de e l’An­jou ont le ventre au frais de la ro­sée tan­dis que sur nos s têtes le ciel n’est pas d’une gaî­té folle. Nous nous ren­dons à Ver­gonnes où se tient pour trois jours l’éco­fes­ti­val de l’Ar­bree qui marche. Le par­king est un champ mois­son­né. Il pleutt comme vache qui pisse de­bout. Trois heures plus tard, c’est le e drame. Im­pos­sible de re­par­tir : le cam­ping-car pa­tine dans laa terre. Cro­chet de sau­ve­tage in­trou­vable. Fi­na­le­ment ce se­ra…… le maire, qui ar­ri­ve­ra sur son trac­teur. Il se roule dans la bouee pour nous, dis­pa­raît presque sous la bête, fi­nit par trou­ver r une prise, y ar­rime une cour­roie. Dû­ment pous­sée par unee bonne di­zaine de mains, notre chambre à rou­lettes re­part enn ca­ho­tant sur les sillons. On di­rait qu’elle gam­bade. . A Plo­van, c’est jour de ga­loche, cette pé­tanque dis­co­bole qui fait tom­ber des quilles, dont le Fi­nis­tère fe­ra un jour une dis­ci­pline olym­pique. Le bou­lan­ger am­bu­lant est ar­ri­vé tôt. Il vend toutes sortes de ga­lettes et de pains, aux algues no­tam­ment, ou ces « pains de ma­rins » à la mie très ser­rée qui s’hy­dratent en mer pour nour­rir l’équi­page. Il est fier de son mé­tier, de son sa­voir-faire. Il « in­vente » sa mar­chan­dise, dit-il avec la même jouis­sance qu’un ar­ti­san bi­jou­tier mon­tre­rait sa der­nière col­lec­tion. Sa ca­hute contient un four en éveil. Tan­dis qu’il roule, tan­dis qu’il vend, ça tra­vaille tou­jours là-de­dans. Il doute des tech­niques mo­dernes de cuis­son, ré­pète : « Faut pas me la faire ! » La ga­lette aux algues coûte 2 €. Il est 10 heures du ma­tin. La vie est belle. A Pont-Croix, c’est foire à l’an­cienne. On a re­cons­truit un la­voir, et De­nise, 69 ans, s’y ac­tive. Age­nouillés sur la mar­gelle dans une som­maire caisse à l la­ver, des mômes de 6 ans re­passent éner­gi­que­ment au sa­von de Mar­seille un tor­chon qui s’an­nonce propre pour la nuit des temps. De­nise est du pays. Sa vie a été tra­vail. Ses vê­te­ments sont cou­sus main. Sa coiffe est sa fier­té. Quant au sa­von de Mar­seille, à l’en­tendre, il lave les dents comme les pé­chés. « Tout le pays m’ap­pelle la Mère De­nis, dit-elle, vous pou­vez l’écrire. ». Conser­ver d’elle l’image gé­né­reuse, au­then­tique, sal­va­trice, d’un monde que nous sommes ten­tés d’ou­blier.

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