Zi­za­nie au­tour de Sar­ko­zy

FRANCE TÉ­LÉ­VI­SIONS. Rien ne va plus entre Elise Lu­cet et son pa­tron, Mi­chel Field. Ce der­nier veut re­por­ter une en­quête sur le fi­nan­ce­ment de la cam­pagne pré­si­den­tielle du can­di­dat de droite en 2012.

Aujourd'hui en France - - TÉLÉVISION ET MÉDIAS - BE­NOÎT DA­RA­GON ET MI­CHAËL ZOLTOBRODA

UN GROS COUP pour re­lan­cer « En­voyé spé­cial » ? C’était le rêve d’Elise Lu­cet, qui re­prend les rênes du ma­ga­zine de France 2, le 29 sep­tembre. De­puis le mois de mai, l’exs­tar du 13 Heures et ses équipes pré­parent une en­quête sur l’af­faire Bygmalion. Et bin­go ! le jour­na­liste Tris­tan Wa­le­ckx a dé­cro­ché une in­ter­view de Franck At­tal. Les pre­mières con­fes­sions du per­son­nage clé du fi­nan­ce­ment de la cam­pagne pré­si­den­tielle de Ni­co­las Sar­ko­zy en 2012. Ça, c’est le scoop idéal !

Mais Mi­chel Field, le di­rec­teur de l’in­for­ma­tion de France Té­lé­vi­sions, qui sou­te­nait l’en­quête au dé­part, en a dé­ci­dé au­tre­ment. Il a d’autres prio­ri­tés : s’as­su­rer de la pré­sence de l’an­cien chef d’Etat pour la pre­mière de « l’Emis­sion po­li­tique », nou­velle ver­sion de « Des pa­roles et des actes », le 15 sep­tembre. C’est là que ça coince. D’après « le Ca­nard en­chaî­né », l’en­tou­rage de Ni­co­las Sar­ko­zy a con­di­tion­né la ve­nue de son cham­pion sur le pla­teau de Da­vid Pu­ja­das et Léa Sa­la­mé au re­port de l’en­quête d’« En­voyé spé­cial »… après la pri­maire à droite, soit après le 27 no­vembre. La dif­fu­sion d’un des dé­bats des pri­maires par France 2 se­rait éga­le­ment re­mise en cause. Face aux pres­sions, Mi­chel Field tente de don­ner des gages au clan Sar­ko­zy. Mi-juillet, il fait sa­voir en in­terne qu’il n’est plus ques­tion de dif­fu­ser l’en­quête sur Bygmalion pen­dant la cam­pagne of­fi­cielle des pri­maires des Ré­pu­bli­cains, qui com­men­ce­ra le 21 sep­tembre.

Elise Lu­cet, fu­rieuse, est priée de trou­ver un autre su­jet pour sa pre­mière ! « Or l’en­quête Bygmalion a tou­jours fait par­tie du som­maire de ren­trée, in­siste-t-on du cô­té d’En­voyé spé­cial. La di­rec­tion le sa­vait. Nous avons des mails qui le prouvent. » S’en­gage alors un long bras de fer entre le pa­tron de l’in­fo et l’équipe du ma­ga­zine. Lun­di, Mi­chel Field croit être sau­vé par l’ac­tua­li­té lorsque l’af­faire Bygmalion re­fait les gros titres de l’ac­tua­li­té (voir ci-contre). Il de­mande aux équipes d’« En­voyé spé­cial » de réa­li­ser un 26 mi­nutes en ur­gence pour le dif­fu­ser au­jourd’hui, juste après le 20 Heures. Un bri­co­lage re­fu­sé ca­té­go­ri­que­ment par la ré­dac­tion. Im­pos­sible de mon­ter plu­sieurs mois d’en­quête en trois jours ! Un com­pro­mis est fi­na­le­ment trou­vé hier ma­tin : la dif­fu­sion d’un ex­trait de cinq mi­nutes de l’in­ter­view d’At­tal dans le JT de Da­vid Pu­ja­das de ce soir. Une belle vi­trine, mais qui ne règle pas le fond du pro­blème.

Des ten­sions en in­terne ra­vi­vées

La date de la dif­fu­sion de l’en­quête a ré­veillé les ten­sions entre la ré­dac­tion et Mi­chel Field, vi­sé par une mo­tion de dé­fiance en avril, quatre mois après son ar­ri­vée dans le ré­seau pu­blic. « Ni­co­las Sar­ko­zy ne m’a ja­mais ap­pe­lé pour faire pres­sion, nous a pour­tant af­fir­mé hier le pa­tron de l’in­fo. De­puis le dé­part, je suis op­po­sé à l’idée que ce su­jet soit dif­fu­sé pen­dant les pri­maires des Ré­pu­bli­cains. Les an­tennes de France Té­lé ne doivent pas être ma­ni­pu­lées contre un des can­di­dats en cam­pagne. » Et le big boss d’as­su­rer que l’en­quête — dont il n’a pas en­core vu d’images — se­ra à l’an­tenne d’ici à la fin de l’an­née. Et même pen­dant la cam­pagne « si l’ac­tua­li­té l’exige ».

Confor­mé­ment à sa ré­pu­ta­tion de té­na­ci­té, l’équipe d’Elise Lu­cet ne lâche rien : « L’agen­da po­li­tique ne doit pas dic­ter l’agen­da jour­na­lis­tique. Notre dé­ter­mi­na­tion est to­tale pour que l’en­quête soit dif­fu­sée le 29. » « C’est une né­ces­si­té ci­toyenne », in­siste la So­cié­té des jour­na­listes (SDJ) de France Té­lé­vi­sions. La ré­dac­tion es­père que la dif­fu­sion ce soir d’ex­traits du té­moi­gnage de Franck At­tal ac­cé­lé­re­ra le pro­ces­sus : « On ne peut pas pro­gram­mer un su­jet brû­lant trois mois après les pre­mières images. » D’ici là, Franck At­tal au­ra sû­re­ment fait le tour de toutes les chaînes de té­lé­vi­sion.

23 M€ de trop ?

Qu’il af­fiche une sé­ré­ni­té sans faille ou sa croyance ab­so­lue en un non-lieu n’y change rien : Ni­co­las Sar­ko­zy traîne son bou­let Bygmalion de­puis des mois. L’ex-chef d’Etat, mis en exa­men en fé­vrier, est soup­çon­né d’avoir dé­pas­sé, et dans les grandes lar­geurs (23 M€), le pla­fond au­to­ri­sé des frais de cam­pagne en 2012, avant l’élec­tion pré­si­den­tielle. Et le voi­là sous la me­nace d’un pro­cès. Le par­quet de Pa­ris vient de ré­cla­mer son ren­voi en cor­rec­tion­nelle pour fi­nan­ce­ment illé­gal de sa cam­pagne en 2012, au cô­té de 13 autres per­sonnes, dont les pa­trons de l’époque de la so­cié­té de com­mu­ni­ca­tion Bygmalion. Le sort de Sar­ko­zy est entre les mains des juges d’ins­truc­tion. S’ils suivent l’avis du par­quet, il se­ra ju­gé. Son unique es­poir se­rait alors de rem­por­ter la pri­maire de la droite puis de triom­pher à l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2017 afin de dif­fé­rer, du fait de l’im­mu­ni­té du chef d’Etat, son pro­cès à… 2022, au plus tôt.

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