Cette fois,

ÉLY­SÉE. Pas de dé­cla­ra­tion of­fi­cielle de can­di­da­ture, certes. Mais le dis­cours de Fran­çois Hol­lande, hier, ne lais­sait au­cun doute : il est prêt à en dé­coudre pour 2017.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Pro­pos re­cueillis par CH­RIS­TINE HEN­RY AVA DJAMSHIDI ET PHI­LIPPE MARTINAT

UNE EN­TRÉE de rock star digne de… Ni­co­las Sar­ko­zy ! Hier, à 11 h 10, Fran­çois Hol­lande re­monte la salle Wa­gram, à Pa­ris (XVIIe), au mi­lieu d’un ton­nerre d’ap­plau­dis­se­ments. D’un cô­té et de l’autre de l’al­lée cen­trale, il serre les mains.

Sou­dain, il s’ar­rête pour em­bras­ser une femme voi­lée. Son nom : La­ti­fa Ibn Zia­ten, dont le fils, mi­li­taire, a été as­sas­si­né par Mo­ha­med Me­rah en 2012. Un geste qui ne doit rien au ha­sard : le dis­cours du pré­sident va por­ter sur la dé­mo­cra­tie face au ter­ro­risme. Fa­çon de mon­trer, comme il le rap­pel­le­ra bien­tôt, que les mu­sul­mans sont les pre­mières vic­times des dji­ha­distes.

Pas en­core can­di­dat, mais c’est tout comme

Pres­sé de­puis plu­sieurs jours par ses sup­por­teurs d’en­voyer des si­gnaux nets sur sa can­di­da­ture en 2017, Fran­çois Hol­lande a, cette fois, clai­re­ment lais­sé trans­pa­raître son ap­pé­tit pour un se­cond man­dat. Tout en évi­tant de se dé­cla­rer for­mel­le­ment. Du­rant une heure, le pré­sident a lar­ge­ment dé­bor­dé du su­jet an­non­cé pour dé­crire à cette oc­ca­sion l’en­jeu de so­cié­té qui se des­sine dans cette pré­cam­pagne élec­to­rale : « la pro­tec­tion des Fran­çais, le mo­dèle so­cial, la co­hé­sion na­tio­nale ».

Une cible : Ni­co­las Sar­ko­zy

Ren­tré de vi­site of­fi­cielle au Viêt Nam dans la nuit, le pré­sident au­ra tra­vaillé son texte jus­qu’à la toute der­nière mi­nute. Un dis­cours les­té de lourdes at­taques contre Ni­co­las Sar­ko­zy. « Les prin­cipes consti­tu­tion­nels ne sont pas des ar­gu­ties ju­ri­diques (NDLR : le mot ar­gu­tie dé­signe une sub­ti­li­té de lan­gage qui dis­si­mule l’ab­sence d’ar­gu­ments sé­rieux) », lance Hol­lande en al­lu­sion à des pro­pos te­nus par son pré­dé­ces­seur à l’Ely­sée après l’as­sas­si­nat du père Ha­mel, en juillet. « Ar­gu­tie ju­ri­dique, la pré­somp­tion d’in­no­cence — bien com­mode à bran­dir quand il s’agit de plai­der pour son propre compte ? » tacle-t-il sé­vè­re­ment. Ja­mais nom­mé, tou­jours vi­sé, son ad­ver­saire em­pê­tré dans l’af­faire Byg­ma­lion. « C’est Sar­ko­zy qui donne le la. C’est ce­lui qui im­prime à droite », dé­crypte Ch­ris­tophe Bor­gel, le bras droit de Jean-Ch­ris­tophe Cam­ba­dé­lis au PS. C’est, sur­tout, l’ad­ver­saire dont rêve tout haut le pré­sident sor­tant. Mais, au pas­sage, Alain Jup­pé, te­nant d’une « iden­ti­té heu­reuse », en prend aus­si pour son grade. « L’iden­ti­té n’est ni heu­reuse ni mal­heu­reuse, se moque le presque can­di­dat des so­cia­listes, elle n’est pas fi­gée dans le temps. »

L’es­quisse d’un pro­gramme

Vi­si­ble­ment, Hol­lande a dé­jà en tête les axes de sa fu­ture cam­pagne. Avec un fil rouge : le pro­tec­teur, c’est lui. Il veut pro­té­ger contre la me­nace ter­ro­riste, pro­té­ger les va­leurs de l’Etat de droit, pro­té­ger le mo­dèle so­cial. L’édu­ca­tion, le non­cu­mul des man­dats dans le temps, les va­leurs eu­ro­péennes (« Non, l’Eu­rope n’est pas juste une place fi­nan­cière »), une par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne... il dé­cline son fu­tur pro­gramme. Tout ce­la des­sine dans son es­prit un mo­dèle de so­cié­té dans le­quel toutes les com­mu­nau­tés re­li­gieuses ont leur place, à l’op­po­sé des pro­jets « po­pu­listes » de la droite et de l’ex­trême droite qui me­nacent la co­hé­sion na­tio­nale. Rai­son pour la­quelle Hol­lande ap­pelle à « la res­pon­sa­bi­li­té » et au ras­sem­ble­ment de son camp : « Quand le dan­ger est là, nous de­vons nous re­trou­ver. » Un mes­sage des­ti­né en par­ti­cu­lier au dé­mis­sion­naire Em­ma­nuel Ma­cron.

Le pré­sident, c’est moi

L’heure est dé­jà à la dé­fense de son bi­lan, des ré­formes me­nées de­puis 2012, si nom­breuses se­lon lui qu’il fau­drait « une jour­née » pour les dé­tailler ! Et au rap­pel de sa pré­émi­nence, au nom du suf­frage uni­ver­sel, lui qui est le seul, sou­ligne-t-il drô­le­ment, à « avoir eu l’onc­tion ». Ma­nière de bien sou­li­gner son sta­tut à part dans la pri­maire du PS où il de­vrait concou­rir fin jan­vier. L’an­nonce de son en­ga­ge­ment of­fi­ciel se­ra faite en dé­cembre. « Mais pour ceux qui dou­taient en­core de ses in­ten­tions, je crois qu’il a mis fin au sus­pense », se ré­jouit un di­ri­geant so­cia­liste. @AvaD­jam­shi­di @Phi­lip­peMar­ti­na

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