Ne par­lez pas d’im­pôt aux DRH !

PRÉ­LÈ­VE­MENT À LA SOURCE. L’As­so­cia­tion na­tio­nale des di­rec­teurs des res­sources hu­maines re­doute les ef­fets et la com­plexi­té de l’ins­tau­ra­tion, en 2018, de la re­te­nue de l’im­pôt di­rec­te­ment sur les sa­laires.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - DA­NIEL ROSENWEG

ILS SE­RONT aux avant-postes de la ré­forme. Au­tant dire sur le front. Et à quinze mois de l’échéance fixée par le chef de l’Etat, la mise en place du pré­lè­ve­ment à la source de l’im­pôt sur le re­ve­nu in­quiète sé­rieu­se­ment les di­rec­teurs des res­sources hu­maines (DRH), car ce sont eux qui de­vront l’ap­pli­quer dans leurs en­tre­prises. S’ils pa­niquent un peu à l’ap­proche de l’échéance, c’est d’abord par manque d’in­for­ma­tions mais aus­si parce qu’ils re­doutent la ré­ac­tion des sa­la­riés au vu de leur fiche de paie.

« On a de sé­rieuses craintes sur le vo­let in­for­ma­tique », ex­plique ain­si Be­noit Serre, di­rec­teur des res­sources hu­maines à la Ma­cif. « Les re­tards de l’Etat pour la mise en place des dé­cla­ra­tions so­ciales no­mi­na­tives (NDLR : en cours) nous ont échau­dés. Les édi­teurs de lo­gi­ciels se­ront-ils in­for­més et leurs lo­gi­ciels com­pa­tibles dans les dé­lais ? » s’in­ter­roge ce­lui qui est éga­le­ment vi­ce­pré­sident de l’ANDRH (As­so­cia­tion na­tio­nale des di­rec­teurs des res­sources hu­maines).

Le re­ve­nu net am­pu­té

A l’as­so­cia­tion, qui compte 5 000 membres, on re­doute aus­si d’être con­fron­té di­rec­te­ment à la ré­ac­tion des sa­la­riés. « Ce qui les in­té­resse, c’est ce qu’il y a en bas de la fiche de paie, ex­plique Jean-Paul Char­lez, pré­sident de l’as­so­cia­tion et DRH d’Etam. Et ils sont très sen­sibles au moindre chan­ge­ment. On l’a vu quand il a fal­lu fis­ca­li­ser la part des en­tre­prises dans la com­plé­men­taire san­té col­lec­tive ! »

S’ils sont in­quiets, c’est qu’en ef­fet, le net de la feuille de paie va vrai­ment chan­ger pour ceux qui sont im­po­sés. « Pour un col­la­bo­ra­teur qui gagne 2 000 € par mois, le net risque d’être am­pu­té (NDLR : se­lon les cas, les si­tua­tions fa­mi­liales — ma­rié ou non, en­fants à charge ou non) de 300 à 400 €. Ça va lui faire drôle. Il ne va pas man­quer de pro­tes­ter, par exemple de la non-prise en compte de chan­ge­ments ré­cents, et on ne pour­ra pas lui fer­mer la porte ! » pré­dit le DRH d’Etam.

A Ber­cy, on re­la­ti­vise : « L’in­ter­lo­cu­teur unique des contri­buables res­te­ra la Di­rec­tion gé­né­rale des fi­nances pu­bliques. » Certes, mais ce n’est pas l’ad­mi­nis­tra­tion qui gé­re­ra les pro­blèmes ou les in­com­pré­hen­sions au quo­ti­dien, ar­gu­mentent les DRH, puisque, tech­ni­que­ment, ce sont les en­tre­prises qui col­lec­te­ront l’im­pôt sur le re­ve­nu.

Des points tech­niques à éclair­cir

De nom­breux autres points tech­niques res­tent flous. « Que va-t-on faire des sa­la­riés mul­ti-em­ployeurs ? De ceux dont la si­tua­tion pro­fes­sion­nelle change en cours d’an­née, par exemple pour pas­ser d’un temps par­tiel à un plein-temps ? Quel taux d’im­pôt ap­pli­quer pour les per­son­nels em­ployés quelques jours en CDD ? » Là en­core, l’en­tou­rage de Ch­ris­tian Eckert, le se­cré­taire d’Etat au Bud­get, tient à ras­su­rer : « Il y au­ra un taux à ap­pli­quer sur une as­siette, les va­ria­tions de re­ve­nus se­ront ain­si prises en compte im­mé­dia­te­ment. Ce taux se­ra four­ni chaque mois par l’ad­mi­nis­tra­tion fis­cale et tout contri­buable pour­ra de­man­der en cours d’an­née un re­cal­cul de ce taux. S’il doit y avoir ajus­te­ment, il se fe­ra l’an­née sui­vante, comme au­jourd’hui. »

Ma­ni­fes­te­ment, une cam­pagne d’in­for­ma­tion s’im­pose. Y com­pris pour les spé­cia­listes. Celle-ci est pré­vue et se­ra me­née tout au long de 2017 pour ac­com­pa­gner les en­tre­prises, mais aus­si les contri­buables qui connaî­tront en août ou sep­tembre 2017 le taux d’im­pôt qui se­ra ap­pli­qué à leur sa­laire dès 2018.

A quinze mois de la mise en place de la re­te­nue de l’im­pôt à la source, les DRH s’ar­rachent dé­jà les che­veux car ce sont eux qui de­vront l’ap­pli­quer dans leurs en­tre­prises.

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