Voi­ci l’Airbnb des langues

ÉCHANGE. Pour pro­gres­ser en langues, le site TalkTalkbnb vous pro­pose d’ac­cueillir gra­tui­te­ment chez vous un An­glais ou un Ita­lien. Un concept en plein boom.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Fran­ces­ca, uti­li­sa­trice du site ÉLO­DIE CHERMANN

« Là au moins, je suis obli­gée de par­ler fran­çais tout le temps » Les autres for­mules

LE NEZ COLLÉ AU GPS de son s ma r t p h o n e , L o u i s P l a n t a r d , queue-de-che­val et sac à dos, s’im­mo­bi­lise au pied de la place Da­li­da, au coeur du XVIIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. « J’adore ce coin, c’est là qu’a été tour­né le Fa­bu­leux Des­tin d’Amé­lie Pou­lain », lance-t-il à Fran­ces­ca Bon­nin, une grande jeune femme aux longs che­veux châ­tains. « Mal h e u r e u s e - ment, le quar­tier e s t de­ve­nu t r è s bo­bo. » Son in­ter­lo­cu­trice le re­garde, per­plexe. « Ça veut dire quoi bo­bo ? » lui de­mande-t-elle avec un sa­vou­reux ac­cent ita­lien. Ori­gi­naire de Tu­rin (Pié­mont), l’étu­diante de 18 ans va sé­jour­ner gra­tui­te­ment chez lui pen­dant une se­maine, grâce au site TalkTalkbnb.

Ou­verte en mars 2016, cette plate-forme col­la­bo­ra­tive met en re­la­tion des hôtes qui sou­haitent ap­prendre une langue étran­gère et des voya­geurs dont c’est la langue ma­ter­nelle. « L’idée est née il y a un an et demi lors d’un dî­ner en fa­mille », se sou­vient Hu­bert Laurent, fon­da­teur de cette start-up lo­rien­taise et tra­duc­teur-in­ter­prète de for­ma­tion.

« Afin d’amé­lio­rer son an­glais, ma fille vou­lait qu’on aille vivre à Londres. Sauf que nous avions nos vies, notre fa­mille, nos amis ici. Mais rien ne nous em­pê­chait de nous rap­pro­cher de gens ayant une autre langue ma­ter­nelle que le fran­çais. » D’où l’idée de créer un ré­seau so­cial. En quelques mois, 12 000 membres is­sus de 65 pays s’y ins­crivent. Un suc­cès. « Pour moi, il n’y a pas de meilleur moyen pour pro­gres­ser dans une langue que de par­tir en im­mer­sion dans le pays, as­sure Fran­ces­ca. Seule­ment, les sé­jours lin­guis­tiques coûtent cher et ne sont pas for­cé­ment pro­bants. Là, au moins, je suis obli­gée d’être avec les au­toch­tones et de par­ler fran­çais tout le temps. » Les ré­sul­tats sont là. Elle passe au­jourd’hui, dans la même phrase, du condi­tion­nel au sub­jonc­tif pré­sent avec une fa­ci­li­té dé­con­cer­tante.

De son cô­té, Louis ne pré­tend pas de­ve­nir bi­lingue. « Le simple fait d’en­tendre les belles so­no­ri­tés ita­liennes chan­ter à mon oreille suf­fit à faire le bon­heur du mé­lo­mane que je suis », té­moigne le jeune homme, di­rec­teur de pro­duc­tion dans un stu­dio créa­tif du XXe ar- Il existe de nom­breuses for­mules pour amé­lio­rer son ni­veau de langues. Vous pou­vez, par exemple, ac­cueillir un an­glo­phone chez vous avec Aliore.org. En échange du lo­ge­ment et des re­pas pris en fa­mille, l’as­sis­tant d’an­glais dis­pense des cours à toute la fa­mille (50 € de frais d’adhé­sion et 80 € de frais ad­mi­nis­tra­tifs). Autre so­lu­tion : louer gra­tui­te­ment une chambre en échange de ser­vices comme les cours de langues. De nom­breux sites In­ter­net, comme Toit­chez­moi.com, font of­fice d’in­ter­mé­diaires. En­fin, des ap­pli­ca­tions pro­posent des cours de langues, sou­vent de fa­çon lu­dique. C’est le cas no­tam­ment de Duo­lin­go ou de Bab­bel. La pre­mière est gra­tuite, la se­conde est payante. ron­dis­se­ment. Plus que l’ap­pren­tis­sage de la langue, c’est en fait sur­tout la ren­contre qu’il ap­pré­cie. « La culture ita­lienne est à la fois très proche et très dif­fé­rente de la nôtre, s’en­thou­siasme-t-il. Je trouve donc in­té­res­sant d’échan­ger sur nos spé­ci­fi­ci­tés, au-de­là des cli­chés. » En­core faut-il être prêt à ou­vrir sa porte à un in­con­nu… « J’ai fait pas mal de coach­sur­fing avant, ce­la ne m’ef­frayait donc pas du tout », confie-t-il. Fran­ces­ca, elle, a quand même pris le soin d’éplu­cher les pro­fils et les pho­tos des dif­fé­rents membres avant de faire son choix. « J’ai pas mal cor­res­pon­du avec Louis avant mon dé­part, et il m’a tout de suite pa­ru sym­pa, ra­conte-elle. Et puis, l’in­con­nu fait par­tie du charme du voyage, non ? »

Pa­ris, cet été. Grâce à la plate-forme col­la­bo­ra­tive TalkTalkbnb, Fran­ces­ca, étu­diante ita­lienne ori­gi­naire de Tu­rin, a été hé­ber­gée une se­maine chez Louis, en échange de cours d’ita­lien per­son­na­li­sés.

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