Le ver ma­rin, pro­duit mé­di­cal mi­racle ?

SAN­TÉ. L’hé­mo­glo­bine de l’aré­ni­cole pos­sède des pro­prié­tés éton­nantes. Elle per­met de conser­ver plus long­temps les or­ganes à trans­plan­ter. Plu­sieurs hô­pi­taux s’y in­té­ressent.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Mor­laix (Fi­nis­tère) De notre cor­res­pon­dante Franck Zal, bio­lo­giste NO­RA MO­REAU

CET ANI­MAL ano­din pour­rait bien un jour vous sau­ver la vie. L’Are­ni­co­la ma­ri­na est un ver de vase pré­sent sur nos côtes, no­tam­ment en Bre­tagne. « On le re­père au pe­tit tor­tillon qu’il forme sur le sable », ex­plique Franck Zal, spé­cia­liste de l’aré­ni­cole pré­sente sur Terre de­puis 450 mil­lions d’an­nées. Le cher­cheur tra­vaillait au CNRS, à la Sta­tion bio­lo­gique de Roscoff (uni­ver­si­té Pa­ris-VI) avant de créer à Mor­laix sa so­cié­té de bio­tech­no­lo­gie, He­ma­ri­na, en 2007.

Après des an­nées de re­cherches, il avait dé­cou­vert que la mo­lé­cule d’hé­mo­glo­bine de l’aré­ni­cole pos­sé­dait des pro­prié­tés éton­nantes. « J’ai fait des tests en rem­pla­çant une par­tie du sang de pe­tits ani­maux par de l’hé­mo­glo­bine de ver ma­rin, ex­plique-t-il. Tout s’est très bien pas­sé. » Le cher­cheur ima­gine alors créer un sub­sti­tut san­guin à par­tir du pe­tit in- ver­té­bré. « Nous avons prou­vé que l’hé­mo­glo­bine de ce ver est un trans­por­teur d’oxy­gène uni­ver­sel. Or, il se trouve qu’on a be­soin d’oxy­gène, que ce soit pour le trans­port des gref­fons, la trans­fu­sion san­guine, la ci­ca­tri­sa­tion ou la culture cel­lu­laire. » Entre 2008 et 2016, He­ma­ri­na a le­vé près de 25 M€ pour ses re­cherches et mis au point HemO2­life, une so­lu­tion pour la pré­ser­va­ti on des gr ef - fons. « C’est ré­pondre à un pro­blème de san­té ma­jeur, pré­cise Franck Zal.

Au­jourd’hui, il y a 1 000 per­sonnes sup­plé­men­taires sur liste d’at­tente chaque an­née et 400 à 500 per­sonnes dé­cèdent faute d’or­gane à trans­plan­ter. 50 % des gref­fons dis­po­nibles ne peuvent pas être uti­li­sés à temps, sou­vent faute de conser­va­tion, et sont donc je­tés. » Un or­gane doit en ef­fet être gref­fé en moins de six heures. « Notre sang d’aré­ni­cole li­bère suf­fi­sam­ment d’oxy­gène pour pré­ser­ver un rein douze heures dans des condi­tions op­ti­males. On pour­ra même bien­tôt le pré­ser­ver jus­qu’à sept jours. Le chi­rur­gien au­ra ain­si bien plus de temps pour opé­rer », se ré­jouit le cher­cheur.

Ce pro­duit, en es­sai sur le rein, mais dé­jà va­li­dé sur le foie, le coeur, le pan­créas et la cor­née, a re­çu l’au­to­ri­sa­tion de l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té du mé­di­ca­ment (ANSM) pour être testé lors de vé­ri­tables trans­plan­ta­tions. Le pre­mier rein hu­main pré­ser­vé avec HemO2­life a été gref­fé avec suc­cès au CHRU de Brest cette an­née. Les hô­pi­taux de Tours, Lyon, Li­moges, Poi­tiers et la Sal­pê­trière, à Pa­ris, sont en­trés dans la boucle. « Le cap des 10 greffes a été pas­sé avec 100 % de réus­site. On conti­nue. »

Grâce à l’aré­ni­cole, He­ma­ri­na est aus­si en train de mettre au point le pre­mier pan­se­ment oxy­gé­nant et de dé­ve­lop­per un pro­duit qui per­met­tra de lyo­phi­li­ser des poches de sang et de les conser­ver sur une très longue du­rée. La so­cié­té vient en­fin de si­gner un par­te­na­riat avec l’US Na­vy, qui sou­haite uti­li­ser l’hé­mo­glo­bine du ver ma­rin pour trai­ter les trau­ma­tismes cau­sés par des en­gins ex­plo­sifs.

« 400 à 500 per­sonnes dé­cèdent par an faute d’or­gane à trans­plan­ter »

Franck Zal, cher­cheur et di­rec­teur de l’en­tre­prise He­ma­ri­na, est spé­cia­liste de l’Are­ni­co­la ma­ri­na, un ver ma­rin com­mun, dont l’hé­mo­glo­bine est trans­por­teur d’oxy­gène uni­ver­sel.

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