« Si c’était à re­faire, je le re­fe­rais »

PRO­CÈS. Un an de pri­son avec sur­sis a été re­quis contre Jean Mer­cier, re­ju­gé en ap­pel pour avoir don­né à sa femme une dose mortelle de mé­di­ca­ments en 2011.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Lyon (Rhône) De notre cor­res­pon­dante CA­THE­RINE LAGRANGE

a tran­ché. Le mi­nistre de l’In­té­rieur a an­non­cé hier que l’in­dem­ni­té jour­na­lière d’ab­sence tem­po­raire (Ijat), ver­sée aux gen­darmes mo­biles et CRS lors­qu’ils sont loin de chez eux, ne se­rait pas sou­mise à l’im­pôt. Avant-hier, les syn­di­cats de po­lice s’in­quié­taient d’une pos­sible fis­ca­li­sa­tion de cette com­pen­sa­tion et pro­mis des « ac­tions ». Hier, ils ont an­non­cé qu’entre 300 et 600 CRS se se­raient fait por­ter pâles pour ma­ni­fes­ter leur mé­con­ten­te­ment, puis­qu’ils n’ont pas le droit de grève. Ber­nard Ca­ze­neuve leur a donc ré­pon­du, in­di­quant qu’une « ré­gu­la­ri­sa­tion ju­ri­dique » de l’exo­né­ra­tion de cette in­dem­ni­té se­rait ef­fec­tuée. Il a pré­ci­sé que l’Ijat n’était pas sou­mise à pré­lè­ve­ment « pour des rai­sons his­to­riques ». D’un mon­tant de 37 € de­puis le 1er juillet, elle se­ra por­tée à 39 € au 1er jan­vier 2017, en rai­son de l’en­ga­ge­ment sou­te­nu des forces de l’ordre, dans le cadre du plan Vi­gi­pi­rate.

En bref EX­CEP­TION­NEL­LE­MENT, le pré­ve­nu com­pa­raît as­sis. A la barre de la cour d’ap­pel de Lyon (Rhône), Jean Mer­cier, 88 ans, souf­frant d’un can­cer de la pros­tate et de la ma­la­die de Par­kin­son, est ju­gé pour avoir ai­dé sa femme à mou­rir. C’était le 10 no­vembre 2011 à SaintE­tienne. Jean et Jo­siane sont ma­riés de­puis ci nquan­te­cinq ans, une union avec des hauts et des bas. Jo­siane n’est pas fa­cile à vivre. « Femme de ca­rac­tère », comme la pré­sente le pré­sident, elle souffre de­puis une tren­taine d’an­nées de dé­pres­sion. Et l’âge ve­nant, d’ar­throse et d’os­téo­po­rose. Son ma­ri lui est dé­voué et mi­lite à l’As­so­cia­tion pour le droit de mou­rir dans la di­gni­té (ADMD). Jo­siane le suit, avec peut-être moins de convic­tion. Ce 10 no­vembre, elle se ré­veille en mau­vaise forme. Elle est très fa­ti­guée, son poi­gnet frac­tu­ré a du mal à gué­rir et la fait ter­ri­ble­ment souf­frir. « Elle m’a de­man­dé des ca­chets, rap­porte Jean. Je lui ai ten­du, mais elle m’a dit : Non, pas ceux-ci. J’ai alors com­pris de quoi il s’agis­sait. » Il part à la cui­sine cher­cher les « autres mé­di­ca­ments » et pré­pare un cock­tail qui com­prend no­tam­ment une ving­taine de som­ni­fères et le tiers d’un fla­con de mor­phine ver­sé dans du jus de pam­ple­mousse, alors que la dose ha­bi­tuelle n’est que de quelques gouttes. Il tend le tout à Jo­siane, qui in­gère la pré­pa­ra­tion. En mi­lieu d’après-mi­di, il constate qu’elle ne res­pire plus. Il ap­pelle Fré­dé­ric et Ma­rie-Pierre, ses en­fants, puis les se­cours. Il est trop tard pour Jo­siane, et sans cher­cher à ca­cher son geste, Jean ra­conte ce qui s’est noué dans l’ap­par­te­ment sté­pha­nois. Pla­cé en garde à vue, il voit les pour­suites pour meurtre aban­don­nées et qua­li­fiées en non-as­sis­tance à per­sonne en dan­ger. Des faits pas­sibles de cinq ans de pri­son ferme. En pre­mière ins­tance, il avait éco­pé d’un an avec sur­sis.

En se­conde ins­tance, hier, il a ré­pé­té « avoir sou­vent par­lé avec Jo­siane de la fin de vie et la vo­lon­té com­mune d’abré­ger les souf­frances de l’autre ». Cinq ans après les faits, Jean dit « ne rien re­gret­ter. Et si c’était à re­faire, je le re­fe­rais, y com­pris pour ma propre fille, avec qui j’en­tre­tiens les meilleures re­la­tions ».

Pour­tant, l’avo­cate gé­né­rale, Fa­bienne Go­get, est scep­tique. « A-t-elle clai­re­ment de­man­dé à mou­rir ? » « Non, ré­pond Jean. Mais je l’ai com­pris. » « A-t-elle dé­jà ten­té de mettre fin à ses jours ? » « Oui, trois fois, pré­cise Jean. La der­nière ten­ta­tive re­monte à trente ans. »

« Etait-elle condam­née à brève échéance ? » pour­suit en­core la re­pré­sen­tante du par­quet. « Non, re­con­naît en­core le vieil homme. Elle au­rait pu vivre en­core un an, ou plus. » Dans son ré­qui­si­toire, l’avo­cate gé­né­rale a bien re­le­vé ces élé­ments. « C’était une dame âgée qui souf­frait, par­fois la vie lui pe­sait mais, le len­de­main, ça al­lait mieux. La mort n’était pas la seule is­sue pos­sible pour cette femme. On n’est pas ici dans le cas d’un sui­cide as­sis­té ! » Et de re­gret­ter que ce dos­sier « soit uti­li­sé pour faire avan­cer une cause » ; celle de l’ADMD, qui a ras­sem­blé hier 300 per­sonnes à la cour d’ap­pel de Lyon der­rière Jean-Luc Ro­me­ro. Le mi­nis­tère pu­blic fi­nit par re­qué­rir un an de pri­son as­sor­ti de sur­sis. De son cô­té, l’avo­cat du pré­ve­nu, Me Mi­ckaël Bou­lay, a plai­dé la re­laxe, s’ap­puyant sur le non-lieu pour meurtre pro­non­cé lors de l’ins­truc­tion.

La dé­ci­sion se­ra ren­due le 10 no­vembre.

300 per­sonnes ve­nues le sou­te­nir

Lyon (Rhône), hier. Le pré­ve­nu de 88 ans, à son ar­ri­vée à la cour d’as­sises.

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