La Fête de l’Hu­ma, c’est aus­si une his­toire d’ar­gent

FES­TI­VAL. La 81e édi­tion de la Fête de l’Hu­ma a lieu ce week-end avec, au pro­gramme, Pol­na­reff, Sou­chon et Voul­zy, The Che­mi­cal Bro­thers. Des ar­tistes payés au prix fort.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - EM­MA­NUEL MAROLLE

LE PRIX dé­fie toute concur­rence. La pro­gram­ma­tion fait sa­li­ver. A par­tir d’au­jourd’hui et jus­qu’à dimanche, la 81e Fête de l’Hu­ma pro­pose pour 25 € les trois jours Mi­chel Pol­na­reff, le tan­dem Sou­chonVoul­zy, la sen­sa­tion élec­tro The Ave­ner, les papes de la tech­no The Che­mi­cal Bro­thers et des di­zaines d’autres concerts. Un fes­ti­val pas comme les autres ? Pour le pu­blic, sans doute. Pour les ar­tistes, c’est une autre his­toire.

T’es com­mu­niste, toi ? Tu paies com­bien ?

Pas be­soin d’être de gauche pour jouer à la Fête de l’Hu­ma. « C’est un fes­ti­val comme un autre pour Mi­chel Pol­na­reff, as­sure Gil­bert Coul­lier, le pro­duc­teur du chan­teur qui joue demain à La Cour­neuve. Per­sonne ne pense qu’il a des idées com­mu­nistes. » Alors pour­quoi ve­nir ? « C’est le lan­ce­ment de sa deuxième par­tie de tour­née, il va jouer de­vant beau­coup de monde et nous n’avons pas pré­vu de nou­veaux gros concerts à Pa­ris, mis à part une date dans une salle type l’Olym­pia. » Seuls quelques mi­li­tants de gauche re­ven­di­qués comme Zeb­da ou Ma­nu Chao y voient un concert po­li­tique. Chez les ar­tistes in­ter­na­tio­naux, l’éti­quette com­mu­niste peut être un frein. « Le cô­té Fes­ti­val du PC fait d’abord peur aux An­glo-Saxons, confirme Jean-Louis Schell, pa­tron de la so­cié­té SpeakEa­sy qui pro­duit en France no­tam­ment Pete Do­her­ty, The Li­ber­tines et The 1975 qui chan­te­ra demain à la Fête. Puis on leur ex­plique que les Who, Chuck Ber­ry ou Mas­sive At­tack y ont joué, que c’est un fes­ti­val qui est tour­né vers la so­li­da­ri­té. » On n’aime pas par­ler d’ar­gent à la Fête de l’Hu­ma, des­ti­née à sou­te­nir fi­nan­ciè­re­ment le jour­nal « l’Hu­ma­ni­té ». « Je ne com­mu­nique pas le bud­get de la Fête », as­sène Fa­bien Gay, di­rec­teur de la Fête de­puis deux ans. L’évé­ne­ment coû­te­rait près de 5 M€ dont moins de 1 mil­lion af­fec­té aux concerts. Com­ment est-il fi­nan­cé ? Par les près de 200 000 places ven­dues à 25 € et la lo­ca­tion des 450 stands des fé­dé­ra­tions, des as­so­cia­tions, « dont le prix va­rie en fonc­tion de la taille : quelques cen­taines d’eu­ros pour un es­pace de 2 m sur 2, plu­sieurs mil­liers d’eu­ros pour de très gros stand qui peuvent al­ler jus­qu’à 700 m2 », sou­ligne le pa­tron des lieux. Un équi­libre fra­gile compte te­nu no­tam­ment du sur­coût lié à la sé­cu­ri­té ( voir en­ca­dré). « On était tout juste à l’équi­libre l’an pas­sé. On ver­ra cette an­née. Mais, de toute fa­çon, pour moi, la culture n’est pas une mar­chan­dise », ajoute Fa­bien Gay.

Certes, mais du cô­té des pro­duc­tions et des ar­tistes, c’est aus­si un bu­si­ness. Et pas de ca­deau pour les co­cos. Ain­si, comme les autres fes­ti­vals, « l’Hu­ma » a dû dé­bour­ser entre 200 000 et 300 000 € pour Mi­chel Pol­na­reff. « Vous n’êtes pas loin du compte », lâche Fa­bien Gay, qui s’est fixé un pla­fond à ne pas dé­pas­ser. Pas ques­tion pour lui d’in­vi­ter les In­sus (les ex-Té­lé­phone) qui ont pu de­man­der 500 000 € pour un concert cet été. Peu de stars re­voient leur pré­ten­tion à la baisse. « En 2009, nous avions pro­gram­mé Deep Purple qui pré­pa­rait son retour sur scène l’an­née sui­vante, se sou­vient Fa­bien De­croix, res­pon­sa- ble de la pro­gram­ma­tion de la Fête de l’Hu­ma de­puis onze ans. Le groupe vou­lait lan­cer une grosse tour­née fran­çaise. Il a ac­cep­té de bais­ser son ca­chet pour jouer chez nous et an­non­cer son retour. Même chose avec Pat­ti Smith en 2012, qui est ar­ri­vée en di­sant : « C’est for­mi­dable de jouer dans un fes­ti­val qui s’ap­pelle l’Hu­ma­ni­té. » Oui, et pas qu’un peu. Près de 200 000 per­sonnes chaque jour, et plus de 500 000 fes­ti­va­liers tout au long du week-end. « On peut mettre près de 80 000 spec­ta­teurs de­vant la grande scène, pré­cise Florent De­croix. C’est un gros pu­blic pour pas mal d’ar­tistes in­ter­na­tio­naux. Cette an­née, par exemple, les deux Che­mi­cal Bro­thers ont ac­cep­té de ve­nir parce qu’ils n’avaient ja­mais joué de­vant au­tant de monde avec un prix de places aus­si bas. »

La Fête de l’Hu­ma est aus­si une belle oc­ca­sion pour cer­tains de tes­ter leur po­pu­la­ri­té. L’ex-Fu­gees Lau­ryn Hill, dont la car­rière so­lo est chao­tique, n’a pas joué de­vant une foule aus­si grande en France de­puis des lustres. « Et je me sou­viens de Phar­rell Williams et de son groupe N.E.R.D en 2008 qui a failli an­nu­ler quinze j ours avant l a Fête de l’Hu­ma, ra­conte Alain La­ha­na, l’ex­pro­duc­teur fran­çais de l’ar­tiste amé­ri­cain. Je leur ai ex­pli­qué que ce se­rait la seule oc­ca­sion pour eux de jouer de­vant leur pu­blic de ban­lieue qui n’a pas l’ar­gent pour ve­nir les voir à Pa­ris. Ils ont fi­na­le­ment prix un avion de Los An­geles pour Pa­ris, ont dor­mi au George-V, sont par­tis à La Cour­neuve en li­mou­sine en s’ar­rê­tant au pas­sage au McDo. Puis ont re­dé­col­lé le len­de­main pour les Etats-Unis. Je pense que ça a dû leur coû­ter 50 000 € de plus que ce qu’ils avaient tou­ché pour jouer. Mais ils étaient contents de le faire. »

T’au­ras du monde ?

Le pro­gramme de la Fête de l’Hu­ma @ema­rolle le­pa­ri­sien.fr

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