IM­PÔTS.

Le gou­ver­ne­ment a dé­voi­lé hier plu­sieurs ca­deaux fis­caux qui se­ront in­clus dans le bud­get 2017. Grands ga­gnants : les classes moyennes, les re­trai­tés et… les en­tre­prises.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - SÉ­BAS­TIEN LER­NOULD AVEC BO­RIS CAS­SEL

LE PRIN­TEMPS der­nier, Fran­çois Hol­lande évo­quait une baisse de l’im­pôt sur le re­ve­nu de 2 Mds€. Mais à condi­tion que la crois­sance soit à 1,7 %. Du­rant l’été, le gou­ver­ne­ment se mon­trait plus pru­dent, en rai­son de pré­vi­sions éco­no­miques ti­mides. Au­jourd’hui, les pers­pec­tives ne sont guère meilleures. Pour­tant, l’exé­cu­tif a réus­si à sor­tir de son cha­peau l’en­ve­loppe ini­tiale sug­gé­rée par le chef de l’Etat. A huit mois de l’élec­tion pré­si­den­tielle, le gou­ver­ne­ment a donc en­fin dé­voi­lé ses me­sures pour al­lé­ger l’im­pôt sur le re­ve­nu. Un mil­liard d’eu­ros, d’abord, sous la forme d’une ré­duc­tion for­fai­taire de 20 % pour 5 mil­lions de contri­buables (qui s’ajoute aux 5 mil­liards dé­jà an­non­cés ces deux der­nières an­nées). Et un autre mil­liard grâce à un cré­dit d’im­pôt amé­na­gé sur me­sure pour les re­trai­tés (voir page 3).

Des coups de pouce pré­élec­to­raux qui ne com­pensent pas l’en­vo­lée fis­cale des pre­mières an­nées du quin­quen­nat. Se­lon l’OFCE, les mé­nages ont vu de­puis 2012 leurs pré­lè­ve­ments aug­men­ter de 35 Mds€… quand ceux des en­tre­prises ont bais­sé, eux, de 20,6 Mds€. Et en­core, c’est sans comp­ter le der­nier « ca­deau » fait aux pa­trons, qui, quelle que soit la taille de leur so­cié­té, ver­ront leur im­pôt sur les bé­né­fices ra­me­né pro­gres­si­ve­ment de 33,3 % à 28 % d’ici à 2020.

« Le vrai en­jeu, c’est comment va-t-on fi­nan­cer tout ça ? Il n’y a pas de crois­sance, les dé­penses pu­bliques conti­nuent d’aug­men­ter. Avec ces an­nonces, le dé­fi­cit pu­blic va en­core se creu­ser », pré­dit l’éco­no­miste Marc Toua­ti, pré­sident du ca­bi­net AC­DE­FI. Le gou­ver­ne­ment s’en dé­fend et s’en­gage tou­jours à ra­me­ner le dé­fi­cit de l’Etat à 2,7 % du PIB (les ri­chesses pro­duites par notre éco­no­mie en une an­née) en 2017. Car il a trou­vé la pa­rade. En réa­li­té il n’a que la baisse d’im­pôt sur le re­ve­nu à fi­nan­cer. Le cré­dit d’im­pôt sur les em­plois à do­mi­cile ? Il ne bé­né­fi­cie­ra à tous que l’an pro­chain et « se­ra ap­pli­qué sur les i mp ô t s r é c l a mé s e n s e p t e mbre 2018 », ex­plique Do­mi­nique Le­febvre, vice-pré­sident PS de la com­mis­sion des Fi­nances. « Il n’alour­di­ra donc pas le dé­fi­cit pu­blic en 2017. » Même tour de passe-passe pour l’im­pôt sur les so­cié­tés, qui se­ra l’af­faire du pro­chain quin­quen­nat, quelle que soit l’iden­ti­té du pro­chain chef de l’Etat.

La droite, rom­pue à ce genre d’as­tuces bud­gé­taires avant une élec­tion pré­si­den­tielle, voit le coup ve­nir. Et ne manque pas de dé­non­cer la grosse fi­celle. An­cien mi­nistre du Bud­get de Ni­co­las Sar­ko­zy, le dé­pu­té Eric Woerth s’in­quiète de l’état des fi­nances pu­bliques, en cas d’al­ter­nance : « Les dé­penses se mul­ti­plient. La gauche est en train de lais­ser une fac­ture à la pro­chaine ma­jo­ri­té. »

Le dé­fi­cit pu­blic alour­di... pour le pro­chain lo­ca­taire de l’Ely­sée

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