Bruxelles, pun­ching-ball de la présidentielle

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Reims (Marne) De notre en­voyé spé­cial CHARLES SAPIN

« S’IL Y A UNE CHOSE que nous sa­vons pro­duire en France, ce sont les can­di­dats à la présidentielle. Mais je ne suis pas sûr qu’ils soient tous ex­por­tables. » La bou­tade de Bru­no Le Maire a fait sou­rire les quelque 700 en­tre­pre­neurs et di­ri­geants d’en­tre­prise ras­sem­blés pour cette se­conde édi­tion des as­sises du Pro­duire en France. Hier à Reims, pas moins de treize pré­ten­dants à l’Ely­sée se sont suc­cé­dé au mi­cro pour re­lan­cer la po­li­tique in­dus­trielle de la France.

En vingt mi­nutes chro­no, chaque can­di­dat se sou­met au dif­fi­cile exer­cice du « grand oral » pour se dis­tin­guer. L’évé­ne­ment — dé­sor­mais in­con­tour­nable —, ini­tié l’an der­nier par le dé­pu­té UDI Yves Jé­go et l’an­cien mi­nistre de l’Eco­no­mie Arnaud Monte- bourg, donne le ton de la cam­pagne présidentielle à ve­nir. Le contexte ? La France a per­du plus d’un mil­lion d’em­plois in­dus­triels ces vingt der­nières an­nées tan­dis que le dé­fi­cit de sa ba­lance com­mer­ciale a at­teint les 4,5 Mds€ en juillet. La faute à qui ? Pour la plu­part des can­di­dats, Bruxelles est je­té sans mé­na­ge­ment sur le banc des ac­cu­sés ! me­ture des fron­tières. Une po­li­tique pro­tec­tion­niste se­rait sui­ci­daire », avait pour­tant aler­té l’in­fluent éco­no­miste Jacques At­ta­li, pour in­tro­duire les as­sises. En vain. « A cet homme (At­ta­li) qui a dé­fen­du toutes les dé­ci­sions qui nous ont conduits au dé­sastre ces trente der­nières an­nées, je dis ça suf­fit ! » ac­cuse le lea­deur sou­ve­rai­niste de De­bout la France, Ni­co­las Du­pont-Ai­gnan, avant de ti­rer à bou­lets rouges sur l’Union eu­ro­péenne : « Pour pro­duire en France, il faut avoir les moyens et la li­ber­té de le faire. Or, les trai­tés nous in­ter­disent de me­ner une po­li­tique conforme aux in­té­rêts de nos en­tre­prises. »

Van­tant la po­li­tique in­dus­trielle me­née par de Gaulle et Pom­pi­dou, Ma­rine Le Pen (FN) se lance éga­le­ment dans une dia­tribe contre Bruxelles : « Toute forme de pa­trio­tisme éco­no­mique et de protectionnisme est im­pos­sible tant que nous se­rons pri­son­niers de l’UE et de l’eu­ro. »

De l’autre cô­té de l’échi­quier po­li­tique, Arnaud Mon­te­bourg (PS) y est éga­le­ment al­lé de son coup de ca­nif : « A quoi ce­la sert-il de se battre sur nos coûts de pro­duc­tion quand l’UE nous em­pêche le mar­quage de nos pro­duits d’ori­gine ? Je veux bien qu’on ne soit pas pro­tec­tion­niste, je ne veux pas non plus qu’on soit naïfs. »

Ils sont néan­moins quelques rares can­di­dats à ne pas pi­lon­ner les ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes. JeanCh­ris­tophe La­garde (UDI), Bru­no Le Maire ou Jean-Fran­çois Co­pé (LR) ont eu beau dé­fendre la baisse des charges ou la sim­pli­fi­ca­tion des normes, ils avaient bien du mal à ri­va­li­ser avec le concert an­ti-eu­ro­péen du jour. Et sans doute des sept mois à ve­nir. @csa­pin

Reims (Marne), hier. Comme chaque can­di­dat, Le Maire avait vingt mi­nutes pour se dis­tin­guer.

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