C’est la ren­trée, on di­vorce ?

FA­MILLE. Se­lon une étude, la fin des va­cances coïn­cide avec un pic de di­vorces. Pé­riode pro­pice aux mises au point, l’été est sou­vent as­sas­sin pour les couples fra­giles. Et le ca­len­drier sco­laire ac­cé­lère le pro­ces­sus.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - JILA VAROQUIER

ON LA CRAINT tou­jours un peu, cette ren­trée. Tant elle peut s’ac­com­pa­gner de son lot de ca­la­mi­tés. Son­nant le glas de la dou­ceur de vivre es­ti­vale, elle coïn­cide avec le re­tour de la son­ne­rie du ré­veil, des jour­nées trop courtes pour y ca­ser tout ce que l’on a à faire, d’un so­leil qui pâ­lit, des feuilles d’im­pôts qui dé­barquent. Mais la ren­trée est aus­si de­ve­nue un pic de sai­son pour les… di­vorces.

Dans une très sérieuse étude, pu­bliée fin août aux Etats-Unis et me­née entre 2001 et 2015 par l’uni­ver­si­té de Wa­shing­ton, une équipe de so­cio­logues a ob­ser­vé une mul­ti­pli­ca­tion si­gni­fi­ca­tive des de­mandes de di­vorces au re­tour des va­cances. « Dans la spi­rale du quo­ti­dien, dé­crypte Gilles Az­zo­par­di*,psy­cho­so­cio­logue, le nez dans le gui­don, on se voit fi­na­le­ment as­sez peu. Même le week-end, on est oc­cu­pé avec les en­fants, les dî­ners entre amis. Mais en va­cances, le couple est confron­té à lui-même et ne peut que consta­ter ce qui ne va pas. »

Va­cances de la der­nière chance

Se­lon l’étude, les couples les plus fra­gi­li­sés voient dans les va­cances une chance de ré­pa­rer leur re­la­tion. Ils ont l’es­poir que ces ins­tants de re­trou­vailles en fa­mille, ces mo­ments de dou­ceur par­ta­gés pour­ront col­ma­ter les brèches. « Mais au terme de ces quelques se­maines, les gens se rendent compte que la der­nière chance n’a rien don­né. Et on se ré­sout à ve­nir nous consul­ter », pour­suit Florent Ber­deaux-Ga­cogne, avo­cat spé­cia­liste en droit de la fa­mille, dont la liste de dos­siers com­mence à s’al­lon­ger.

Pour­tant, di­vor­cer à la fin des va­cances pour­rait sem­bler « in­ap­pro­prié », sou­ligne l’étude amé­ri­caine. Comme pour pré­ser­ver cette bulle hors du temps. Cer­tains couples ne veulent pas non plus pri­ver les en­fants de ces der­niers mo­ments en fa­mille. En réa­li­té, « on pro­fite aus­si des va­cances pour mû­rir son di­vorce, dis­cu­ter des mo­da­li­tés lorsque les époux s’en­tendent », pour­suit Florent Ber­deaux-Ga­cogne. Ou, sim­ple­ment, trou­ver le temps d’en par­ler aux en­fants, avant de lan­cer la pro­cé­dure en ren­trant.

Se­lon les cher­cheurs de l’uni­ver­si­té de Wa­shing­ton, on se met aus­si au dia­pa­son de la ren­trée sco­laire : « Les couples ai­me­raient par­fois plus de temps pour ré­gler les ques­tions fi­nan­cières, se faire à l’idée. Mais le ca­len­drier sco­laire ac­cé­lère sou­vent le pro­ces­sus », sou­ligne l’étude. « Je n’ai ja­mais eu au­tant de dos­siers de di­vorces aus­si tôt. La ren­trée a elle aus­si ét é avan­cée » , r emarque d’ailleurs Catherine Ri­bay de Ville­neuve, avo­cate pa­ri­sienne de­puis trente-cinq ans. « Sep­tembre, c’est un nouveau dé­part, un autre rythme, ajoute Florent Ber­deaux-Ga­cogne. Quand ça ne va pas dans son couple, di­vor­cer, c’est un peu la bonne ré­so­lu­tion de la ren­trée. » *« In­fi­dé­li­tés et ma­ni­pu­la­tions », Gilles Az­zo­par­di, 2015, Edi­tions First, 15,95 €.

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