Inès M., 19 ans, la me­neuse pré­su­mée

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Une voi­sine JEAN-MARC DUCOS

DANS SON SAC À MAIN, les po­li­ciers ont re­trou­vé jeu­di le ser­ment ma­nus­crit d’al­lé­geance à l’Etat is­la­mique. Inès M., 19 ans, y ré­pond à l’ap­pel d’Al-Ad­na­ni (le « mi­nistre des at­ten­tats » de l’EI ré­cem­ment tué) et jus­ti­fie ses si­nistres pro­jets d’at­ten­tats : « Je vous at­taque dans vos terres afin de vous ter­ro­ri­ser. » Celle qui écrit ces mots a été éle­vée dans un tran­quille quar­tier pa­villon­naire à Trem­blay-en-France (Seine-SaintDe­nis) par un père chauf­feur de bus, connu pour du pro­sé­ly­tisme an­cien, et par une mère aide-soi­gnante. En l’es­pace de quelques jours, la jeune femme, fi­chée S pour des vel­léi­tés de dé­part en Sy­rie, a agi deux fois : elle a dé­ro­bé les clés de la voi­ture de son père, la Peu­geot 607, qu’elle a aban­don­née avec cinq bon­bonnes de gaz le week-end der­nier près de la ca­thé­drale Notre-Dame de Pa­ris, et elle a agres­sé un po­li­cier avec un cou­teau lors de son in­ter­pel­la­tion jeu­di à Bous­sy-Saint-An­toine ( Es­sonne), avant d’être bles­sée à la jambe par un po­li­cier.

« Son père s’in­quié­tait pour elle »

Par ailleurs, son nom « ap­pa­raît dans un dos­sier du par­quet fé­dé­ral » belge, spé­cia­li­sé dans les af­faires de terrorisme, a af­fir­mé hier la té­lé­vi­sion belge RTBF qui pré­cise qu’Inès M. en­tre­te­nait des contacts avec des Belges ra­di­ca­li­sés de la ré­gion de Char­le­roi (sud), des Belges dont les noms se trou­vaient sur la liste de l’Ocam (Or­gane de coor­di­na­tion pour l’ana­lyse de la me­nace) pour les si­gna­ler comme can­di­dats au dé­part en Sy­rie. Elle sem­blait rem­plir un rôle de re­cru­teuse et de fa­ci­li­ta­trice pour ces dé­parts.

Pour­tant, se sou­vient Co­rinne, une voi­sine de Trem­blay qui a connu « la pe­tite dès l’âge de 2 ans », « elle était une en­fant sage, un peu ti­mide, mais qu’il fal­lait dé­ri­der, et in­dé­niable- ment so­ciable ». La fa­mille est ar­ri­vée dans le quar­tier en 1992, Inès est la troi­sième d’une fra­trie de cinq filles dont trois portent le voile. « Nous avons été sur­pris par ce chan­ge­ment ra­pide. Mais elle gar­dait le contact avec nous. C’était son choix. C’est dé­li­cat d’abor­der ces su­jets, d’au­tant que ses pa­rents étaient char­mants et convi­viaux », conti­nue la voi­sine qui a vu, il y a trois ans, l’ado­les­cente, pour­tant « abon­née au style oc­ci­den­tal, por­ter du jour au len­de­main un voile sombre sur ses épaules ». Inès quitte l’école sans di­plôme et passe ses jour­nées sur In­ter- net dans le pa­villon fa­mi­lial. Elle tente vai­ne­ment de cher­cher du tra­vail. « Son père s’in­quié­tait pour elle. On de­vi­nait qu’il avait du sou­ci avec cette en­fant », conti­nue cette jeune grand-mère, qui la dé­crit pe­tite « comme un pe­tit bou­le­dogue jouant au gar­çon ». « Inès a été as­pi­rée par cette secte pour de­ve­nir une meur­trière en puis­sance », s’ef­fraie en­core la voi­sine. Lors de la per­qui­si­tion au do­mi­cile de ses pa­rents, les en­quê­teurs ont re­trou­vé dans l’or­di­na­teur d’Inès ces fu­nestes images de pro­pa­gande de l’EI vé­hi­cu­lant l’idéo­lo­gie mor­ti­fère.

Trem­blay-en-France (Seine-Saint-De­nis), hier. Inès M. vi­vait dans ce pa­villon avec ses pa­rents.

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