Les 1 113 ano­nymes du World Trade Cen­ter

11 SEP­TEMBRE 2001. Quinze ans après les at­ten­tats de New York, quatre vic­times sur dix n’ont tou­jours pas été iden­ti­fiées. Pour les fa­milles, c’est un cal­vaire sans fin.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Mo­ni­ca Iken-Mur­phy, sa veuve SÉ­BAS­TIAN COM­PA­GNON

UNE AT­TENTE IN­SOU­TE­NABLE. Quinze ans après l’at­taque des tours ju­melles de Man­hat­tan par des ter­ro­ristes, le tra­vail d’iden­ti­fi­ca­tion des vic­times est loin d’être ache­vé. Sur les 2 753 per­sonnes dé­cla­rées dis­pa­rues au World Trade Cen­ter le 11 sep­tembre 2001, 1 113 n’ont pas pu être iden­ti­fiées par les mé­de­cins lé­gistes, soit en­vi­ron… 40 %. Sans confir­ma­tion ma­té­rielle, ces vic­times de­meurent des « dis­pa­rus », dont les fa­milles et proches, pri­vés de sé­pul­ture, peinent à réa­li­ser leur tra­vail de deuil. Tous les concer­nés parlent de « souf­france sans fin ».

Dans les mois qui avaient sui­vi les at­ten­tats de New York, les au­to­ri­tés mé­di­cales ont ré­cu­pé­ré sur la zone 21 906 restes hu­mains… Trop pe­tits ou trop al­té­rés, en­vi­ron 9 000 d’entre eux n’ont pas pu être re­con­nus par les tests ADN. « L’état des restes hu­mains al­lait de quelques corps presque com­plets à une mul­ti­tude de pe­tits frag­ments d’os car­bo­ni­sés, souvent dif­fi­ciles à dis­tin­guer de ma­té­riaux non or­ga­niques », ex­pli­quaient en 2005 les membres du groupe d’ex­perts scien­ti­fiques et mé­di­caux du 11 Sep­tembre. En cause, des in­cen­dies res­tés ac­tifs plus de trois mois avec des tem­pé­ra­tures dé­pas­sant les 1 000 ºC. Mais aus­si la pul­vé­ri­sa­tion des restes dans l’ef­fon­dre­ment des tours.

« C’est le seul en­droit où je me sente connec­tée avec Mi­chael »

Pen­dant une di­zaine d’an­nées, ces frag­ments hu­mains ano­nymes ont été pré­ser­vés sous une tente sé­cu­ri­sée dans le sud de Man­hat­tan. A l’ar­rière, une cha­pelle était ré­ser­vée aux fa­milles. De­puis mai 2014, elles peuvent aus­si se re­cueillir dans le sous­sol du mu­sée du 11 Sep­tembre, dans un es­pace dé­dié — bap­ti­sé Re­flec­tion Room (lieu de mé­di­ta­tion) — où ont été trans­fé­rés 7 230 restes.

Mais cette ini­tia­tive est loin de faire l’una­ni­mi­té. Sal­ly Re­gen­hard s’est long­temps bat­tue en jus­tice contre cette pièce « qui manque de ca­rac­tère sa­cré ». Pour les vic­times ano­nymes — dont son fils, Ch­ris­tian, l’un des 343 pom­piers morts le jour des at­ten­tats —, elle et d’autres d e ma n d e n t la créa­tion d’une « tombe du sol­dat in­con­nu » qui se­rait amé­na­gée au cé­lèbre ci­me­tière mi­li­taire d’Ar­ling­ton (Vir­gi­nie), dans la ban­lieue de Wa­shing­ton. D’autres fa­milles, au contraire, sont sou­la­gées d’avoir en­fin un lieu pour se re­cueillir. « C’est le seul en­droit où je me sente connec­tée avec Mi- chael, té­moigne Mo­ni­ca Iken-Mur­phy, dont le ma­ri tra­vaillait dans l’une des tours. D’autres res­sentent la même chose. Ils n’ont nulle part ailleurs où al­ler. »

En dé­pit des an­nées qui passent, les fa­milles des 1 113 « still mis­sing » gardent un in­fime es­poir. Le Bu­reau du mé­de­cin lé­giste gé­né­ral de New York conti­nue tou­jours ses re­cherches. Et grâce au pro­grès des tech­niques d’iden­ti­fi­ca­tion, l’in­ter­mi­nable at­tente prend par­fois fin. Entre 2006 et 2011, 32 per­sonnes ont ain­si pu être re­con­nues grâce à de nou­velles mé- thodes scien­ti­fiques. Rare mais in­es­ti­mable. Le der­nier exemple date de mars 2015, quand des ana­lyses ont per­mis d’iden­ti­fier Mat­thew Da­vid Yar­nell, un em­ployé de la Fi­du­cia­ry Trust Com­pa­ny qui tra­vaillait au 97e étage de la tour sud. Il avait 26 ans. Quelques mois plus tôt, en sep­tembre 2014, la fa­mille de Pa­trice Braut, seule vic­time de na­tio­na­li­té belge, avait été in­for­mée que des ana­lyses ADN avaient per­mis de mettre son nom sur des restes. Agé de 31 ans, lui tra­vaillait dans la tour nord.

New York (Etats-Unis), le 18 sep­tembre 2001. Les bâ­ti­ments dé­truits par l’at­ten­tat ont conti­nué à se consu­mer long­temps après le drame. Ce qui a ren­du l’iden­ti­fi­ca­tion de nom­breux restes hu­mains qua­si im­pos­sible.

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