Des en­tre­prises se li­bèrent

MA­NA­GE­MENT. Plus d’au­to­no­mie pour les sa­la­riés, moins de signes ex­té­rieurs de pou­voir pour le pa­tron. Comme chez CN In­dus­trie, en Au­vergne, de nom­breuses so­cié­tés re­pensent to­ta­le­ment leur or­ga­ni­sa­tion.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - BÉ­RAN­GÈRE LE­PE­TIT

DANS LES ATE­LIERS de CN In­dus­trie à Brioude, 5 000 ha­bi­tants, non l oin de Cler­mont-Fer­rand (Haute-Loire), il n’y a ni chef, ni plan­ning au mur, ni poin­teuse mais de la mu­sique qui ré­sonne dans les ate­liers. Les six sa­la­riés gagnent peu ou prou le même sa­laire… qu’ils ont dé­ci­dé eux-mêmes, comme leur rythme, leurs ho­raires.

Pour­tant, cette PME au­ver­gnate, lea­deuse eu­ro­péenne dans le sec­teur du mar­quage in­dus­triel qui tra­vaille no­tam­ment pour L’Oréal, a bel et bien un pa­tron, Clé­ment Ney­rial, 30 ans. En 2014, ce jeune en­tre­pre­neur a choi­si de « li­bé­rer » son en­tre­prise.

Comme le re­late Isaac Getz, , cher­cheur et théo­ri­cien du mou­ve­ment, (ci­contre), Clé­ment Ney­rial est l’un de ces « pa­trons li­bé­ra­teurs » prêts à bous­cu­ler en pro­fon­deur l’or­ga­ni­sa­tion de leur boîte. Avec pour ob­jec­tif de re­trou­ver du plai­sir à tra­vailler en don­nant de l’au­to­no­mie aux sa­la­riés et en sup­pri­mant postes et tâches ju­gés su­per­flus, comme le ser­vice qua­li­té, le sui­vi in­for­ma­tique per­son­na­li­sé. Le mou­ve­ment fait des émules de­puis quelques an­nées en France et, ce­rise sur le gâ­teau, per­met in­di­rec­te­ment de re­trou­ver le che­min de la crois­sance.

A l’ori­gine du choix de Clé­ment ? Un im­mense ras-le-bol. « Tous les jours, quel­qu’un ta­pait à la porte de mon bu­reau pour se plaindre », se re­mé­more Clé­ment, qui avait au dé­part struc­tu­ré sa so­cié­té « comme les autres ».

Avec un contrôle qua­li­té, un ser­vice ad­mi­nis­tra­tif, un sys­tème pour con­trô­ler les ho­raires de cha­cun. Ré­sul­tat : « J’al­lais au tra­vail la boule au ventre. En 2013, la crois­sance de 30 à 40 % que nous connais­sions est re­tom­bée. » Après une ren­contre avec Isaac Getz, il dé­cide de re­faire confiance à ses ou­vriers et leur don­ner les ma­nettes des ate­liers. « Avec les col­lègues, on s’ar­range comme on veut pour les ho­raires, pré­cise Adrien, ou­vrier spé­cia­li­sé. Un équi­libre se fait entre ceux qui pré­fèrent ar­ri­ver plus tard pour em­me­ner les en­fants à l’école et ceux qui pré­fèrent par­tir tôt. Au fi­nal, cha­cun y trouve son compte et cha­cun est plus mo­ti­vé. »

« On ne peut pas être bon quand on n’aime pas ce qu’on fait », tel est le cre­do de Clé­ment. L’an­née sui­vante, la bonne am­biance est re­ve­nue et une crois­sance à deux chiffres a sui­vi peu de temps après.

En 2014, 39 % ; 33 % en 2015. Avec, pour CN In­dus­trie, une pro­duc­ti­vi­té double de celle de ses concur­rents. Derr i èr e c et ap­pa­rent conte de fées, le che­min a été quelque peu tor­tueux. Mais d’après Isaac Getz, si le mou­ve­ment des en­tre­prises li­bé­rées est né aux Etats-Unis dans les an­nées 1970 dans des so­cié­tés comme Gore ou Har­leyDa­vid­son avant d’ar­ri­ver dans la vieille Eu­rope dix ans plus tard, la France est le pays où le mou­ve­ment des en­tre­prises li­bé­rées est au­jourd’hui le plus dy­na­mique au monde.

Une meilleure am­biance par­mi les sa­la­riés

Brioude (Haute-Loire). En 2014, le pa­tron de CN In­dus­trie, spé­cia­li­sé dans le mar­quage in­dus­triel, a dé­ci­dé de « li­bé­rer » son en­tre­prise. Ré­sul­tat, les six sa­la­riés ont ac­quis plus d’au­to­no­mie no­tam­ment au ni­veau des ho­raires et des prises de dé­ci­sions.

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