Le ma­ri passe aux aveux

EN­QUÊTE. Con­dam­né pour l’as­sas­si­nat de sa femme dis­pa­rue au Ma­roc en 2005, Kar­bal Dan­dou­ni vient de re­con­naître, pour la pre­mière fois, sa par­ti­ci­pa­tion. Un sou­la­ge­ment pour les proches de la vic­time.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - Kar­bal Dan­dou­ni PAS­CALE ÉGRÉ

JUSQUE-LÀ, pas d’aveux, pas de corps, pas de té­moins. Mais une vé­ri­té ju­di­ciaire scel­lée par deux ver­dicts iden­tiques. L’af­faire de la « dis­pa­ri­tion » de Ka­ri­ma Ben­hel­lal, 38 ans, aide do­cu­men­ta­liste sco­laire à An­gou­lême (Cha­rente), lors d’un sé­jour au Ma­roc à l’été 2005, avait, croyai­ton, trou­vé son épi­logue. Aux as­sises, en 2013 puis 2014, son ma­ri Kar­bal Dan­dou­ni, 43 ans, par­ti avec elle mais ren­tré du Ma­roc avec la se­con- de femme qu’il avait épou­sée là-bas, avait été con­dam­né à vingt-cinq ans de ré­clu­sion pour as­sas­si­nat. Un « tour de passe-passe meur­trier entre deux épouses », ré­su­mait alors Me Gé­rard Chem­la, avo­cat de la fa­mille Ben­hel­lal.

Huit mois après le re­jet de son pour­voi en cas­sa­tion, onze ans après les faits, Kar­bal Dan­dou­ni, qui avait tou­jours cla­mé son in­no­cence, s’est confié à Is­maël Kar­roum, jour­na­liste à « la Cha­rente libre ». « Oui, Ka­ri­ma a bien été tuée au Ma­roc », lui a-t-il avoué de­puis sa cel­lule. « Je suis de­dans, c’est clair et net, mais moi j’ai pas tué », a-t-il ajou­té, en im­pli­quant le frère de sa deuxième épouse comme au­teur du geste mor­tel, et celle-ci comme com­plice.

Dan­dou­ni a aus­si ré­vé­lé cet élé­ment clé : le ca­davre de Ka­ri­ma, qu’il dit avoir car­bo­ni­sé, au­rait en fait été dé­cou­vert à l’époque par la gen­dar- me­rie ma­ro­caine. « Un corps de femme brû­lé », non iden­ti­fié, dé­po­sé « le long d’une route se­con­daire » de la ban­lieue de Ca­sa­blan­ca, men­tion­nait alors un en­tre­fi­let dans la presse ma­ro­caine ex­hu­mé par le jour­na­liste.

Sai­si de ces in­for­ma­tions par Me Chem­la, le par­quet d’An­gou­lême a ou­vert im­mé­dia­te­ment une en­quête pré­li­mi­naire avant de sai­sir un juge d’ins­truc­tion. Aux po­li­ciers du SRPJ de Li­moges (Haute-Vienne) ve­nus l’en­tendre en dé­ten­tion, Kar­bal Dan­dou­ni a confir­mé ses pro­pos. « La per­son­na­li­té de cet homme, dont l e p a s s é a mont r é qu’il avait une pa­role mul­ti­fa­cette, in­cite à la pru­dence, sou­ligne le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique d’An­gou­lême, Jean-Da­vid Ca­vaillé. Mais ses dé­cla­ra­tions doivent être vé­ri­fiées. Et tout se­ra mis en oeuvre pour que le corps de la vic­time soit lo­ca­li­sé et ren­du à sa fa­mille. »

A Is­maël Kar­roum, Kar­bal Dan­dou­ni a ex­pli­qué vou­loir « sou­la­ger sa conscience » : « Je ne cherche pas à sor­tir de pri­son […] Je le dis pour ma fa­mille, pour moi et pour celle de Ka­ri­ma. » Les « ver­tiges de l’aveu » em­pruntent par­fois de com­plexes che­mins, rap­pelle Ju­lie Braf­man dans le livre* qu’elle consacre à ce pro­ces­sus. En l’oc­cur­rence, pour Dan­dou­ni, outre le be­soin de se li­bé­rer d’un se­cret, un contexte de conflit conju­gal avec sa deuxième épouse — qui vit en France et se­ra sans doute bien­tôt en­ten­due — pour­rait avoir pe­sé.

Les mo­ti­va­tions de ce re­bon­dis­se­ment, né­ces­saires à l’en­quête, im­portent peu aux yeux de Mo­ha­med Ben­hel­lal. Le frère de Ka­ri­ma vou­drait seule­ment que sa pe­tite soeur, seule fille de la fra­trie, « prin­cesse de la mai­son » du­rant leur en­fance, soit un jour en­ter­rée di­gne­ment.

« Je le dis pour ma fa­mille, pour moi et pour celle de Ka­ri­ma »

* Ju­lie Braf­man, Edi­tions Stock.

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