Pol­na­reff à la conquête de l’Hu­ma­ni­té

CONCERT. Après qua­rante-six ans d’ab­sence, Mi­chel Pol­na­reff est re­tour­né hier soir à la Fête de l’Hu­ma en conqué­rant. Fron­deur, il a même joué 20 mi­nutes de plus.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - Au­drey, 33 ans ÉRIC BU­REAU

« CE­LA FAIT qua­rante-six ans que je ne l’ai pas vu. La der­nière fois, c’était ici. » Pen­dant que la Fête de l’Hu­ma prend l’apé­ro, hier à 19 h 30, Eve­lyne at­tend sa­ge­ment au pre­mier rang l’ar­ri­vée de Mi­chel Pol­na­reff. Cer­née de fans avec per­ruques bou­clées et de clones por­tant lu­nettes blanches, cette sexa­gé­naire est ve­nue de Mont­pel­lier spé­cia­le­ment pour re­vivre le concert « géant » qui a mar­qué son ado­les­cence, en 1970, à La Cour­neuve (Seine-Saint-De­nis).

La vaste plaine qui re­garde la grande scène n’af­fiche pas com­plet quand Pol­na­reff ar­rive en queue-de­pie. « J’ai vrai­ment l’in­ten­tion de pas­ser un bon mo­ment, an­nonce-til, un brin cris­pé. On m’a pré­ve­nu que si éven­tuel­le­ment je dé­pas­sais le temps im­par­ti, on me cou­pe­rait le cou­rant. Mais ce se­rait un af­front na­tio­nal. »

On ne sait si ce jeu de mot tient du lard ou du co­chon avec un tel pin­ce­sans-rire, qui pour­suit : « Je vais vous jouer une chan­son de mon pro­chain disque et vous al­lez voir que vous al­lez vite l’ap­prendre. » Et pour cause, c’est « la Pou­pée qui fait non », im­mé­dia­te­ment re­prise en choeur par la foule. « C’est un re­belle, ce Mi­mi », lance Jean Ber­nard, quin­qua com­mu­niste ta­toué d’une fau­cille et d’un mar­teau sur le cou et d’un Che Gue­va­ra sur le bras. « Il a été le pre­mier à mon­trer ses fesses, rap­pelle Au­drey, 33 ans, de Cor­beil-Es­sonnes. Bien avant Kim Kar­da­shian et les autres. »

Le gros du pu­blic est sur­tout ve­nu en ob­ser­va­teur. « Pour voir une lé­gende », ré­sume notre voi­sine. De jeunes filles al­coo­li­sées re­prennent « l’Amour avec toi » pen­dant que de vieux mi­li­tants s’avouent « agréa­ble­ment sur­pris de le voir aus­si en forme et en voix à 72 ans ». Mais l’am­biance tarde à prendre. Alors Pol­na­reff va la mettre. « Mon ana­ly­seur d’am­biance est à moins 30 », se dé­sole-t-il. Il se lève, mouille sa che­mise blanche, fait le­ver les bras : « On est à + 20, à + 50, mais ça peut vite re­tom­ber. »

Sou­te­nu par des mu­si­ciens de pre­mier plan, il ne lâche rien. Com­ba­tif, il livre des ver­sions puis­santes du « Bal des Laze » et de « Lettre à France » à fi­ler des fris­sons à un géant en dread­locks. Ses gui­ta­ristes font mon­ter la tem­pé­ra­ture avec un duel de notes mé­tal­liques sur « Smoke on the Water », de Deep Purple.

A la nuit tom­bée, la plaine est en­fin pleine. « Je ne veux pas par­tir, lance Pol­na­reff. Je suis prêt à res­ter toute la nuit. On nous si­gnale qu’on peut être cou­pé à tout mo­ment. Mais si c’est le cas, sa­chez que je vous aime. » Il a dé­pas­sé s e s 8 0 mi n u t e s pré­vues quand il lance « Y a qu’un che­veu ». Il fait dan­ser la foule, mime l’har­mo­ni­ca avec sa bouche, sou­lève des « hop ! » et des vagues de bras le­vés. « Lâ­chez les pé­ri­scopes, bande de man­chots ! »

Plu­tôt que d’abré­ger, pen­dant « Good­bye Ma­ry­lou », il re­mer­cie toute son équipe, son fils Lou­ka et sa com­pagne, qui prend des pho­tos sur le cô­té de la scène. En cou­lisses, les tech­ni­ciens du duo élec­tro The Che­mi­cal Bro­thers, qui va lui suc­cé­der sur scène, s’im­pa­tientent. Mais Pol­na­reff reste sur scène vingt mi­nutes de plus que pré­vu sans qu’on ne l’in­ter­rompe. Pri­ver 70 000 spec­ta­teurs d’un ka­rao­ké géant d’« On ira tous au pa­ra­dis » au­rait été un crime de lèse-hu­ma­ni­té. Et puis, à La Cour­neuve, on aime les fron­deurs.

« Il a été le pre­mier à mon­trer ses fesses. Bien avant Kim Kar­da­shian et les autres »

La Cour­neuve (Seine-Saint-De­nis), hier. Si le concert de Pol­na­reff a com­men­cé de­vant une foule clair­se­mée, il a fi­ni avec un pu­blic em­bal­lé s’épou­mo­nant sur « On ira tous au pa­ra­dis »... La star est bel et bien de re­tour.

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