Le soir du dé­bat »

Ghis­laine, élec­trice FN

Aujourd'hui en France - - FAIT DU JOUR -

Au ca­fé du Nord, pe­tit bar de Con­dé-fo­lie qui vend aus­si des ar­ticles de pêche et des mu­ni­tions de chasse, on af­fiche sans am­bages ses pré­fé­rences po­li­tiques. Des pho­tos de Ma­rine Le Pen s’étalent sur les murs, son por­trait dé­di­ca­cé trône der­rière le comp­toir, juste au-des­sus de ce­lui du pe­tit­fils du pa­tron et d’une bou­teille de vin es­tam­pillée… Cu­vée du Front na­tio­nal.

Au fond de la salle, à quelques mètres d’une col­lec­tion de casques et de lampes de mi­neurs, sou­ve­nirs de l’an­cienne vie de Ch­ris­tophe — le pro­prié­taire des lieux avec ses en­fants, Jean­nou et Ghis­laine —, une cou­pure de jour­nal re­late le pas­sage dans le ca­fé, en 2012, de la pré­si­dente du FN. En re­vanche, le cadre du cli­ché de l’évé­ne­ment a vo­lé en éclats. « Il est tom­bé le ma­tin du se­cond tour de la pré­si­den­tielle, le verre s’est bri­sé. Un mau­vais pré­sage », se sou­vient Ghis­laine.

Le 7 mai, la can­di­date FN a re­cueilli plus de 61 % des suf­frages à Con­dé-fo­lie. « Tout le monde vote sys­té­ma­ti­que­ment FN », confirme Ch­ris­tophe, dont le père était im­mi­gré po­lo­nais, com­mu­niste, tan­dis que son fils, Jean­nou, ex­hibe fiè­re­ment sa carte d’adhé­rent au FN, prise en 1996.

Mais, même dans cette bour­gade de 900 âmes toute ac­quise à la cause de Ma­rine Le Pen, le doute s’est ins­tal­lé… « On y croyait cette an­née. Et puis, il y a eu le dé­bat…, se dé­sole Jean­nou. Ma­cron, c’est vrai que Ma­rine l’a sous-es­ti­mé. Les gens vou­laient qu’elle parle de ques­tions concrètes, de l’eu­rope, et elle a été trop agres­sive. Ça a quand même cas­sé un lien entre elle et une par­tie de ses mi­li­tants. »

De quoi aus­si dou­cher les es­poirs de sa soeur, Ghis­laine : « J’ai vo­té pour elle au se­cond tour, mais avec moins d’en­thou­siasme qu’au pre­mier. Elle nous a fait les Gui­gnols de l’in­fo le soir du dé­bat », sou­pire la jeune femme. Elle don­ne­ra son suf­frage au Front : « C’est mon de­voir. Mais ils ne pas­se­ront ja­mais. Les Fran­çais ont peur du FN. »

Jean­nou, lui, conserve in­tact son at­ta­che­ment à « Ma­rine ». Mais il ne se fait plus d’illusions. « L’ave­nir ap­par­tient aux jeunes, et celle qui plaît aux jeunes au­jourd’hui, c’est Ma­rion Ma­ré­chal-le Pen, an­ti­cipe cet an­cien mi­li­taire. C’est elle qui va créer la sur­prise. Elle va re­ve­nir, elle aban­don­ne­ra le nom Le Pen pour se faire ap­pe­ler Ma­ré­chal. C’est la seule de toute la classe po­li­tique à qui Ma­cron n’a pas don­né un coup de vieux. » Lu­do­vic, client ré­gu­lier, qui vient de perdre son em­ploi, abonde : « Je conti­nue de faire confiance à Ma­rine mais elle est peut-être un peu trop cash. Ma­rion est plus douce. »

Les gué­guerres et les di­vi­sions in­ternes au FN, qui s’étalent de­puis des mois au grand jour, n’in­té­ressent pas ces élec­teurs : « On s’en fout ! » tranche Ghis­laine. Tout comme la ren­trée po­li­tique de Ma­rine Le Pen : « On a vu à la té­lé qu’elle avait une nou­velle coupe de che­veux et des nou­velles lu­nettes, mais si­non… » ba­laie cette mère de trois en­fants. Et de conclure : « De toute ma­nière, la po­li­tique, on s’y in­té­resse l’an­née de la pré­si­den­tielle. Et puis après on la su­bit pen­dant cinq ans. »

L’AVE­NIR AP­PAR­TIENT AUX JEUNES, ET CELLE QUI PLAÎT AUX JEUNES AU­JOURD’HUI, C’EST MA­RION MA­RÉ­CHAL-LE PEN

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.