Fa­bu­leuse Fa­bu­lo­se­rie

Aujourd'hui en France - - LE GUIDE DE VOTRE DIMANCHE - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL RE­NAUD BARONIAN À DICY (YONNE)

L’art brut, qué­sa­co ? Pour avoir une ré­ponse vi­vante, sen­sa­tion­nelle, émou­vante à cette ques­tion, il faut se rendre dans l’yonne, à 150 km au sud de Pa­ris. A Dicy, où trône la Fa­bu­lo­se­rie. Une mai­son-mu­sée dont l’on visite l’in­té­rieur comme l’ex­té­rieur, puisque le jar­din est peu­plé d’oeuvres si­dé­rantes.

Ici, on pré­fère par­ler d’« art hors les normes » plu­tôt que d’art brut, ap­pel­la­tion créée par le peintre Jean Du­buf­fet pour qua­li­fier les oeuvres de per­sonnes ne pos­sé­dant au­cune for­ma­tion ar­tis­tique. De l’art pro­duit par le com­mun des mor­tels, donc, dont l’un des exemples les plus po­pu­laires est le re­nom­mé Pa­lais idéal du Fac­teur Che­val.

La Fa­bu­lo­se­rie re­gorge de pièces spec­ta­cu­laires, réa­li­sées sur le même sché­ma : des tra­vaux de ti­tans, pro­duits au fil d’une vie par des ano­nymes à par­tir de ma­té­riaux de ré­cu­pé­ra­tion, au fond de leur ga­rage, dans leur jar­din, ou dans leur tour HLM. Et quelles oeuvres !

La Fa­bu­lo­se­rie, fon­dée en 1983 par un homme lui aus­si hors du com­mun, l’ar­chi­tecte et col­lec­tion­neur d’art brut Alain Bour­bon­nais (lire ci-des­sous), re­gorge de pro­duc­tions qui laissent sans voix. Ain­si les folles bro­de­ries de Syl­vette Gal­miche, mère au foyer, ha­bi­tées de créa­tures fan­tas­tiques ; les pe­tits théâtres ani­més construits par Al­bert Sal­lé, re­ce­veur d’au­to­bus, une fois à la re­traite ; les meubles ba­roques qu’un ou­vrier cé­ra­miste ita­lien trans­for­mait le soir en ren­trant de l’usine ; les « Tur­bu­lents » d’alain Bour­don­nais lui-même, des au­to­mates dé­li­rants.

On pour­rait égre­ner long­temps la liste des cu­rio­si­tés de la Fa­bu­lo­se­rie. On croise aus­si d’éton­nantes re­pré­sen­ta­tions de pay­sages du monde en­tier créées par des gens qui n’ont ja­mais fran­chi les li­mites de leur can­ton, ou un in­croyable aqua­rium géant peu­plé de pois­sons fan­tas­ma­go­riques construit dans un ap­par­te­ment mi­nus­cule.

C’est au­tour de l’étang, dans un cadre bu­co­lique, que l’on dé­couvre les oeuvres les plus stu­pé­fiantes : sculp­tures de chiens gi­gan­tesques, sin­gu­lières gi­rouettes, arches de Noé ta­ra­bis­co­tées. Et, sur­tout, la pièce maî­tresse de la Fa­bu­lo­se­rie, celle qui at­tire les vi­si­teurs — et les en­fants — du monde en­tier : « le ma­nège de Pe­tit Pierre ».

UN MA­NÈGE CONSTRUIT PEN­DANT QUA­RANTE ANS

Ce gar­çon va­cher, né en 1900 et dé­cé­dé en 1992, a construit du­rant qua­rante ans, uni­que­ment à base de ma­té­riel ré­cu­pé­ré et avec l’aide de son frère in­gé­nieur, un gi­gan­tesque ma­nège mé­ca­nique, en s’ins­pi­rant de sa vie à la ferme ou de ses voyages.

Cette hal­lu­ci­na­tion pour les sens fonc­tionne comme un vrai ma­nège : un tour de clé et hop, pe­tits trains, voi­tures de course, che­vaux, trac­teurs, at­te­lages, avions, té­lé­phé­riques, en mé­tal, bois ou liège, se mettent en branle, zig­za­guant au­tour et au­des­sus du vi­si­teur, pro­pul­sés par un seul mo­teur et un nombre in­fi­ni de cour­roies. On y croise même la tour Eif­fel et le Mou­lin-rouge. On pour­rait res­ter des heures à ad­mi­rer les dé­tails et la pré­ci­sion de cette ins­tal­la­tion « hors-les-normes ». Fa­bu­leux ! La Fa­bu­lo­se­rie,

1, rue des Canes, Dicy (Yonne). Ac­cès par l’a6, sor­tie 18 Joi­gny-tou­cy, puis prendre la RD943 jus­qu’à Dicy. Ou­vert les sa­me­dis, di­manches et jours fé­riés de 14 heures à 19 heures jus­qu’au 2 no­vembre. 9 €, 5 € pour les moins de 12 ans. www.fa­bu­lo­se­rie.com,

03.86.63.64.21.

« Le Ma­nège de Pe­tit Pierre », construit à base de ré­cu­pé­ra­tion, est la pièce maî­tresse de la Fa­bu­lo­se­rie.

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