« Le foot, c’était de l’ar­ti­sa­nat »

Aujourd'hui en France - - TÉLÉVISION LOISIRS - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR YVES JAEGLÉ

a pré­sen­té le pre­mier « Té­lé­foot », en 1977. L’émis­sion de TF 1, qui fête ses 40 ans au­jourd’hui à 11 heures, l’a in­vi­té.

C’ÉTAIT AUS­SI un sa­me­di 16 sep­tembre. Ce soir de 1977, vers 23 heures, Pierre Can­gio­ni (pho­to) pré­sente le pre­mier « Té­lé­foot », sur TF 1. Pour les 40 ans de l’émis­sion, qui a bas­cu­lé du sa­me­di soir au di­manche ma­tin en 1982, Ch­ris­tian Jeanpierre, l’ac­tuel ani­ma­teur de « Té­lé­foot », re­çoit au­jourd’hui à 11 heures son pré­dé­ces­seur, âgé de 78 ans. Au té­lé­phone, la voix de Can­gio­ni, chaude, très ryth­mée, est dé­jà une ma­de­leine de Proust. Sou­ve­nirs. Votre voix est re­con­nais­sable entre mille. Vous avez tra­vaillé un style, une élo­cu­tion ?

PIERRE CAN­GIO­NI. J’ai sur­tout une pointe d’ac­cent corse. Ça a dû me don­ner une ori­gi­na­li­té. J’étais pra­ti­que­ment le seul, à part Ro­ger Cou­derc au rug­by. Nous ne sommes pas un pays à ac­cents. En Ita­lie ou en Al­le­magne, des pays avec des ré­gions fortes, la té­lé fait chan­ter les ac­cents et ça ne choque per­sonne. En France, sur­tout à mon époque, il fal­lait avoir l’ac­cent dit zé­ro. Ce­lui de l’ile-de-france ou de la Tou­raine… il n’exis­tait au­cun ma­ga­zine sur le foot à la té­lé.

Il n’y avait rien du tout, et les matchs dif­fu­sés étaient très rares. Les di­ri­geants du foot­ball fran­çais n’avaient qu’une peur : que la té­lé­vi­sion vide les stades.

« Té­lé­foot » est né deux ans après l’ar­ri­vée de Pla­ti­ni en équipe de France. Le ma­ga­zine est-il lié à l’émer­gence des Bleus ?

L’épo­pée des Verts de Sainte­tienne en Coupe d’eu­rope a été le pre­mier mo­teur, et l’équipe de France le deuxième. C’est vrai qu’avant, nous étions bat­tus dans toutes les com­pé­ti­tions. Il n’y avait pas de cul­ture foot. Les di­ri­geants de la té­lé­vi­sion de l’époque — seule­ment trois chaînes pu­bliques, souvenez-vous — étaient per­sua­dés qu’une émis­sion sur un seul sport ne pou­vait pas mar­cher. On a été dif­fu­sé le sa­me­di soir, vers 23 heures, après « Champ­se­ly­sées », de Mi­chel Dru­cker, qui dé­bor­dait tou­jours de l’ho­raire, et « Co­lum­bo ». Par­fois, c’était trop tard. Un jour, pour râ­ler, j’ai al­lu­mé des bou­gies dans le stu­dio, en di­rect. Mon pa­tron m’a mis un car­ton jaune.

Ça a mar­ché tout de suite ?

Les me­sures d’au­dience n’exis­taient pas sous leur forme ac­tuelle, et ne pre­naient pas en compte les moins de 16 ans ! Mais des en­fants m’écri­vaient que leurs pa­rents ne vou­laient pas qu’ils re­gardent à cause de l’ho­raire, et des femmes m’ap­pe­laient : « Vous m’em­bê­tez, mon ma­ri ne veut plus sor­tir le sa­me­di soir… » C’est pour elles que j’ai créé les fa­meux gé­né­riques de fin, « mais non mais non mais non mais non… », comme un clin d’oeil aux dames.

Vous avez fait vous-même ces gé­né­riques cultes ?

Oui, j’en ai réa­li­sé quatre dif­fé­rents, pour créer un ef­fet de sur­prise, qu’on puisse re­gar­der en fa­mille, et pa­rier sur les images de fin, les joueurs qui al­laient ap­pa­raître ou pas. J’ai long­temps cru que la musique du « mais non mais non » sur la­quelle on ren­dait l’an­tenne était d’hen­ri Sal­va­dor. En fait, c’était la musique d’un film éro­tique al­le­mand… On était des ar­ti­sans. Il n’y avait que deux ca­mé­ras au­tour du ter­rain pour fil­mer les joueurs. Plus tard, Ca­nal + en a mis 21. Ça vous a tou­ché que Re­naud cite votre nom dans sa chan­son « J’ai ra­té »? Oui, mais elle est sor­tie en 1981, juste avant que je sois vi­ré. Pour­quoi avez-vous été évin­cé ? C’était après la vic­toire des so­cia­listes à la pré­si­den­tielle. Mon pa­tron du ser­vice des sports, Ch­ris­tian Qui­det, a été vi­ré aus­si, et on m’a en­le­vé de l’émis­sion, que j’ai pré­sen­tée en­vi­ron 150 fois. Je suis re­ve­nu dans le foot à la tête du ser­vice des sports de la Cinq en 1987. En­tre­temps, les droits pour dif­fu­ser les images des matchs avaient grim­pé de 700 000 F à 45 mil­lions de francs, pour une sai­son de Ligue1.le foot est pas­sé de l’ar­ti­sa­nat à l’in­dus­tria­li­sa­tion.

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