FRAN­ÇOIS CHA­HUTE LES SIENS

Aujourd'hui en France - - FAIT DU JOUR - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR VINCENT MONGAILLARD

Ses prises de po­si­tion sou­vent dé­tonnent. Cer­tains se de­mandent même si le pape n’est pas au­jourd’hui plus po­pu­laire chez les athées qu’au sein de la com­mu­nau­té ca­tho­lique.

GRÂCE À LUI, l’eglise aux deux mil­lé­naires d’his­toire bé­né­fi­cie de sa­crés buzz pla­né­taires. Pas une se­maine ne passe, en ef­fet, sans que le pape Fran­çois s’in­vite dans l’ac­tua­li­té mon­diale. Quatre ans et de­mi que ça dure.

Mer­cre­di, le Va­ti­can an­non­çait que son hy­per­com­mu­ni­cant en cha­suble fé­dé­rait 40 mil­lions d’abon­nés sur ses 9 comptes Twit­ter, presque au­tant que le pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump. Avant-hier, le sou­ve­rain pon­tife plai­dait pour une op­po­si­tion ca­té­go­rique à la peine ca­pi­tale dans le ca­té­chisme, cet en­sei­gne­ment de la doc­trine de la foi chré­tienne qui, dans sa der­nière ver­sion de 1992, n’ex­clut pas l’exé­cu­tion pour des cas ex­trêmes. Ja­mais Jean-paul II ni Be­noît XVI n’étaient al­lés jus­qu’à de­man­der la ré­écri­ture d’un pa­ra­graphe.

Ces der­niers temps, c’est sur­tout à pro­pos des mi­grants que l’ar­gen­tin a fait par­ler de lui, prô­nant l’ac­cueil in­con­di­tion­nel, l’ex­ten­sion du re­grou­pe­ment fa­mi­lial, le droit de tra­vailler pour les de­man­deurs d’asile…

FRONDE SOUS LES NEFS

En in­ter­pel­lant di­rec­te­ment les Etats, le guide la­ti­no au 1,3 mil­liard d’ouailles im­prime son style. Car ce n’est pas sur les thèmes de so­cié­té qu’il se dé­marque, même s’il tend da­van­tage la main aux di­vor­cés re­ma­riés ou aux ho­mo­sexuels. Pas ques­tion d’af­fi­cher une po­si­tion dé­coif­fante sur les dogmes de l’eglise. A ses yeux par exemple, « l’avor­te­ment n’est pas un mal mi­neur, c’est un crime ».

C’est sur les su­jets po­li­tiques que « le pape des pé­ri­phé­ries » bous­cule les siens, à tel point qu’on peut se de­man­der s’il n’est pas, au­jourd’hui, plus po­pu­laire chez les non-croyants qu’au sein de sa propre com­mu­nau­té.

Il a beau pui­ser sa source dans l’evan­gile, ce dis­cours d’ou­ver­ture ren­contre des ré­sis­tances au­près d’une par­tie des ca­tho­liques. La fronde sous les nefs ne fait pas beau­coup de bruit mais elle existe bel et bien. « On est dans la tra­di­tion ca­tho où l’on n’aime pas les rap­ports de forces. Sur­tout pas de vagues ni d’at­taques fron­tales ! La cri­tique va être énon­cée au dé­tour d’une ho­mé­lie par exemple », dé­crypte le so­cio­logue des re­li­gions Oli­vier Bo­bi­neau, au­teur de « l’em­pire des papes » (CNRS Edi­tions).

Au­cun ne pren­dra le risque de l’af­fir­mer ou­ver­te­ment mais il est aus­si des ec­clé­sias­tiques qui ne sont pas sur la même lon­gueur d’onde que leur grand pa­tron. « La plu­part des prêtres disent qu’ils veulent le suivre. Mais ce qu’ils pensent, ça peut être autre chose. Un cer­tain nombre sont proches de l’opi­nion pu­blique, qui s’in­ter­roge sur cette ques­tion des mi­grants. Etre en com­mu­nion avec Fran­çois, ce n’est pas for­cé­ment être d’ac­cord sur tout mais c’est es­sayer d’en­tendre, grâce à lui, l’ap­pel de Dieu », re­la­ti­vise l’évêque émé­rite Mgr Mi­chel Du­bost. Lui est « heu­reux » de ce Saint-père « cash » qu’il sou­tient ar­dem­ment, au grand dam… d’un fi­dèle ! « Un jour, j’ai été trai­té de sup­pôt du pape parce que j’ex­pli­quais qu’il fal­lait dia­lo­guer avec les mu­sul­mans », se sou­vient-il. Mais le pré­lat a pris ce qui res­sem­blait fort à une in­sulte pour un « com­pli­ment ».

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