« Je le trouve un peu trop gau­chiste »

Eli­sa­beth, pa­rois­sienne pa­ri­sienne

Aujourd'hui en France - - FAIT DU JOUR -

LE POR­TRAIT DE FRAN­ÇOIS trône à l’en­trée de l’église Notre-dame-del’as­somp­tion de Pas­sy, à Pa­ris (XVIE). Mais ici, dans les beaux quar­tiers de la ca­pi­tale, où cer­tains ri­ve­rains, crai­gnant un « nou­veau San­gatte », s’étaient vio­lem­ment op­po­sés l’an der­nier à l’ou­ver­ture d’un centre pour sans-abri, le pape n’est pas tou­jours en odeur de sain­te­té. Ses sor­ties po­li­tiques, en par­ti­cu­lier sur les mi­grants, font par­fois grin­cer. Pas de pro­pos vi­ru­lents, pas de contes­ta­tion ou­verte mais des prises de dis­tance… as­su­mées.

« Je ne suis pas tou­jours d’ac­cord avec lui. Je le trouve un peu trop gau­chiste, un peu trop ré­vo­lu­tion­naire », juge Eli­sa­beth, tra­duc­trice, avant de se rendre aux vêpres. « Bien sûr, il faut ac­cueillir des mi­grants, mais quand ces mots viennent de lui, j’ai peur. C’est qu’il est plus cha­ri­table que moi… », confesse-t-elle, de­vant une af­fiche à la gloire des pa­roles de l’evan­gile « Tu ai­me­ras ton pro­chain comme toi-même ». Alors le pa­tron de l’eglise ca­tho­lique, elle « l’es­time », mais elle « n’ar­rive pas à avoir de l’af­fec­tion pour lui ». « Je pré­fère mille fois les deux autres, Be­noît XVI et Jean-paul II », lâche-t-elle.

Mi­reille n’est pas de cet avis. A ses yeux, le Saint-père est « par­fait ». « L’eglise doit s’en­ga­ger. C’est vrai­ment le pape qu’il nous faut, il donne des coups de pied dans la four­mi­lière, il vit si sim­ple­ment au Va­ti­can, je me re­trouve en lui », en­cense-t-elle. Entre les deux camps, il y a la po­si­tion « nuan­cée » de Guy, pa­rois­sien à la re­traite. Il re­grette que Fran­çois « parle un peu trop vite ». « Il dit un truc puis il ajuste, rec­ti­fie, c’est sa culture la­tine. Comme on dit, no­bo­dy is per­fect (NDLR : per­sonne n’est par­fait) ! », sou­rit-il. « Sur les mi­grants, par exemple, il a fait marche ar­rière en ex­pli­quant fi­na­le­ment qu’il faut d’abord être res­pon­sable et ac­cueillir ceux que l’on peut in­té­grer », pré­cise-t-il.

Ce fi­dèle veut bien lui par­don­ner les for­mules lâ­chées dans la « pré­ci­pi­ta­tion ». « Il a beau­coup de qua­li­tés. C’est un pape qui ne sou­haite pas qu’on reste dans notre ca­na­pé. Il a rai­son. Parce que quand vous bou­gez, c’est une loi de la phy­sique, ça dé­gage de la cha­leur », s’en­flamme-t-il. De son cô­té, Romane, 25 ans, his­to­rienne, ne voit « pas de rup­ture » entre Fran­çois et son pré­dé­ces­seur, Be­noît XVI. « Ce n’est pas le pre­mier à avoir bousculé l’eglise. Et on n’a pas at­ten­du son coup de com pour ré­agir, pour ac­cueillir des ré­fu­giés dans les pa­roisses, tout ça est dans l’evan­gile », rap­pelle-t-elle.

Pour Vincent, Fran­çois est « un guide spi­ri­tuel, pro­fon­dé­ment an­cré dans les textes por­tant sur la bon­té chré­tienne ». « Mais par­fois, il nous heurte car l’état de la so­cié­té ac­tuelle ne nous per­met pas tou­jours de com­prendre cette cha­ri­té », ana­lyse-t-il. Ce tren­te­naire n’est pas en phase à 100 % avec lui sur l’ac­cueil des mi­grants. « J’ai­me­rais être en to­ta­li­té sur la même lon­gueur d’onde, mais ce n’est pas pos­sible », souffle-t-il.

« CE N’EST PAS LE PRE­MIER À AVOIR BOUSCULÉ L’EGLISE » ROMANE, 25 ANS

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