Ri­chard Fer­rand re­mis en selle

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PAR JANNICK ALIMI, MY­RIAM ENCAOUA ET PAU­LINE THÉVENIAUD

Le pré­sident des dé­pu­tés LREM se fé­li­cite d’avoir été « la­vé de tout soup­çon » après le clas­se­ment sans suite de l’en­quête sur les Mu­tuelles de Bre­tagne.

UN QUART D’HEURE après le com­mu­ni­qué du par­quet de Brest, Ri­chard Fer­rand en­voyait un e-mail aux 313 dé­pu­tés de son groupe. « Ja­mais la fier­té ni l’hon­neur de pré­si­der notre groupe ne m’ont quit­té. Je garde la vo­lon­té de pour­suivre la mise en oeuvre du pro­jet de trans­for­ma­tion du pré­sident », écrit l’élu bre­ton. Le dé­pu­té du Fi­nis­tère en avait gros sur le coeur. Amer, no­tam­ment contre la presse. Per­sua­dé d’avoir été plus mal­trai­té par les mé­dias que Fran­çois Bay­rou, le garde des Sceaux pous­sé à la dé­mis­sion par l’en­quête sur les as­sis­tants par­le­men­taires du Modem. « J’es­père qu’il ne va pas faire une confé­rence de presse ven­ge­resse », s’in­quié­tait un mi­nistre avant que la dé­ci­sion ne tombe… tan­dis qu’un pi­lier de la ma­cro­nie lui prê­tait un cô­té « ran­cu­nier ». Hier, sur BFM, l’an­cien mi­nistre a re­con­nu que la pé­riode avait été « éprou­vante et dou­lou­reuse ».

I UNE OPÉ­RA­TION RÉ­HA­BI­LI­TA­TION BIEN PRÉ­PA­RÉE

Cet épi­logue, Ri­chard Fer­rand s’y pré­pare de­puis des jours. Dès le dé­but de la se­maine, cer­tains de ses proches ont ana­ly­sé, en toute dis­cré­tion, les mo­ti­va­tions pos­sibles du pro­cu­reur de Brest. Les hy­po­thèses « agréables comme désa­gréables » ont été étu­diées, as­sure l’un d’eux.

Mais de fait, c’est bien à un re­tour par la grande porte que l’élu du Fi­nis­tère a tra­vaillé. « Il est com­plè­te­ment dans une mé­ca­nique de ré­ha­bi­li­ta­tion, as­sure un élu. Il m’a dit que le su­jet était to­ta­le­ment net­toyé. » Bien avant la dé­ci­sion, ses proches in­sis­taient sur les dom­mages col­la­té­raux su­bis par sa fa­mille. C’est sa fille à qui l’on dit dans la cour de l’école : « Ton père est un es­croc. » Sa com­pagne qui en au­rait pâ­ti sur le plan pro­fes­sion­nel. Au­tour de lui, tous in­sistent sur cette « épreuve ».

Né­ces­si­té aus­si de mon­trer qu’il n’a ces­sé de tra­vailler mal­gré son « black-out » mé­dia­tique. Preuve qu’il est « heu­reux » à la tête du groupe mal­gré son dé­part for­cé du gou­ver­ne­ment, il a d’ailleurs fait des tra­vaux dans son bu­reau de l’as­sem­blée ! Der­nier mes­sage : le lien avec le chef de l’etat n’a ja­mais été cou­pé. Les proches de Fer­rand in­sistent, les deux hommes échangent qua­si quo­ti­dien­ne­ment. « Il n’y a pas eu de rup­ture », as­sure l’ely­sée.

I QUEL AVE­NIR AU SEIN DU GROUPE LREM ?

Of­fi­ciel­le­ment, c’est le sou­la­ge­ment. « Fer­rand est la­vé. C’est une le­çon pour le monde po­li­tique, où dé­sor­mais le soup­çon peut pro­vo­quer une dé­mis­sion », confiaient les élus LREM à l’as­sem­blée hier après-mi­di. Pour­tant, sa sur­vie à la tête du groupe n’est pas ac­quise. Il y a bien sûr les fi­dèles re­con­nais­sants : « Heu­reu­se­ment que Ri­chard était aux ma­nettes ! Il est le seul par­mi nous à avoir la lé­gi­ti­mi­té et la com­pé­tence pour di­ri­ger plus de 300 élus. Je n’ima­gine pas qu’il ait en­vie de par­tir. Mais de­puis hier, son ave­nir lui ap­par­tient à nou­veau », es­time Gilles Le Gendre, dé­pu­té LREM de Pa­ris.

Ou­bliés la ca­co­pho­nie et les couacs en sé­rie ? Pas pour tous. « Il y a tou­jours un pro­blème de lea­der­ship, le groupe n’est pas ma­na­gé », confient quelques dé­pu­tés qui pré­fèrent gar­der l’ano­ny­mat. Les amen­de­ments dé­po­sés de fa­çon désor­don­née sur les pro­jets de bud­get et de fi­nan­ce­ment de la Sé­cu en ont ir­ri­té plus d’un… Fer­rand ne se­rait pas as­sez pré­sent en séance, souffle-t-on en­core.

I PEUT-IL RE­VE­NIR AU GOU­VER­NE­MENT ?

« Je suis fier d’être pré­sident du groupe LREM », a-t-il seule­ment in­di­qué hier tout en af­fir­mant qu’« on peut réus­sir sa vie sans être mi­nistre ». Le pa­tron du groupe jure qu’il est bien là où il est. Pour­tant, au Pa­lais-bour­bon, les scé­na­rios s’écha­fau­daient. Un re­tour au gou­ver­ne­ment à la fa­veur d’un pos­sible jeu de bon­ne­teau ? Très peu y croient… « Le pro­blème de Ri­chard, c’est que le so­leil a tour­né, confie un mi­nistre. Même blan­chi, il reste af­fai­bli et ne re­vien­dra pas au gou­ver­ne­ment. »

Ri­chard Fer­rand est blan­chi. Mais sa sur­vie à la tête du groupe LREM n’est pas pour au­tant ac­quise et son re­tour au gou­ver­ne­ment en­core moins.

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