Cette pe­tite bande qui nargue la droite

De­puis des se­maines, Edouard Phi­lippe et les construc­tifs, me­na­cés d’ex­clu­sion, font tour­ner en bour­rique LR. Une stra­té­gie très concer­tée.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - PAR OLI­VIER BEAU­MONT ET NA­THA­LIE SCHUCK

C’EST L’HEURE DES QUES­TIONS au gou­ver­ne­ment, mar­di à l’as­sem­blée, quand Gilles Boyer, conseiller d’edouard Phi­lippe à Ma­ti­gnon, croise Eric Ciot­ti, bras droit de Laurent Wau­quiez. Sou­rire de chat, Boyer lance : « Je te pré­viens, on va en faire un feuille­ton ! » En cause, la dé­sas­treuse sa­ga qui agite les Ré­pu­bli­cains sur l’ex­clu­sion du Pre­mier mi­nistre, des mi­nistres Gé­rald Dar­ma­nin et Sé­bas­tien Le­cor­nu et des dé­pu­tés construc­tifs Thier­ry So­lère et Franck Ries­ter, ju­gés cou­pables de haute tra­hi­son pour avoir ral­lié Em­ma­nuel Ma­cron.

Ils en ont pas­sé des heures, ces six conju­rés, à rire de cette af­faire à coups de SMS et de mes­sages What­sapp. En cou­lisses, ces « ton­tons flin­gueurs », à l’hu­mour bri­tish ra­va­geur, se concertent même pour faire tour­ner en bour­rique leurs ex-amis LR. Le 3 oc­tobre, après que le bu­reau po­li­tique de LR a bran­di la me­nace d’évic­tion, Dar­ma­nin, Le­cor­nu et Boyer se sont ain­si mis d’ac­cord sur une pe­tite blague… en rap­pe­lant sur Twit­ter qu’ils étaient tou­jours membres de la com­mis­sion des re­cours du par­ti ! « On a une cer­taine ha­bi­tude des cas d’ex­clu­sion », ri­gole l’un d’eux.

La pe­tite bande a vu le jour en juin 2012, au­tour d’une bonne tablée au res­tau­rant Bel­lo­ta­bel­lo­ta, dans le chic VIIE ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Il y avait là Bru­no Le Maire, Phi­lippe et Ries­ter. « La droite était en lam­beaux après la dé­faite de Sar­ko­zy, il y avait un truc à re­cons­truire », ra­conte un des convives. Les dî­ners se mul­ti­plient, le groupe s’élar­git. Et si Le Maire s’est éloi­gné de­puis qu’il a sa carte chez En marche ! si les dî­ners se sont es­pa­cés, la com­pli­ci­té est in­tacte. « So­lère est tou­jours four­ré à Ma­ti­gnon, sou­vent le soir », confie un conseiller mi­nis­té­riel, qui ra­conte que le Pre­mier mi­nistre avait dis­crè­te­ment sou­mis à son ami, dès la fin juin, le texte du dis­cours de po­li­tique gé­né­rale qu’il al­lait pro­non­cer le 4 juillet de­vant l’as­sem­blée.

« DIABOLISER LES RÉ­PU­BLI­CAINS À LA DROITE DE LA DROITE POUR RA­ME­NER LES MO­DÉ­RÉS DE LR VERS MA­CRON » UN MEMBRE DE LA BANDE

Les six conju­rés ont un puis­sant point com­mun : ils dé­testent Laurent Wau­quiez, ac­cu­sé de flir­ter avec la droite ex­trême. « Le top, ce se­rait que les ex­clu­sions tombent après son élec­tion (NDLR : dé­but dé­cembre). Se faire ex­clure par ce fa­cho, quel pa­nard ! » lâche un membre de la bande. La­quelle compte faire du­rer le sup­plice chi­nois, y com­pris ju­ri­di­que­ment, en lais­sant en­tendre qu’elle pour­rait en­ga­ger un re­cours en cas d’ex­clu­sion. Au­de­là des pe­tites dé­tes­ta­tions, il y a un plan mû­re­ment ré­flé­chi : « Diaboliser les Ré­pu­bli­cains, les cor­ne­ri­ser à la droite de la droite pour ra­me­ner les mo­dé­rés de LR vers Ma­cron, no­tam­ment en vue des eu­ro­péennes de 2019 », dé­crypte-t-on.

Reste que cette stra­té­gie du pour­ris­se­ment ne plaît pas à tous, y com­pris chez les Mar­cheurs. « Ils sont pié­gés. Un jour, ils se­ront obli­gés de re­joindre En Marche ! », pa­rie un fa­mi­lier du pré­sident. « Ma­cron n’est dupe de rien. So­lère n’est qu’un ar­ri­viste, et tous ces gens ne sont que des gagne-pe­tit prêts à tuer père et mère », étrille un dé­pu­té ma­cro­niste.

Chez LR aus­si, on en­tonne la mu­sique du « qui a tra­hi tra­hi­ra ». « Ces types res­tent avant tout des mer­ce­naires », en­rage un haut gra­dé du par­ti qui se re­mé­more cette scène : « Le 11 mai, dans sa ville de Tour­coing, Dar­ma­nin lan­çait la cam­pagne des lé­gis­la­tives à droite avec Ba­roin, en di­sant : Fran­çois, tu pour­ras comp­ter sur moi. Ah oui, on a vu ! Quatre jours plus tard, il était nom­mé mi­nistre du Bud­get… » Il y a peu, à bord d’un vol Nice-pa­ris, Ciot­ti a, pour sa part, eu la fâ­cheuse sur­prise de voir l’im­po­sante sil­houette de So­lère s’ins­tal­ler à cô­té de lui. « Mau­vaise pioche ! a ba­lan­cé Ciot­ti. J’au­rais pu tom­ber sur une beau­té… En plus, tu vas me pi­quer toute la place. » Un Ré­pu­bli­cain et un Construc­tif dans un avion : ça com­mence comme une his­toire drôle, mais ça pour­rait mal fi­nir.

@oli­vier­beau­mont @Na­tha­lies­chuck

Gé­rald Dar­ma­nin, Thier­ry So­lère et Edouard Phi­lippe (de g. à dr.) comptent par­mi les conju­rés des Ré­pu­bli­cains qui ont re­joint la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle. Une bande qui s’est for­mée en 2012 après la dé­faite de Ni­co­las Sar­ko­zy et à la­quelle ap­par­te­nait Bru­no Le Maire (à dr.) avant de re­joindre En Marche !

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