« Sim­pli­fions la vie du mé­de­cin pour le rendre plus dis­po­nible »

Rhu­ma­to­logue à Pa­ris, Ra­chi­da Inaoui est sub­mer­gée de pa­tients. En cause, la pé­nu­rie de mé­de­cins.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - PAR DA­NIEL ROSENWEG

« JE TRA­VAILLE 55 à 60 heures par se­maine et ne prends que trois se­maines par an. » A 52 ans, Ra­chi­da Inaoui est rhu­ma­to­logue dans le Ve ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. De­puis que trois confrères rhu­ma­to­logues du quar­tier sont par­tis à la re­traite il y a quelques mois, elle n’ar­rive plus à ré­pondre à la de­mande. « Oui, les dé­serts mé­di­caux ça existe aus­si à Pa­ris », ré­sume cette ex­perte de l’os et tra­vailleuse achar­née. C’est contre cette pé­nu­rie de mé­de­cins qui s’ag­grave que la mi­nistre de la San­té, Agnès Bu­zyn, a pré­sen­té hier son plan pour un égal ac­cès aux soins sur les ter­ri­toires. Un plan qui fait la part belle aux mai­sons de san­té, dont le nombre doit dou­bler d’ici à 2020 (lire ci-des­sous).

Comment ré­pondre au be­soin crois­sant de soins dans un contexte de pé­nu­rie de mé­de­cins ? Ra­chi­da Inaoui a bien son idée, et ce ne sont pas les fa­meuses mai­sons de san­té. « J’ai tra­vaillé comme mé­de­cin en Grande-bre­tagne, c’était l’hor­reur. Je sais les dé­gâts que fait la mé­de­cine ad­mi­nis­trée qui vous dit comment soi­gner et ne pas soi­gner. J’ai tra­vaillé aus­si dans un centre mu­tua­liste fran­çais qui a fi­ni par nous mettre à la porte parce qu’on ne rap­por­tait pas as­sez, on ne fai­sait pas as­sez d’actes les plus ré­mu­né­ra­teurs. Que se­ra la li­ber­té du mé­de­cin si les fi­nan­ceurs des mai­sons de san­té dé­cident qu’elles doivent de­ve­nir ren­tables ? »

AVOIR UNE AC­TI­VI­TÉ SUR PLU­SIEURS SITES

Pour cette mé­de­cin, la so­lu­tion la plus ra­pide se­rait de « sim­pli­fier la vie du mé­de­cin pour qu’il soit plus dis­po­nible. Et lui per­mettre, sans lour­deurs ad­mi­nis­tra­tives, d’avoir une ac­ti­vi­té sur plu­sieurs sites ». Le Dr Inaoui sait de quoi elle parle. Au­jourd’hui, cette mère de deux en­fants cu­mule pas moins de trois ac­ti­vi­tés, trois « em­ployeurs ».

Elle as­sure des va­ca­tions « mal payées mais de haut ni­veau », dit-elle, à l’hô­pi­tal. Elle est sa­la­riée d’un ins­ti­tut mu­tua­liste « qui [la] paye, lui, cor­rec­te­ment » et elle est son propre em­ployeur pour son ac­ti­vi­té li­bé­rale en ca­bi­net, la moi­tié du temps. « C’est là qu’on est en pre­mière ligne, face au pa­tient, lâche-t-elle avec pas­sion. C’est une chance d’avoir une ac­ti­vi­té mixte. La mé­de­cine évo­lue très vite, et on peut très vite être lar­gué. » Cette de­mande de tra­vail en équipe, de nom­breux jeunes mé­de­cins l’ex­priment. D’où le suc­cès de l’ac­ti­vi­té mé­di­cale mixte, qui a pro­gres­sé de 10 % de­puis 2010 en France, et pour­rait être, se­lon elle, une par­tie de la so­lu­tion pour ré­sor­ber le manque de mé­de­cins — spé­cia­listes ou gé­né­ra­listes — qui sé­vit se­lon les en­droits.

Des dé­parts à la re­traite n’étant pas com­pen­sés par l’ar­ri­vée de nou­veaux pra­ti­ciens, la pé­nu­rie de mé­de­cins, y com­pris de spé­cia­listes, se fait aus­si sen­tir à Pa­ris.

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