« Nous avons be­soin de ces scan­dales comme élec­tro­chocs »

Com­mis­saire eu­ro­péenne à la Concur­rence, Mar­grethe Ves­ta­ger mène un com­bat achar­né contre les mul­ti­na­tio­nales qui pra­tiquent l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - DE NOS EN­VOYÉS SPÉ­CIAUX À BRUXELLES (BEL­GIQUE), AU­RÉ­LIE LEBELLE ET MAT­THIEU PELLOLI

ROBE DE VE­LOURS vert sa­pin, che­veux courts ar­gen­tés, Mar­grethe Ves­ta­ger nous re­çoit dans le vaste bu­reau qu’elle oc­cupe dans le bâ­ti­ment Ber­lay­mont, le siège de la Com­mis­sion eu­ro­péenne à Bruxelles (Bel­gique). Ici, à la tête d’une équipe de 900 ins­pec­teurs, la com­mis­saire eu­ro­péenne à la Concur­rence mène une lutte achar­née contre l’éva­sion fis­cale, n’hé­si­tant pas à en­ga­ger de vio­lents bras de fer avec les mul­ti­na­tio­nales.

Pour cette fille d’un couple de pas­teurs lu­thé­riens da­nois, l’union eu­ro­péenne (UE) doit sai­sir la fe­nêtre de tir ou­verte par les Pa­ra­dise Pa­pers. Les ré­vé­la­tions sur les mon­tages fis­caux opaques des­ti­nés à échap­per à l’im­pôt doivent ser­vir à ren­for­cer en­core sa lé­gis­la­tion an­ti­fraude et éva­sion fis­cale.

Pre­mière femme mi­nistre au Da­ne­mark à 29 ans, Mar­grethe Ves­ta­ger a ins­pi­ré la sé­rie té­lé­vi­sée « Bor­gen ». Elle est aus­si sur­nom­mée « la deuxième femme la plus puis­sante d’eu­rope », der­rière An­ge­la Mer­kel. Un pou­voir dont elle n’hé­site pas à se ser­vir pour sanc­tion­ner des géants comme Apple, Google et peut-être bien­tôt le fran­çais En­gie*, soup­çon­né d’avoir bé­né­fi­cié d’avan­tages fis­caux in­dus au Luxem­bourg. Vous avez per­mis de condam­ner des mul­ti­na­tio­nales comme Apple ou Ama­zon. Pour­quoi êtes-vous la seule, à Bruxelles, à ob­te­nir des ré­sul­tats ? MAR­GRETHE VES­TA­GER. C’est tout le pri­vi­lège de mon poste : je suis là pour faire res­pec­ter la loi. Je ne crée pas de nou­veaux textes, je fais exé­cu­ter ceux qui existent dé­jà. Une sorte d’agent de po­lice ! Si j’ai au­tant de pou­voir, c’est parce que, au bout du bout, je re­pré­sente les in­té­rêts de 500 mil­lions d’eu­ro­péens.

« LA CO­LÈRE DES PEUPLES A ÉTÉ UN VRAI CAR­BU­RANT POUR AC­CÉ­LÉ­RER LES PRISES DE DÉ­CI­SIONS »

Les ré­vé­la­tions des Pa­ra­dise Pa­pers montrent que L’UE peine en­core à s’im­po­ser face aux mul­ti­na­tio­nales et aux grandes for­tunes… C’est vrai. Mais je pré­fère re­te­nir qu’en peu de temps les choses ont bien chan­gé grâce à toutes ces ré­vé­la­tions : Swiss­leaks, Lux­leaks, Pa­na­ma Pa­pers… Alors que les Etats de­man­daient beau­coup d’ef­forts aux gens, re­pous­saient l’âge de la re­traite, am­pu­taient les sa­laires des fonc­tion­naires, l’opi­nion pu­blique a dé­cou­vert que des mul­ti­na­tio­nales se dé­ro­baient à l’im­pôt.

Comme un éveil des consciences ? Plus que ce­la en­core ! Je di­rais même que nous avons be­soin de ces scan­dales comme élec­tro­chocs pour en­clen­cher des chan­ge­ments. A la suite de ces ré­vé­la­tions, la co­lère des peuples a été un vrai car­bu­rant pour ac­cé­lé­rer les prises de dé­ci­sions au Con­seil eu­ro­péen.

Les­quelles, par exemple ? Dé­jà, le fait qu’au­jourd’hui, lors­qu’un Etat né­go­cie se­crè­te­ment avec une en­tre­prise étran­gère un taux d’im­po­si­tion plus bas que le taux of­fi­ciel, le fisc doit au­to­ma­ti­que­ment en in­for­mer les ad­mi­nis­tra­tions fis­cales de L’UE. Autre me­sure d’en­ver­gure : les en­tre­prises doivent re­mettre leurs ré­sul­tats fi­nan­ciers, pays par pays, aux au­to­ri­tés fis­cales des Etats où elles sont im­plan­tées. Une mul­ti­na­tio­nale qui réa­lise de gé­né­reux bé­né­fices dans un pays où elle n’a au­cun sa­la­rié ne peut plus le dis­si­mu­ler !

Les Pa­ra­dise Pa­pers montrent pour­tant que l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale n’a pas ces­sé en Eu­rope…

Tout l’en­jeu, c’est que ces me­sures soient com­plè­te­ment ap­pli­quées par les pays ! Ce­la prend du temps.

Que faut-il en­core mettre en place pour en­rayer l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale agres­sive ?

Je sou­haite tout

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