Lâchez les ta­blettes, re­dé­cou­vrez la fo­rêt !

Aujourd'hui en France - - VIE QUOTIDIENNE -

: les arbres sont bien muets mais ils sont ca­pables de com­mu­ni­quer, de se pré­ve­nir les uns les autres d’un dan­ger en uti­li­sant le lan­gage des par­fums. Dur à croire ? Oli­vier, le père de Louis, est un al­lié de poids « Si pa­pa le dit, c’est que c’est vrai, concède le pe­tit gar­çon. Il sait tout, il est pay­sa­giste. » Ain­si quand un co­ni­fère est gri­gno­té par un co­léo­ptère, l’arbre pro­duit un mé­lange gluant et amer qui coince l’at­ta­quant et sert de signal d’alarme. Cette odeur âcre se ré­pand et les arbres alen­tour savent alors qu’ils doivent sé­cré­ter de la sève avant l’ar­ri­vée du co­léo­ptère.

I JA­MAIS LOIN DE MA­MAN

A Ram­bouillet, on croise aus­si Ma­rie et Pierre-ni­co­las avec leurs trois en­fants. Ce couple d’in­gé­nieurs aime leur ex­pli­quer la na­ture « comme nos grands-pa­rents l’on fait avant nous », souffle la jeune scien­ti­fique. Cet es­prit de fa­mille existe aus­si chez les arbres. Pour les hêtres par exemple, les glands tombent tout près de leur mère. Les jeunes poussent sur place. A l’aide de ses ra­cines, la mère-arbre cherche ses pe­tits pour se connec­ter sous terre. Les jeunes com­mencent alors à « té­ter » de l’eau su­crée. Ils en ont bien be­soin car, à l’ombre de la ca­no­pée, ils sont in­ca­pables d’as­su­rer leur pho­to­syn­thèse, c’est-à-dire de créer leur propre sucre à l’aide de leurs feuilles. Cette nur­se­rie doit im­pé­ra­ti­ve­ment res­ter à l’ombre. Des « jeunes » iso­lés inon­dés de lu­mière se ga­ve­raient si­non de su­cre­ries avant de mou­rir pré­ma­tu­ré­ment… vers 200-300 ans. « La preuve que, pour les hêtres comme pour les en­fants, trop de sucre c’est mau­vais pour la san­té », glisse Pe­ter Wohl­le­ben.

I BA­GARRE DANS LES SOUS-BOIS

Jus­tine, 5 ans, collecte conscien­cieu­se­ment les feuilles mortes « pour sa maî­tresse ». La pe­tite fille ne voit pas sous la douce lu­mière d’au­tomne les luttes ter­ribles qui se jouent. Car hêtres et chênes se livrent une ba­taille sans mer­ci. La tac­tique des hêtres ? D’un cô­té, ils laissent pous­ser leurs ra­cines sous celles des chênes pour pom­per leur eau et les as­soif­fer. De l’autre, ils se dé­brouillent pour les dé­pas­ser et leur vo­ler la lu­mière. Avec leurs feuilles dans le noir, ces der­niers ne peuvent plus fa­bri­quer de sucre, ils risquent alors de s’af­fai­blir. Ré­sul­tat, ils pa­niquent ! D’ailleurs en le­vant la tête, Jus­tine peut re­con­naître un chêne qui a peur, parce qu’il se met à faire pous­ser des feuillages sur son tronc. « Mais il est bête, à cette hau­teur il y a en­core moins de lu­mière », re­marque la pe­tite fille. Bien vu, c’est un très mau­vais ré­flexe qu’on ob­serve, le chêne est en fait en train d’ac­cé­lé­rer sa perte.

C’est le mo­ment d’al­ler pro­fi­ter des cou­leurs d’au­tomne de la fo­rêt et d’en sa­voir plus sur les arbres.

* « Ecoute les arbres par­ler », Pe­ter Wohl­le­ben, Ed. Mi­chel La­fon, 14,50 €.

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