DI­MANCHE

Aujourd'hui en France - - LA UNE -

et comme tous, c’est com­pli­qué par­fois, note Pa­py. Je l’ai ré­cu­pé­rée à sa sor­tie, c’était vi­tal pour elle de se re­trou­ver de­vant le pu­blic, d’avoir cet amour-là. »

Trois ans de ma­tu­ra­tion sont né­ces­saires pour qu’elle foule à nou­veau les planches. « Ce spec­tacle a été dou­lou­reux, il y avait beau­coup d’in­tros­pec­tion », se sou­vient Jes­sie Va­rin, di­rec­trice de la Nou­velle Seine où elle dé­bute. La scène l’ef­fraie beau­coup en­core. Même lors des ap­plau­dis­se­ments, nour­ris. « Elle ne res­tait pas pour sa­luer, elle se sau­vait », se sou­vient Syl­vain Fu­sée. Trente re­pré­sen­ta­tions et bas­ta. Elle se lasse vite aus­si, a dé­jà en tête « Je parle toute seule », deuxième show qu’elle pro­pose un an après et qui lui vaut son Mo­lière.

Même si ce n’est pas en­core le fol amour, la scène est de­ve­nue une sorte d’exu­toire né­ces­saire. « Ce qui la pousse à y re­tour­ner, ce sont les choses qu’elle a à dire, les dys­fonc­tion­ne­ments, les siens et ceux de la so­cié­té, il faut que ça sorte », sou­ligne Eric Ju­dor. « Ses spec­tacles lui per­mettent de vivre, de sur­vivre, ap­puie Noé De­bré. Elle y parle de ses pro­blèmes d’au­jourd’hui, pas d’il y a six mois. »

Elle en noir­cit des pages, Blanche, qui a tou­jours un car­net sur elle pour no­ter la moindre idée. Avec une exi­gence constante, cette bos­seuse cherche le mot juste, la bonne for­mule. « Elle veut sans cesse faire mieux et ne se­ra ja­mais vrai­ment sa­tis­faite, es­time la scé­na­riste Béa­trice Four­ne­ra, son amie. C’est in­tel­lec­tuel­le­ment sti­mu­lant d’être avec elle qui ne se contente pas de mé­dio­cri­té. »

Sur un pla­teau de tour­nage, il est rare que Blanche Gar­din n’ap­porte pas sa pierre, sou­vent pré­cieuse, à l’édi­fice. « Elle pro­pose beau­coup de choses, confirme Guillaume Re­nouil, pro­duc­teur des sé­ries Wor­kin­girls et Pa­rents Mode d’em­ploi qu’elle a co­créée pour France 2. Beau­coup d’ac­teurs ont le sen­ti­ment de le pou­voir, peu en sont ca­pables. Blanche, c’est in­dé­niable. » Et pour­tant, elle ne se consi­dère ar­tiste que de­puis peu. « Il y a un an peut-être, elle s’est en­fin avoué que c’était un mé­tier et que ce­la al­lait être le sien », re­marque son ami le met­teur en scène Paul Mou­lin. « Elle a mis beau­coup de temps à se re­con­naître une lé­gi­ti­mi­té pour l’en­tre­prise ar­tis­tique », confirme Noé De­bré. Il écrit avec elle un scé­na­rio qu’elle pour­rait réa­li­ser, la suite lo­gique de son par­cours.

On au­rait sou­hai­té ren­con­trer cette tor­due gé­niale, la faire sor­tir de sa ca­ra­pace pour sa­voir comment elle s’est nour­rie de ce vé­cu, avan­çant par­fois avec le rire et l’écri­ture pour bé­quilles, ten­ter de dé­ce­ler si elle est dans la vie cette fille neu­ras­thé­nique qu’on voit en scène, elle qui fait des mer­veilles du noir qu’elle broie… Seule­ment, toute à son nou­veau spec­tacle « Bonne Nuit Blanche », qui a dé­bu­té mi-sep­tembre à l’eu­ro­péen — com­plet par­tout en France, il se­ra re­trans­mis dans les ci­né­mas Pa­thé dé­but 2019 — elle ne donne pas d’in­ter­view. En mai dé­jà, juste après les Mo­lières, l’hu­mo­riste avait dé­cli­né toutes les sol­li­ci­ta­tions. « Blanche n’est pas dans une lo­gique d’au­to­pro­mo­tion », sou­ligne Noé De­bré qui dé­crit une femme « ré­ser­vée et dis­crète » fuyant les mon­da­ni­tés et qui « ne change pas avec le suc­cès ». « C’est une per­sonne très vul­né­rable et très douce, ex­trê­me­ment at­ten­tive aux autres », pointe-t-il en­core.

So­li­taire avec des phases so­ciables, bonne co­pine qui re­çoit en pe­tit co­mi­té du cô­té de Mé­nil­mon­tant, fait « très bien » la cui­sine et « s’y connaît en vins », « Blan­chette », comme cer­tains l’ap­pellent, est aus­si un « loup so­li­taire », rap­pelle Eric Ju­dor. Un « pe­tit oi­seau ef­fa­rou­ché », dit-on en­core, qui res­sent sou­vent le be­soin de s’ex­traire du monde pour s’iso­ler en pleine na­ture. Pour plon­ger en elle-même : « La so­li­tude à la cam­pagne ré­con­ci­lie avec les gens », dit-elle en scène.

Trou­vant ma­tière à rire dans ses mal­heurs, laisse-t-elle une place au bon­heur ? « Le bon­heur, elle le sus­pecte », es­time Paul Mou­lin. « Il y a quelque chose d’as­sez noir en elle, mais on rit beau­coup avec Blanche, in­siste Béa­trice Four­ne­ra. Elle est tou­jours là quand il faut, et même dans ses phases moins riantes, elle vous re­monte le mo­ral. » « Elle a des hauts et des bas, comme tout le monde, avec une am­pli­tude un peu su­pé­rieure à la moyenne, re­prend Paul. Mais ras­su­rez-vous, elle va très bien en ce mo­ment. »

Salle Pleyel (Pa­ris VIIIE), le 3 mars 2018. In­vi­tée à pré­sen­ter le prix du meilleur es­poir fé­mi­nin lors de la 43e cé­ré­mo­nie des Cé­sar, en pleine af­faire Wein­stein, Blanche Gar­din ré­veille une salle amorphe avec un sketch dé­so­pi­lant.

Dès 2006, Blanche Gar­din par­ti­cipe aux pre­mières édi­tions du Ja­mel Co­me­dy Club dif­fu­sé le sa­me­di en clair sur Ca­nal +.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.