Rya­nair ne paie pas ses dettes, son avion est sai­si

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANT FA­BIEN PAILLOT À LA RO­CHELLE (CHA­RENTE-MA­RI­TIME)

Les au­to­ri­tés fran­çaises ont tem­po­rai­re­ment cloué sur le tar­mac un ap­pa­reil de la com­pa­gnie low-cost qui de­vait de­puis quatre ans ré­gler une ar­doise de 525 000 €. Elle a fi­na­le­ment payé hier.

UN HUIS­SIER es­cor­té par des gen­darmes des tran­sports aé­riens, un avion cloué sur le tar­mac et 149 pas­sa­gers dé­bar­qués séance te­nante. La com­pa­gnie Rya­nair vient de s’of­frir une pu­bli­ci­té dont elle se se­rait bien pas­sée. Un Boeing 737 de la com­pa­gnie ir­lan­daise à bas coût, prêt à dé­col­ler pour Londres, a été sai­si jeu­di soir à l’aé­ro­port de Bor­deaux-mé­ri­gnac (Gi­ronde).

Se­lon la Di­rec­tion gé­né­rale de l’avia­tion ci­vile (DGAC), cette me­sure in­édite vi­sait à contraindre Rya­nair à rem­bour­ser près de 525 000 € de sub­ven­tions ver­sées par le Syn­di­cat mixte des aé­ro­ports de Cha­rente (SMAC) et le dé­par­te­ment de la Cha­rente voi­là… une dé­cen­nie. Adepte des bras de fer, Rya­nair a cette fois cé­dé, non sans avoir ten­té de né­go­cier. La somme a été ver­sée hier ma­tin et l’avion — 98 M$ (86,4 M€), prix ca­ta­logue — a pu prendre les airs vers 12 h 30. Contac­tée, la com­pa­gnie n’était pas joi­gnable. Cette opé­ra­tion de la DGAC est l’abou­tis­se­ment d’une longue ba­taille ju­di­ciaire. En 2008 et 2009, Rya­nair a ex­ploi­té une ligne com­mer­ciale entre Londres et l’aé­ro­port d’an­gou­lême-co­gnac. Le dé­par­te­ment de la Cha­rente, par l’in­ter­mé­diaire du SMAC, avait alors ac­cor­dé près de 1 M€ d’« aides à la com­mu­ni­ca­tion » à la so­cié­té ir­lan­daise, l’un des plus gros trans­por­teurs eu­ro­péens. Mais, en 2014, la Com­mis­sion eu­ro­péenne a ju­gé ces aides illé­gales. Rya­nair a de­puis rem­bour­sé la moi­tié de ces fonds pu­blics mais re­fu­sait fa­rou­che­ment de payer la to­ta­li­té de l’ar­doise, mal­gré plu­sieurs mises en de­meure. La der­nière da­tait du 28 mai.

L’ÉTAT A MON­TRÉ LES MUSCLES

« Une com­pa­gnie de cette im­por­tance doit payer ses dettes et res­pec­ter le droit », es­time Fran­çois Bon­neau, pré­sident du dé­par­te­ment de la Cha­rente qui épingle au pas­sage une en­tre­prise « par­fois bor­der­line » et « des pra­tiques que l’on peut dé­plo­rer ».

Si elle re­grette « les in­évi­tables désa­gré­ments » cau­sés aux 149 pas­sa­gers, la DGAC a mon­tré les muscles : « L’etat ré­af­firme par cet acte sa vo­lon­té de ga­ran­tir les condi­tions d’une con­cur­rence loyale entre les com­pa­gnies aé­riennes et entre les aé­ro­ports. » Le gen­darme de l’aé­rien, s’il « n’a pas vou­lu jouer les in­qui­si­teurs », as­sure qu’il au­rait pu « faire beau­coup plus mal » en sai­sis­sant un avion bien plus stra­té­gique pour Rya­nair.

Faut-il y voir un aver­tis­se­ment ? Tou­jours est-il que le ciel s’as­som­brit pour la com­pa­gnie. La Com­mis­sion eu­ro­péenne en­quête de­puis juillet sur les aides pu­bliques dont elle bé­né­fi­cie à l’aé­ro­port de Mont­pel­lier. Celles-ci pour­raient être contraires aux prin­cipes de con­cur­rence. Le 13 dé­cembre se­ront aus­si ren­dues des dé­ci­sions concer­nant les aé­ro­ports de Pau et de Nîmes. Les mon­tants en jeu at­teignent res­pec­ti­ve­ment 2,8 et 6,4 M€. Rya­nair de­vrait cette fois évi­ter la sai­sie conser­va­toire de l’un de ses 450 ap­pa­reils. Ces sommes ont dé­jà été pla­cées sous sé­questre.

Rya­nair re­fu­sait de rem­bour­ser la to­ta­li­té d’une aide ac­cor­dée par le dé­par­te­ment de la Cha­rente et ju­gée illé­gale par la Com­mis­sion eu­ro­péenne.

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