« Il faut un plan Mar­shall contre l’an­ti­sé­mi­tisme »

Mi­chel Ser­fa­ty, rab­bin à Ris-orangis (Es­sonne), ré­agit à la forte aug­men­ta­tion des agres­sions an­non­cée hier.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE -

LA HAUSSE est forte, très forte, « mais pas sur­pre­nante », juge Mi­chel Ser­fa­ty, rab­bin à Ris-orangis (Es­sonne) et pré­sident de l’ami­tié ju­déo-mu­sul­mane de France (AJMF). Hier, Edouard Phi­lippe s’est ému sur sa page Fa­ce­book de l’im­por­tante aug­men­ta­tion des actes an­ti­sé­mites de­puis le dé­but de l’an­née : + 69 %. Soit 385 actes en neuf mois qui ont fait l’ob­jet d’une plainte.

Des chiffres « justes » mais « in­com­plets », se­lon Sam­my Ghoz­lan, pré­sident du Bu­reau na­tio­nal de vi­gi­lance contre l’an­ti­sé­mi­tisme (BNVCA), qui en­re­gistre des si­gna­le­ments au quo­ti­dien.

« Nous consta­tons de plus en plus de peur de re­pré­sailles, et donc des gens qui ne vont pas jusque de­vant la jus­tice. Par ailleurs, beau­coup d’af­faires sont clas­sées sans suite, donc ça peut dé­cou­ra­ger. On re­çoit gé­né­ra­le­ment entre 3 et 4 ap­pels chaque jour », ana­lyse le res­pon­sable.

Mi­chel Ser­fa­ty confirme. « Ces chiffres sont in­fé­rieurs à la réa­li­té, sans au­cun doute. De nom­breuses per­sonnes ne portent pas plainte, et je crains que nous rat­tra­pions le pic de 2015 avec 810 actes an­ti­sé­mites re­cen­sés », ajoute le créa­teur de L’AJMF, fon­dée après son agres­sion en 2003 et qui, de­puis 2005, or­ga­nise des vi­sites de quar­tiers sen­sibles contre les dis­cri­mi­na­tions.

Des quar­tiers où il règne « un an­ti- sé­mi­tisme cultu­rel, où la haine du juif est trans­mise dès l’en­fance dans cer­taines fa­milles. Les au­teurs de ces actes viennent d’abord de ces quar­tiers dif­fi­ciles, qui font eux-mêmes l’ob­jet de dis­cri­mi­na­tions, de re­tards sco­laires… Si on veut chan­ger les men­ta­li­tés, des in­ter­ven­tions doivent être me­nées dès le CP », in­siste Mi­chel Ser­fa­ty. Quid du ré­cent plan du Pre­mier mi­nistre contre le ra­cisme ? « Les 60 pro­po­si­tions d’ac­tions nous ont fait sou­rire. L’etat n’a pas pris la me­sure de cette si­tua­tion. Il faut un vé­ri­table plan Mar­shall. Outre un en­ga­ge­ment, très tôt, de la part de l’edu­ca­tion na­tio­nale, des mé­dia­teurs for­més doivent éga­le­ment pou­voir in­ter­ve­nir dans le mi­lieu as­so­cia­tif de ces quar­tiers prio­ri­taires de la ville qui sont des bra­siers. »

Après des chiffres éle­vés en 2015, les actes an­ti­sé­mites avaient pour­tant re­cu­lé en 2016 (- 58 %). La dé­crue s’était même pour­sui­vie en 2017 (- 7 %). « C’est la peur du gen­darme avec l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle qui ex­plique ce re­cul pro­vi­soire (NDLR : opé­ra­tion de l’ar­mée fran­çaise dé­ployée sur les points sen­sibles du ter­ri­toire au len­de­main des at­ten­tats de 2015). Mais la po­pu­la­tion s’est ha­bi­tuée à leur pré­sence », juge le rab­bin.

Et de conclure : « Moi, sur le ter­rain, j’as­siste à une crois­sance ré­gu­lière du nombre d’actes an­ti­sé­mites. Après 2015, des agres­sions ver­bales ou phy­siques vi­sant les mu­sul­mans ont aus­si com­men­cé à se dé­ve­lop­per. Ce qui a par­ti­ci­pé à ba­na­li­ser l’an­ti­sé­mi­tisme. On nous ré­tor­quait : Mais, nous aus­si, nous sommes agres­sés ! Sauf que ce n’est pas dans la même pro­por­tion. En 2015 on comp­tait 6 mil­lions de mu­sul­mans, vic­times de 430 actes is­la­mo­phobes, contre 810 actes an­ti­sé­mites pour 450 000 juifs. »

« LES 60 PRO­PO­SI­TIONS D’AC­TIONS NOUS ONT FAIT SOU­RIRE. L’ÉTAT N’A PAS PRIS LA ME­SURE DE CETTE SI­TUA­TION. »

CH­RIS­TINE MA­TEUS, AVEC AU­RÉ­LIE ROS­SI­GNOL

Pour « chan­ger les men­ta­li­tés, des in­ter­ven­tions doivent être me­nées dès le CP », in­siste Mi­chel Ser­fa­ty.

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