Pié­gé dans une pri­son de Ba­li

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - PAR TI­MO­THÉE BOUTRY MA­THIAS ECHÈNE

Ma­thias Echène, hommes d’af­faires fran­çais, est in­car­cé­ré en In­do­né­sie en rai­son d’un simple li­tige com­mer­cial avec d’an­ciens as­so­ciés dans une af­faire im­mo­bi­lière sur cette île pa­ra­di­siaque.

DE­PUIS QUINZE MOIS, Ma­thias Echène n’a pas re­vu ses trois en­fants. De­puis le 29 juillet 2017, cet an­cien tra­deur re­con­ver­ti dans l’im­mo­bi­lier crou­pit dans une pri­son de Ba­li, cette île d’in­do­né­sie sur la­quelle il a fait bâ­tir des villas d’ex­cep­tion. Une des­cente aux en­fers que cet homme de 58 ans ne doit qu’à un simple li­tige avec d’an­ciens par­te­naires com­mer­ciaux, mais qui le place, de­puis le mois de mai, sous la me­nace d’une ex­tra­di­tion à Hong­kong, où la plainte ini­tiale a été dé­po­sée.

Cette se­maine, ses avo­cats ont dé­po­sé un re­cours pour faire an­nu­ler cette dé­ci­sion d’ex­tra­di­tion au mo­tif de son illé­ga­li­té. « Nous de­man­dons éga­le­ment la sus­pen­sion de sa dé­ten­tion qui est ar­bi­traire et met sa vie en dan­ger », in­dique Me Clé­mence Witt qui as­sure avec Me Vic­tor Cham­pey la dé­fense de ses in­té­rêts.

En 2006, après plu­sieurs an­nées pas­sées dans la fi­nance, à Londres puis à Hong­kong, Ma­thias Echène change de vie et s’ins­talle à Ba­li avec son épouse et leurs trois en­fants. Le bu­si­ness­man se lance dans l’im­mo­bi­lier de luxe, no­tam­ment dans la construc­tion de cinq villas de haut stan­ding. Il s’as­so­cie alors avec plu­sieurs ri­chis­simes par­te­naires (deux Fran­çais et un Bri­tan­nique, puis un Chi­nois).

Le chan­tier qu’il su­per­vise est ra­pide et les villas, d’une sur­face ha­bi­table de 650 m2, sont ache­vées deux ans plus tard. « On a fait une im­mense fête le jour de la pen­dai­son de cré­maillère, se re­mé­more Ma­thias Echène, joint par té­lé­phone dans sa pri­son. Mes par­te­naires étaient ra­vis. » Plage pri­vée, salle de ci­né­ma, per­son­nel qua­li­fié… rien n’est trop beau pour ga­ran­tir le confort maxi­mal à une clien­tèle très haut de gamme.

FI­CHÉ PAR IN­TER­POL

Mais, en 2012, l’homme d’af­faires « tombe de sa chaise ». « J’ap­prends que mes par­te­naires m’ac­cusent d’avoir sur­fac­tu­ré le chan­tier, re­late Ma­thias Echène. Je suis écoeu­ré et je com­mets l’er­reur de ma vie : au lieu de tout faire pour dis­cu­ter, je leur op­pose une fin de non­re­ce­voir. » Ses an­ciens as­so­ciés dé­posent plainte au pé­nal à Hong­kong, où deux d’entre eux ré­sident. « S’ils vou­laient à tout prix al­ler en jus­tice, c’est au ci­vil qu’ils au­raient dû en­ga­ger des pour­suites. Notre li­tige est pu­re­ment com­mer­cial », en­rage le quin­qua­gé­naire.

Sur le fond, l’en­tre­pre­neur ad­met que le bud­get ini­tial a été dé­pas­sé. « On est pas­sé d’une es­ti­ma­tion de dé­part de 1 M$ à un chif­frage fi­nal de 1,7 M$ par villa. Mais je les ai te­nus au cou- rant de la hausse des coûts au fur et à me­sure de l’avan­cée du pro­jet, jure Ma­thias Echène. S’il y avait un in­ves­tis­se­ment non pré­vu — la construc­tion d’un court de ten­nis, l’ac­qui­si­tion d’un mor­ceau de plage… —, j’at­ten­dais leur ac­cord. Même pour les in­con­tour­nables paie­ments of­fi­cieux, je les en in­for­mais. Ces ac­cu­sa­tions de sur­fac­tu­ra­tion sont sans fon­de­ment. » Pour preuve, le Fran­çais rap­pelle qu’il a ven­du sa villa 3,6 M$. « Soit une plus va­lue d’en­vi­ron 2 M$ », pré­cise-t-il.

Mais la ma­chine ju­di­ciaire est lan­cée à Hong­kong, où Ma­thias Echène et son épouse sont ar­rê­tés en juin 2012, à leur ar­ri­vée à l’aé­ro­port, alors qu’ils ve­naient y pas­ser un week-end. Ils res­tent trois jours en garde à vue avant d’être li­bé­rés sous cau­tion mais n’ont pas le droit de quit­ter l’an­cienne co­lo­nie bri­tan­nique. Et ne peuvent donc pas re­trou­ver leurs en­fants, alors âgés de 4 à 8 ans, res­tés à Ba­li. La si­tua­tion dure plu­sieurs mois. Per­sua­dé que la par­tie est per­due d’avance, l’homme d’af­faires n’as­siste pas à son pro­cès en oc­tobre 2013. Un an plus tard, à la de­mande de Hong— kong, In­ter­pol dé­livre une no­tice rouge à son en­contre.

Après cet épi­sode, la fa­mille rentre en France. Le couple di­vorce, et Ma­thias dé­ve­loppe un nou­veau pro­jet à Ro­dez (Avey­ron), son fief. A l’été 2017, il dé­cide de re­tour­ner à Ba­li avec ses en­fants, comme ils l’ont fait l’an­née pré­cé­dente sans pro­blème. « Une er­reur mo­nu­men­tale », se la­mente-t-il. Car cette fois, la no­tice rouge cli­gnote.

Du fond de sa cel­lule cras­seuse, Ma­thias Echène garde la tête haute. « Je suis très fier du pro­jet que j’ai me­né. Même si mon ave­nir est très in­cer­tain, je plains mes an­ciens par­te­naires. Ils sont pi­toyables. »

Ro­dez (Avey­ron), le 3 juillet 2017. Ma­thias Echène a été ar­rê­té par les au­to­ri­tés in­do­né­siennes alors qu’il re­tour­nait à Ba­li pour des va­cances à l’été 2017.

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