« J’ai été un Bleu sans pa­piers »

Aujourd'hui en France - - FOOTBALL -

On le sait peu mais, quand vous avez dé­bu­té en équipe de France contre la Bos­nie en août 2004, vous n’aviez pas la na­tio­na­li­té fran­çaise…

C’est vrai. Je n’avais qu’une carte de ré­fu­gié po­li­tique. J’ai été un Bleu sans pa­piers. Contre la Bos­nie, c’était un match ami­cal, donc j’ai pu jouer. Mais, en­suite, il y a eu deux matchs of­fi­ciels que je n’ai pas pu dis­pu­ter. J’ai dû at­tendre de re­ce­voir mon pas­se­port pour re­jouer. C’était contre l’ir­lande. Là, j’étais fran­çais. Comme les autres.

Votre his­toire per­son­nelle est un écho à l’ac­tuelle crise des mi­grants en Eu­rope. Com­ment ju­gez-vous cette ac­tua­li­té ?

Ce­la me touche plus que d’autres, même si je ne suis pas un homme po­li­tique avec ses so­lu­tions. Mais, quand cette ter­rible pho­to du pe­tit Ay­lan, ce Sy­rien de 3 ans mort sur une plage de Tur­quie, a pa­ru en sep­tembre 2015, ce­la m’a bou­le­ver­sé. Le plus ter­rible, c’est qu’il a fal­lu ce cli­ché pour ré­agir. Et je me mets dans le lot de ceux qui ont trop at­ten­du. Mon his­toire prouve que des mi­grants savent s’as­si­mi­ler. Je suis in­quiet de­vant les ré­ac­tions hos­tiles. On a per­du notre es­prit d’hos­pi­ta­li­té. La France, nor­ma­le­ment, c’est le pays qui aide, no­tam­ment les Afri­cains. Elle doit res­ter une terre d’ac­cueil.

Dans votre der­nier club, le Spar­ta Prague, vous avez été vic­time de ra­cisme. Que s’est-il pas­sé ?

Après une vic­toire, où la cou­tume est d’al­ler ta­per dans la main des sup­por­teurs, plu­sieurs mecs ont re­cu­lé leur main quand je suis ar­ri­vé. Ils ne l’ont fait qu’avec les noirs et un co­équi­pier is­raé­lien. Là, ça m’a mis un coup. Voir ce­la en 2018. C’était comme si je n’étais plus hu­main. C’est dur de se mettre dans la tête de ces gens-là. A un mo­ment, j’avais presque mal au coeur de dé­fendre les cou­leurs d’un club qui avait de tels sup­por­teurs. Il y a des abru­tis par­tout mais je n’ai ja­mais connu ça en France. Une fois, en Es­pagne, avec Villar­real : mais le gars qui pous­sait des cris de singe s’était fait vi­rer par les autres sup­por­teurs du club ! Ça fait quoi, d’être l’homme qui a te­nu tête à Ibrahimovic ? (Il éclate de rire.) Ce­la fait cinq ans, mais on m’en par­le­ra en­core dans quinze ans. C’était lors d’un PSG Lille. J’avais mar­qué, ce qui ne m’ar­rive presque ja­mais, mais tout le monde a juste re­te­nu mon al­ter­ca­tion avec Zlatan. Car j’ai osé zlataner Zlatan ! Il m’avait pous­sé, on s’est chauf­fés et j’ai mis la main sur sa gorge. Et, là, il a cher­ché à me faire ex­pul­ser en tom­bant tout seul. En le re­gar­dant chu­ter, je me suis dit : « Ouah ! Mais je suis cos­taud ! » Je n’al­lais pas me lais­ser im­pres­sion­ner. On s’est re­trou­vés en­suite dans d’autres matchs et il m’a re­gar­dé avec res­pect. Ce qui n’est pas le cas de votre an­cien en­traî­neur à Lille Fré­dé­ric An­to­net­ti ? Il s’est vexé car, dans une émis­sion sur RMC, j’avais dit qu’il ne m’avait pas ci­té dans les gens sé­rieux de son équipe et que ce­la m’avait fait perdre de la cré­di­bi­li­té. Je sais qu’il avait dit à des gens à Lille qu’il au­rait sa re­vanche. Et un soir, sur Ca­nal +, il m’a ex­plo­sé en lais­sant en­tendre que je n’avais pas une hy­giène de vie cor­recte. C’était mé­chant et lâche car, quand il était mon coach, il avait dé­men­ti avoir un sou­ci avec moi. J’ex­plique dans mon livre à quel point il était pa­ra­no. Mais je n’ai pas tout dit. J’en ai gar­dé sous le coude… Tout le monde sa­vait que je sor­tais le soir voir des avant-pre­mières ou des concerts. Mais le dire comme ça, c’était pe­tit. Que pen­sez-vous de la nou­velle gé­né­ra­tion de joueurs ? Ces jeunes re­çoivent tout plus tôt. Ils sont re­pé­rés à 12 ans et ont des agents à 16 ans. Et cer­tains se re­trouvent presque chef de fa­mille, d’un point de vue fi­nan­cier, à cet âge. C’est com­pli­qué, en­suite, de gar­der les pieds sur terre. Le pro­blème au­jourd’hui, c’est l’en­tou­rage. J’ai vu des ga­mins ar­ri­ver comme des phé­no­mènes et se perdre à 20 ans. Mais le monde a chan­gé et je ne sais pas com­ment j’au­rais ré­agi à leur place.

Avez-vous en­vie de re­ve­nir dans le foot ?

Mais je vais y re­ve­nir. Je vais pas­ser mes di­plômes. Et j’ai un contrat avec Lille qui sti­pule que, dans deux ans, je m’oc­cu­pe­rai d’équipes de jeunes.

Dans quels joueurs vous re­trou­vez-vous au­jourd’hui ?

For­cé­ment, il y a N’go­lo Kan­té et pas que pour la taille. Il est plus in­tro­ver­ti que moi, mais son at­ti­tude sur le ter­rain me plaît. Il est humble et gros bos­seur. Juste un bé­mol, j’au­rais ai­mé le voir for­cer sa na­ture et ha­ran­guer ses co­équi­piers. L’autre type que j’ap­pré­cie, c’est Ver­rat­ti. A son poste, il est l’un des rares à prendre au­tant de risques. Et les gens vont au stade pour voir des mecs qui osent.

« J’AI OSÉ ZLATANER ZLATAN ! IL M’AVAIT POUS­SÉ, ON S’EST CHAUF­FÉS ET J’AI MIS LA MAIN SUR SA GORGE »

Pa­ris, le 30 oc­tobre. Rio Ma­vu­ba n’a pas com­plè­te­ment tour­né la page foot­ball. Au­jourd’hui consul­tant sur RMC Sport, il de­vrait bien­tôt re­chaus­ser les cram­pons pour s’oc­cu­per des jeunes du Losc.

*« Ca­pi­taine de ma vie », Rio Ma­vu­ba et Etienne La­bru­nie, Edi­tions So­lar, 190 pages, 16,90 €. A pa­raître le 15 no­vembre.

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