« Ja­dot n’a pas le mo­no­pole de l’éco­lo­gie »

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - PRO­POS RECUEILLIS PAR OLI­VIER BEAUMONT ET FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

EN PLEINE ru­meur de re­ma­nie­ment, la mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique as­sure le ser­vice après-vente pré­si­den­tiel de la Con­ven­tion cli­mat. Elle tacle au pas­sage les écologiste­s, dont leur lea­der Yan­nick Ja­dot qu’elle ac­cuse de sec­ta­risme.

ÉLI­SA­BETH BORNE

l’obli­ga­tion de ré­no­va­tion des pas­soires ther­miques. Mais cette obli­ga­tion doit être ac­com­pa­gnée de fi­nan­ce­ments à la hau­teur né­ces­saire pour per­mettre à tous les foyers, en par­ti­cu­lier les plus mo­destes, de réa­li­ser la ré­no­va­tion de leur lo­ge­ment.

Et le tout-bé­ton, c’est vrai­ment fi­ni ?

Oui. Nous al­lons no­tam­ment mettre un sa­cré frein à la construc­tion des centres com­mer­ciaux qui ont pous­sé ces der­nières dé­cen­nies en sor­tie de ville, sou­vent sur des terres agri­coles ou des zones na­tu­relles. Ce­la a conduit à la dé­vi­ta­li­sa­tion des com­merces en centre-ville, contrai­gnant de sur­croît les ha­bi­tants à prendre leurs voi­tures pour faire leurs courses. Les ci­toyens de la Con­ven­tion cli­mat ont dit qu’il fal­lait chan­ger ce­la. Nous al­lons donc mettre un mo­ra­toire sur la construc­tion des centres com­mer­ciaux.

Le pré­sident a en re­vanche rejeté l’idée des 110 km/h. Vous es­ti­miez que c’était pour­tant une bonne me­sure…

La ré­duc­tion de la vi­tesse, même si elle per­met la ré­duc­tion des émis­sions de gaz à ef­fet de serre, est vi­si­ble­ment un su­jet de cris­pa­tion chez les Fran­çais. Donc on pré­fère sor­tir du dé­bat tout de suite pour ne pas oc­cul­ter le reste des su­jets.

Concrè­te­ment, à quoi vont ser­vir les 15 mil­liards pro­mis ?

Ils fe­ront par­tie du plan de relance pour ac­cé­lé­rer la ré­no­va­tion des bâ­ti­ments, dé­ve­lop­per le fret fer­ro­viaire, l’offre fer­ro­viaire au­tour des villes, ac­com­pa­gner la dé­car­bo­na­tion de l’in­dus­trie, sou­te­nir toutes les tech­no­lo­gies de la tran­si­tion éco­lo­gique, comme l’hy­dro­gène…

Pour la taxe car­bone, le pré­sident veut né­go­cier ce­la à l’échelle eu­ro­péenne. Ce n’est pas naïf de pen­ser ob­te­nir un consen­sus ?

Pas du tout. Ce­la fait par­tie du Green Deal qu’il dé­fend sur la scène eu­ro­péenne. Il existe un prix du car­bone au ni­veau eu­ro­péen pour les ac­ti­vi­tés qui émettent beau­coup de gaz à ef­fet de serre. Ce que nous de­man­dons, c’est un prix mi­ni­mum sur ce car­bone et une taxe car­bone aux fron­tières. Beau­coup de pays sont en train de se ral­lier à cet ob­jec­tif, y com­pris ceux qui sont moins en­ga­gés dans la tran­si­tion éco­lo­gique comme la Pologne. Vous voyez, on avance…

Et l’in­ter­dic­tion du gly­pho­sate, c’est en­ter­ré ?

Non, c’est même le contraire ! Nous étu­dions ac­tuel­le­ment des al­ter­na­tives qui pour­raient per­mettre d’en sor­tir ra­pi­de­ment. Il faut bien sûr étu­dier la ques­tion du sur­coût, des al­ter­na­tives. Mais je peux vous as­su­rer que cette in­ter­dic­tion sur les prin­ci­paux usages se­ra mise en oeuvre avant la fin du quin­quen­nat. L’en­ga­ge­ment se­ra te­nu.

Le pré­sident a par­lé de ré­fé­ren­dum « pos­sible » en 2021. Si près de la pré­si­den­tielle, ne ris­quez­vous pas de le trans­for­mer en vote pour ou contre Ma­cron ?

Ce qui peut être en­vi­sa­gé, c’est d’avoir plu­sieurs ques­tions sur des su­jets con­cer­nant le quo­ti­dien des Fran­çais. En leur de­man­dant de ré­pondre oui ou non à plu­sieurs ques­tions qui touchent di­rec­te­ment leurs modes de vie, à par­tir de pro­po­si­tions de la Con­ven­tion, on ne fait pas un ré­fé­ren­dum pour ou contre le gou­ver­ne­ment.

Etes-vous sur­prise par l’am­pleur de la vague verte aux mu­ni­ci­pales ?

C’est la preuve que les Fran­çais ont une conscience ac­crue de l’ur­gence cli­ma­tique et éco­lo­gique. Ma pré­oc­cu­pa­tion est que l’en­semble des maires portent l’éco­lo­gie, quelle que soit leur éti­quette. Je vais d’ailleurs leur faire par­ve­nir une boîte à ou­tils de tout ce qu’on a conçu ces der­niers mois pour les ai­der à mettre en place des zones à faible émis­sion de pol­luants, ré­duire leurs dé­chets, etc. J’es­père qu’ils vont s’en sai­sir pour faire avan­cer leur cause.

Yan­nick Ja­dot a demandé à Em­ma­nuel Ma­cron « d’ar­rê­ter son op­por­tu­nisme éco­lo­gique ». Que lui ré­pon­dez-vous ?

Ça dé­range peut-être Yan­nick Ja­dot, mais il n’a pas le mo­no­pole de l’éco­lo­gie. Que ce­la lui plaise ou non, nous avons agi et nous al­lons ac­cé­lé­rer.

Pour­quoi les Verts ont re­fu­sé toute al­liance avec LREM aux mu­ni­ci­pales ?

De­man­dez-le à mes­sieurs Bayou (NDLR : se­cré­taire na­tio­nal D’EELV) et Yan­nick Ja­dot. Un cer­tain nombre de leurs can­di­dats qui se sont rap­pro­chés de nous ont même été ex­clus. C’est sec­taire et contre-pro­duc­tif… Je le re­grette car ce qui compte, c’est la qua­li­té du projet éco­lo­gique pour une ville.

Face à ces dé­fis, Edouard Phi­lippe, qui n’a ja­mais fait de l’éco­lo­gie sa prio­ri­té, est-il en­core l’homme de la si­tua­tion ?

Il faut sor­tir des ca­ri­ca­tures. De­puis le dé­but du quin­quen­nat, il a lar­ge­ment don­né des preuves et di­ri­gé un gou­ver­ne­ment qui a por­té d’im­por­tantes trans­for­ma­tions éco­lo­giques. No­tam­ment l’ar­rêt des cen­trales à char­bon et des pros­pec­tions d’hy­dro­car­bures…

Et vous, êtes-vous vrai­ment la mieux pla­cée pour in­car­ner l’éco­lo­gie au sein du gou­ver­ne­ment ?

Ce n’est pas une ques­tion de cas­ting mais d’actes. L’im­por­tant, c’est que le pré­sident de la Ré­pu­blique sou­haite por­ter ce su­jet au plus haut ni­veau. Quant à moi, j’ai sou­te­nu des dé­ci­sions fortes comme l’ar­rêt du projet Eu­ro­pa­ci­ty (NDLR : un im­mense com­plexe com­mer­cial pré­vu en ré­gion pa­ri­sienne) et la fer­me­ture de la cen­trale nu­cléaire de Fes­sen­heim. J’ai gar­dé le cap pen­dant la crise sa­ni­taire en re­fu­sant tout mo­ra­toire sur les normes en­vi­ron­ne­men­tales et en met­tant l’éco­lo­gie au coeur de la ré­ponse du gou­ver­ne­ment. C’est tou­jours plus simple d’en par­ler que de le faire. Je suis à ma tâche. Je pré­pare le plan de relance, je suis prête à le por­ter pour la suite de ce quin­quen­na­te­tà ac­cé­lé­rer comme le ré­clament les ci­toyens.

Eli­sa­beth Borne pro­met no­tam­ment l’in­ter­dic­tion du gly­pho­sate « avant la fin du quin­quen­nat ».

Eli­sa­beth Borne.

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