« Notre po­ten­tiel est im­mense, il ne fait que com­men­cer »

Consi­dé­ré comme l’un des concur­rents les plus sé­rieux de Yan­nick Ja­dot pour 2022, vient d’être ré­élu à Gre­noble. Il n’ex­clut pas à l’ave­nir des al­liances avec LFI…

Aujourd'hui en France - - MUNICIPALE­S2020 - PAR JANNICK ALIMI

Eric Piolle,

POUR le maire de Gre­noble, seul maire éco­lo­giste d’une ville de plus de 100 000 ha­bi­tants jus­qu’à hier, les mu­ni­ci­pales sont une op­por­tu­ni­té pour ras­sem­bler la gauche et les écologiste­s au ni­veau na­tio­nal.

ÉRIC PIOLLE

Com­ment ex­pli­quez-vous la vague verte des mu­ni­ci­pales ?

Elle s’ex­plique par le fait que la ma­jo­ri­té cultu­relle que nous re­pré­sen­tions se ré­pand un peu par­tout et de­vient une vraie force po­li­tique. Mais cette vague s’ex­plique aus­si par l’émer­gence d’une nou­velle gé­né­ra­tion de lea­ders écologiste­s qui a dé­ci­dé de se lan­cer dans la construc­tion d’un projet de so­cié­té et non plus seule­ment de res­ter dans la pos­ture d’un contre-pou­voir. Ce dé­sir de faire et d’exer­cer les res­pon­sa­bi­li­tés est ca­pable de ba­layer des per­son­na­li­tés comme Gé­rard Col­lomb qui, à Lyon, in­car­nait plu­tôt une gé­né­ra­tion qui s’est cru, pen­dant long­temps, pro­prié­taire du sys­tème.

Quelles sont les le­çons que vous ti­rez de votre pra­tique à Gre­noble ?

Ce qui est im­por­tant, après six ans de man­dat, dans une conduite d’un chan­ge­ment qui n’est ja­mais facile pour per­sonne, après un scru­tin qui marque une pro­gres­sion im­por­tante de notre élec­to­rat, de 29 % en 2014 à 53 % au se­cond tour hier, c’est que, jus­te­ment, l’éco­lo­gie, ça change la vie. Ma ré­élec­tion et celle d’autres maires écologiste­s de villes de taille moyenne montrent une adhé­sion mas­sive dans tous les mi­lieux, y com­pris les mi­lieux po­pu­laires, et de tous les âges, y com­pris les aî­nés.

Cer­tains vous taxent de « khmer vert » et d’autres sa­luent votre réa­lisme. Quelle est votre ligne po­li­tique qui ex­pli­que­rait votre ré­élec­tion ?

Je me dé­fi­nis comme ra­di­cal et prag­ma­tique. Ra­di­cal, car je vais trai­ter les ques­tions à la ra­cine, et prag­ma­tique, car on se col­tine la réa­li­té et le quo­ti­dien avec des so­lu­tions bonnes pour tout de suite et pour le long terme.

Que pen­sez-vous des an­nonces de Ma­cron à la suite de la Con­ven­tion sur le cli­mat ?

Ma­cron freine et édul­core… Ne pas re­prendre l’idée d’une taxe sur les dividendes, c’est croire que l’on peut sé­pa­rer jus­tice cli­ma­tique et jus­tice so­ciale. Il reste pris dans un car­can idéo­lo­gique dé­pas­sé. Le mes­sage des 150 ci­toyens de la Con­ven­tion, comme des Fran­çais qui ont pla­cé le cap éco­lo­giste en tête dans tant de com­munes di­manche soir, c’est au contraire le fait qu’ils sont prêts à un chan­ge­ment de cap, dès main­te­nant. Les ci­toyens et les com­munes sont en avance sur l’etat. Le chan­ge­ment au­rait dû être im­pul­sé dès 2015 à l’is­sue de la COP21, il doit être va­li­dé par ré­fé­ren­dum sans at­tendre. Un ré­fé­ren­dum non contrai­gnant sur uni­que­ment l’ar­ticle 1 de la Cons­ti­tu­tion, re­pous­sé à quelques mois de l’échéance pré­si­den­tielle de 2022, re­vien­drait à faire de l’éco­lo­gie le jouet des tac­tiques po­li­ti­ciennes d’em­ma­nuel Ma­cron.

Ces mu­ni­ci­pales sont un trem­plin pour les élec­tions à ve­nir ?

C’est une étape im­por­tante au re­gard de la sé­rie de villes que nous avons conquises. Ces élec­tions montrent qu’on est loin d’avoir at­teint notre po­ten­tiel de dé­ve­lop­pe­ment. Notre po­ten­tiel est im­mense, il ne fait que com­men­cer. Il nous faut main­te­nant construire une pro­po­si­tion pour les élec­tions ré­gio­nales, pré­si­den­tielle et lé­gis­la­tives. Et c’est grâce à l’arc hu­ma­niste, j’en suis convain­cu, que nous y ar­ri­ve­rons.

Cet « arc hu­ma­niste », de quelles forces po­li­tiques se com­po­se­ra-t-il ?

Il se­ra an­cré à gauche car les ques­tions de so­li­da­ri­té sont ma­jeures, mais il se­ra aus­si non pro­duc­ti­viste, fé­mi­niste, dé­cen­tra­li­sa­teur… Tous les par­tis qui se re­con­naî­tront dans ces va­leurs ont vo­ca­tion à en faire par­tie. Y com­pris la France in­sou­mise, qui est à nos cô­tés dans plu­sieurs grandes villes.

Qui pren­drait la tête de cet « arc hu­ma­niste », le PS, les Verts, vous, Yan­nick Ja­dot ?

La ques­tion n’est pas d’ac­tua­li­té. Moi, je « suis au ser­vice » de cet arc hu­ma­niste pour qu’on puisse don­ner une vé­ri­table ma­jo­ri­té po­li­tique à cette ma­jo­ri­té cultu­relle qu’on voit poindre par­tout. Et j’ac­cueille les res­pon­sa­bi­li­tés quand elles se pré­sentent. 2022 est évi­dem­ment dans le ra­dar de cet « arc ». Une can­di­da­ture de Yan­nick Ja­dot ne se pose pas non plus au­jourd’hui. Il a fait une belle cam­pagne eu­ro­péenne, même si notre liste était à 10 points der­rière le duel Ma­cron/le Pen et il est, au­jourd’hui, l’un des 13 par­le­men­taires écologiste­s au Par­le­ment eu­ro­péen. Notre but , c’est de se re­grou­per der­rière un can­di­dat unique afin de ne pas se re­trou­ver di­vi­sés comme en 2017 car, dans ce cas, il n’y au­ra au­cune chance que les Fran­çais nous suivent. Je ne crois pas à l’hé­gé­mo­nie d’un par­ti sur tous les autres, comme l’a exer­cé le PS par le pas­sé. Nous de­vons tra­vailler en­semble et à nous mettre au ser­vice d’un projet ! C’est l’une des le­çons des mu­ni­ci­pales : quand les hu­ma­nistes, la gauche, les écologiste­s, les ci­toyens se ras­semblent au­tour d’un projet, alors tout de­vient pos­sible.

Je me dé­fi­nis comme ra­di­cal et prag­ma­tique

Gre­noble (Isère), di­manche. Eric Piolle (EELV) a été ré­élu au se­cond tour avec 53,13 % des voix contre 23,44 % pour Alain Ca­ri­gnon (DVD).

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