Fran­çois Fillon lour­de­ment con­dam­né

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - PAR TIMOTHÉE BOUTRY

L’an­cien Pre­mier mi­nistre, con­dam­né à cinq ans de pri­son dont deux ferme et dix ans d’in­éli­gi­bi­li­té,

va faire ap­pel du ju­ge­ment. Son épouse et son ex-as­sis­tant par­le­men­taire aus­si.

UNE CLAQUE. Hier après-mi­di, le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris a la­mi­né Fran­çois Fillon, re­con­nu cou­pable de dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics, re­cel et com­pli­ci­té d’abus de bien so­ciaux et con­dam­né à cinq ans de pri­son dont trois avec sur­sis, 375000 € d’amende et dix ans d’in­éli­gi­bi­li­té. Une « sanc­tion sé­vère » pro­non­cée « au re­gard de la gra­vi­té des faits » qui s’avère conforme aux ré­qui­si­tions du Par­quet na­tio­nal fi­nan­cier (PNF).

La pré­si­dente, Na­tha­lie Ga­va­ri­no, a évo­qué d’in­nom­brables fois « l’in­con­sis­tance » du tra­vail de son épouse, Pe­ne­lope, condam­née à trois ans de pri­son avec sur­sis et 375 000 € d’amende. Son an­cien sup­pléant Marc Jou­laud écope lui aus­si de trois ans avec sur­sis. Mais il y au­ra un deuxième tour : les trois pré­ve­nus, qui ont quit­té la salle sans un mot après avoir en­cais­sé la le­çon sans bron­cher, vont faire ap­pel.

« Pro­fit per­son­nel »

La po­lé­mique née des ré­centes dé­cla­ra­tions de l’an­cienne cheffe du PNF Eliane Hou­lette — celle-ci s’est épan­chée sur les « pres­sions » exer­cées par sa hié­rar­chie pour faire re­mon­ter des in­for­ma­tions pen­dant l’en­quête — n’au­ra eu ab­so­lu­ment au­cun ef­fet sur le tri­bu­nal. La dé­fense des trois pré­ve­nus avait ré­cla­mé la ré­ou­ver­ture des dé­bats ? La de­mande est éva­cuée d’une phrase. Fer­mez le ban. Mais la dé­fense n’ab­dique pas. « Il y au­ra un nou­veau pro­cès. C’est d’au­tant plus né­ces­saire que, de­puis quelques jours, on com­mence en­fin à com­prendre ce que nous pres­sen­tons de­puis 2017, à sa­voir les condi­tions ubuesques dans les­quelles cette en­quête s’est dé­clen­chée et les condi­tions sur­pre­nantes dans les­quelles les in­ves­ti­ga­tions ont été conduites », ré­agit Me Antonin Lévy, avo­cat de Fran­çois Fillon, à la sor­tie de la salle.

Sur le fond, le ju­ge­ment est cin­glant. Aux yeux du tri­bu­nal, l’an­cien can­di­dat de la droite à la pré­si­den­tielle « a éla­bo­ré et mis en place […] une or­ga­ni­sa­tion lui per­met­tant de dé­tour­ner à son pro­fit per­son­nel la qua­si-to­ta­li­té du cré­dit collaborat­eur mis à sa dis­po­si­tion par l’une ou l’autre des as­sem­blées ». C’est en toute connais­sance de cause que l’an­cien Pre­mier mi­nistre a per­mis à son épouse d’ob­te­nir des re­cru­te­ments qui « n’obéissent à au­cune lo­gique en termes de mon­tants de ré­mu­né­ra­tion, et ne cor­res­pondent pas à un be­soin ». Et c’est aus­si lui qui est à l’ori­gine de son em­bauche par son sup­pléant Marc Jou­laud entre 2007 et 2012 « alors qu’il sa­vait que cet em­ploi d’as­sis­tante par­le­men­taire se­rait dé­pour­vu de toute sub­stance ».

Onze ans de re­ve­nus

Le tri­bu­nal est même al­lé au­de­là des ré­qui­si­tions en es­ti­mant que l’em­bauche de ses en­fants Ma­rie et Charles en 2006 et 2007 re­le­vait elle aus­si de l’em­ploi fic­tif. Les sommes en jeu sont consi­dé­rables puisque les sa­laires cap­tés par le clan Fillon au titre du dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics s’élèvent à 1 155 701 €. Le tri­bu­nal a cal­cu­lé que, si on ajoute les re­ve­nus de Pe­ne­lope Fillon à la « Re­vue des deux mondes » pour une fonc­tion de conseiller lit­té­raire qu’elle n’a pas plus rem­plie, la fa­mille de l’élu sar­thois a, pen­dant onze ans, in­dû­ment per­çu « 67 064 € par an, soit 5 588 € par mois ». Les pré­ve­nus ont en outre été condam­nés à rem­bour­ser plus d’un mil­lion d’eu­ros à l’as­sem­blée na­tio­nale, par­tie ci­vile.

Pour le tri­bu­nal, la fic­ti­vi­té de l’em­ploi de Pe­ne­lope Fillon est dé­mon­trée. Sa contri­bu­tion « ne dé­passe pas la trans­mis­sion phy­sique du cour­rier, quelques anec­dotes per­son­nelles, la pré­sence à des ma­ni­fes­ta­tions lo­cales et l’écoute des ad­mi­nis­trés », dé­ve­loppe le ju­ge­ment qui voit donc en elle une épouse sou­te­nant son ma­ri dans son as­cen­sion po­li­tique mais en au­cun cas une col­la­bo­ra­trice ré­mu­né­rée au taux maxi­mal. « Il n’est pas contes­té que celle-ci s’in­té­res­sait à la cir­cons­crip­tion », concède le tri­bu­nal, mais « au­cun élé­ment du dos­sier ne dé­montre qu’elle au­rait eu un rôle de trai­te­ment des dos­siers, qu’elle a pris des contacts avec dif­fé­rents in­ter­lo­cu­teurs pour les faire avan­cer ». Pen­dant toute la lec­ture de ce ju­ge­ment ac­ca­blant, Me Antonin Lévy se prend la tête entre les mains.

La pré­si­dente a jus­ti­fié la sé­vé­ri­té de la sanc­tion, Fran­çois Fillon ayant « com­mis un manquement, non seule­ment à son de­voir de pro­bi­té […], mais éga­le­ment à ce­lui d’exem­pla­ri­té qui s’at­ta­chait à ses fonc­tions ». « En fai­sant pré­va­loir son in­té­rêt per­son­nel sur l’in­té­rêt com­mun, il a contri­bué à éro­der la confiance que les ci­toyens placent dans ceux qu’ils élisent pour agir en leur nom, qui les re­pré­sentent, et dans ceux qui les gou­vernent », tacle le tri­bu­nal.

A l’au­dience, l’ex-pre­mier mi­nistre s’est bat­tu pour dé­mon­trer la réa­li­té du tra­vail de son épouse. « Le choix de ce sys­tème de dé­fense re­lève de son droit le plus strict, ad­met le tri­bu­nal, mais il ré­vèle que Fran­çois Fillon n’a pas pro­cé­dé à la moindre re­mise en ques­tion de son com­por­te­ment. » me pour les Fran­çais », tranche même le se­cré­taire gé­né­ral de LR, Au­ré­lien Pra­dié.

« Les Fran­çais ne font plus le lien entre Fillon et nous, alors ne le fai­sons pas », glisse un autre té­nor du par­ti. Très en pointe dans la dé­non­cia­tion de la pro­cé­dure ju­di­ciaire de­puis l’af­faire Hou­lette, Eric Ciot­ti s’est mon­tré plus of­fen­sif, con­si­dé­rant que « la con­dam­na­tion ter­ri­ble­ment lourde à l’en­contre de Fillon s’ins­crit dans la conti­nui­té d’un scé­na­rio po­li­ti­co-ju­di­ciaire dont on connais­sait l’is­sue avant même le dé­noue­ment ».

Très proche de l’ex-pre­mier mi­nistre, Bru­no Re­tailleau a lui aus­si es­ti­mé que « Fran­çois Fillon était dé­jà con­dam­né avant le pro­cès ». « La jus­tice était al­lée trop loin et ne pou­vait pas se dé­ju­ger. On ne peut s’em­pê­cher de pen­ser que la dé­fla­gra­tion de cette con­dam­na­tion est des­ti­née à cou­vrir le bruit des ré­vé­la­tions sur une pro­cé­dure ma­ni­fes­te­ment en­tiè­re­ment à charge », a ac­cu­sé sur Twit­ter le suc­ces­seur de Fillon à la tête de Force ré­pu­bli­caine. Mais, même au sein du mi­cro-par­ti fillo­niste, on est fa­ta­liste. « Je ne m’at­ten­dais pas à une sé­vé­ri­té pa­reille, glisse quel­qu’un. Mais plai­der que sa femme avait tra­vaillé, c’est vrai­ment prendre les gens pour des dé­biles… »

Tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris, hier. Les époux Fillon n’ont pas ré­agi à l’an­nonce du ju­ge­ment ; leur avo­cat a as­su­ré qu’ils fe­ront ap­pel.

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