Des po­li­ciers se disent pri­vés de courses-pour­suites

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS UN TRACT DU SYN­DI­CAT AL­LIANCE

In­ter­pel­lé à ce su­jet à Bo­bi­gny, Laurent Nu­nez, se­cré­taire d’etat, a demandé au pré­fet de po­lice de Pa­ris de re­voir les res­tric­tions im­po­sées aux po­li­ciers.

LES FORCES DE L’ORDRE on­telles l’in­ter­dic­tion de pour­suivre les vé­hi­cules à 2, 3 et 4 roues en Seine-saint-de­nis en cas de re­fus d’ob­tem­pé­rer, de sus­pi­cion d’in­frac­tion, comme un vol de voi­ture, ou même d’in­frac­tion ? La ques­tion fait po­lé­mique de­puis la vi­site au com­mis­sa­riat de Bo­bi­gny de Laurent Nu­nez, se­cré­taire d’etat au­près du mi­nistre de l’in­té­rieur, ven­dre­di.

Ce jour-là, des po­li­ciers s’in­surgent au­près du se­cré­taire d’etat de de­voir sys­té­ma­ti­que­ment stop­per les prises en charge (in­ter­cep­tions) des deux-roues et même des vé­hi­cules. « Dès que nous si­gna­lons par radio au CIC (NDLR : centre d’in­for­ma­tion et de com­man­de­ment) que nous sommes sur un vé­hi­cule, on re­çoit l’ordre de lâ­cher, on ne peut plus tra­vailler », dé­plore un po­li­cier de la bri­gade an­ti­cri­mi­na­li­té (BAC).

Aus­si­tôt, Fran­çois Léger, di­rec­teur ter­ri­to­rial de la sé­cu­ri­té pu­blique (DTSP) du 93, in­ter­vient pour re­la­ti­vi­ser les dé­cla­ra­tions de l’agent. « Ce n’est pas exac­te­ment ce­la », af­firme-t-il. Les po­li­ciers mau­gréent mais ne ren­ché­rissent pas. Le se­cré­taire d’etat, lui, ne semble pas dupe de la si­tua­tion, tan­dis que le syn­di­cat Al­liance se fend d’un tract sé­vère vis-à-vis du DTSP. « Pour­quoi ne pas dire la vé­ri­té de­vant le se­cré­taire d’etat ? Les prises en charge des 2, 3 et 4 roues sont sys­té­ma­ti­que­ment arrêtées dans le dé­par­te­ment. » Fré­dé­ric La­gache, dé­lé­gué gé­né­ral du syn­di­cat, en­fonce le clou : « Cer­tains res­pon­sables pré­fèrent une douce car­rière plu­tôt que de s’at­ta­quer à la dé­lin­quance. » Sol­li­ci­té, Fran­çois

Léger re­fuse toute idée de po­lé­mique. « Je suis trop res­pec­tueux des ef­fec­tifs sur le ter­rain », confie-t-il, en pré­ci­sant qu’il a dé­cou­vert le pro­blème lors de la vi­site du se­cré­taire d’etat. Le res­pon­sable des po­li­ciers en te­nue du 93 ajoute : « Nous ne fai­sons qu’ap­pli­quer les ins­truc­tions que nous re­ce­vons. »

Une note de mars 2015

L’af­faire au­rait pu en res­ter là si Laurent Nu­nez ne s’était pas em­pa­ré du su­jet. Se­lon nos in­for­ma­tions, le se­cré­taire d’etat a demandé à Di­dier Lal­le­ment, pré­fet de po­lice de Pa­ris, de lui faire des pro­po­si­tions. Ce que nous confirme la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris. « Une ré­flexion est en cours et les choses vont évo­luer », af­firme-t-on à notre jour­nal.

Le su­jet est sen­sible, no­tam­ment de­vant le fléau des ro­déos sau­vages en pé­riode es­ti­vale. Les prises en charge en Ile-de-france sont ac­tuel­le­ment en­ca­drées par une note qui re­monte à mars 2015. Que dit cette note ? « La pour­suite des vé­hi­cules, de deux ou quatre roues, ne peut se jus­ti­fier qu’en rai­son d’un fait grave », in­dique le do­cu­ment. Les­quels ? La fuite ou l’éva­sion d’un in­di­vi­du ar­mé ayant ten­té de s’en prendre à la vie d’une per­sonne ou au­teur d’un crime de sang ; la fuite d’au­teurs de crimes et dé­lits ag­gra­vés en­traî­nant un pré­ju­dice cor­po­rel. Dans les autres si­tua­tions, les prises en charge sont pros­crites, même en cas de re­fus d’ob­tem­pé­rer.

Voi­là pour la théo­rie ; en pra­tique, les choses sont dif­fé­rentes, semble-t-il, no­tam­ment en Seine-saint-de­nis. « On pré­fère la vi­déo­sur­veillance pour fa­ci­li­ter l’in­ter­pel­la­tion plu­tôt que de jouer avec la vie des ha­bi­tants ou des ef­fec­tifs », ex­plique un res­pon­sable po­li­cier du dé­par­te­ment, sous cou­vert d’ano­ny­mat.

Cli­chy-sous-bois. Les ro­déos à mo­to et à quad se mul­ti­plient en Seine-saint-de­nis pen­dant la pé­riode es­ti­vale.

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