APRÈS L’AT­TEN­TAT IS­LA­MISTE, MACRON SOUS PRES­SION

Aujourd'hui en France - - LA UNE - PAR PAULINE THÉVENIAUD (AVEC ALEXANDRE SULZER)

Avant la te­nue d’un Con­seil de dé­fense à l’ely­sée cet après-mi­di, le président et le gou­ver­ne­ment ont en­chaî­né hier les réunions. Ob­jec­tif : ap­por­ter des ré­ponses fermes après l’at­ten­tat de Conflans.

« DES MÉ­THODES de cha­ro­gnards. » L’ex­pres­sion, cin­glante, est lan­cée par la mi­nistre dé­lé­guée à la Ci­toyen­ne­té, Mar­lène Schiap­pa. Elle vise la pré­si­dente du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal, Ma­rine Le Pen, tout en rhé­to­rique guer­rière après le san­glant at­ten­tat contre un pro­fes­seur à Conflans-sainte-honorine (Yve­lines). A au­cun mo­ment, de­puis ven­dre­di, l’uni­té na­tio­nale, « in­dis­pen­sable » se­lon le président, n’a sou­dé la classe po­li­tique. « La droite et la gauche peuvent ba­layer de­vant leur porte, car au­jourd’hui, il nous manque des armes ju­ri­diques qui n’ont ja­mais été don­nées, d’où la loi sé­pa­ra­tisme. Et on ré­cu­père la ra­di­ca­li­sa­tion de gens qui ont été éle­vés dans l’en­vi­ron­ne­ment de lais­ser-faire, de lais­ser-al­ler, de la naï­ve­té des an­nées 1990-2000 », dé­plore Gé­rald Dar­ma­nin au­près de notre jour­nal.

Si elle avait pu ac­cor­der quelques bons points à Em­ma­nuel Macron voi­là quinze jours après son dis­cours aux Mu­reaux sur le « sé­pa­ra­tisme is­la­miste », la droite en par­ti­cu­lier fait mon­ter la pres­sion sur le thème « Macron parle mais n’agit pas ». « Aux Mu­reaux, il y avait aus­si des moyens, des me­sures an­non­cés », re­lève l’en­tou­rage du président. L’en­jeu est de taille pour le chef de l’etat, plus que ja­mais at­ten­du sur des ré­sul­tats concrets. Il ne peut, dans le contexte gla­çant de l’as­sas­si­nat d’un pro­fes­seur, ap­pa­raître sans ré­ponse ni so­lu­tion aux yeux des Fran­çais. Même le pa­tron de la France in­sou­mise, Jean-luc Mé­len­chon, a de­man­dé hier de « ré­pri­mer ef­fi­ca­ce­ment là où est le mal ».

« Il nous a de­man­dé des me­sures très fortes »

De­puis le drame, l’exé­cu­tif prend donc soin d’oc­cu­per le ter­rain et pré­pare la ri­poste. Après le dé­pla­ce­ment du président à Conflans dans la soi­rée de ven­dre­di, c’est au gou­ver­ne­ment de s’af­fi­cher en pre­mière ligne. « Nous n’avons pas l’in­ten­tion de ne pas ré­agir face à ces agis­se­ments in­ad­mis­sibles », a as­su­ré Jean Cas­tex, en ou­vrant hier ma­tin une ren­contre avec des re­pré­sen­tants des per­son­nels de l’edu­ca­tion na­tio­nale.

Au som­met de l’etat, et avant la te­nue du Con­seil de dé­fense pré­vu en fin de jour­née à l’ely­sée, les réunions se sont en­chaî­nées hier. En fin de ma­ti­née dans le bu­reau de Jean Cas­tex à Ma­ti­gnon, avec Jean-mi­chel Blan­quer (Edu­ca­tion), Gé­rald Dar­ma­nin (In­té­rieur), Eric Du­pond-mo­ret­ti (Jus­tice) et Mar­lène Schiap­pa (Ci­toyen­ne­té). Puis place Beau­vau dans l’après-mi­di. « Le président nous a de­man­dé des me­sures très fortes, que ses pa­roles de ven­dre­di soir se trans­forment en actes, nous confie le mi­nistre de l’in­té­rieur, Gé­rald Dar­ma­nin. Il s’agit d’or­ches­trer une ré­ponse très ferme. » Reste à sa­voir quelle en se­ra, sur le fond, la te­neur

Les ré­seaux so­ciaux dans la ligne de mire

Dans l’im­mé­diat, les mi­nistres de l’edu­ca­tion na­tio­nale et de l’in­té­rieur planchent sur de nou­velles me­sures de pro­tec­tion de la com­mu­nau­té édu­ca­tive après cette at­taque sans pré­cé­dent à l’en­contre d’un pro­fes­seur. « Je se­rai, et notre pays se­ra à vos cô­tés pour vous pro­té­ger, vous per­mettre de faire votre mé­tier », a pro­mis Jean-mi­chel Blan­quer, après avoir re­çu les syn­di­cats de pro­fes­seurs.

« Il y a un su­jet plus glo­bal que pro­té­ger. On peut mettre des po­li­ciers de­vant chaque école, de­vant chaque jour­nal, mais c’est une guerre contre l’en­ne­mi de l’in­té­rieur que nous avons à me­ner. C’est ce qu’a dé­cré­té le président », mar­tèle en écho Gé­rald Dar­ma­nin. Pour la conduire, le gou­ver­ne­ment re­garde no­tam­ment du cô­té des ré­seaux so­ciaux, point at­ten­du sur la table du Con­seil de dé­fense au­jourd’hui.

Place Beau­vau, on est cer­tain que la loi Avia sur la haine en ligne — cen­su­rée en juin par le Con­seil consti­tu­tion­nel — au­rait em­pê­ché la dif­fu­sion de la vi­déo d’un parent d’élève ap­pe­lant à la ven­geance contre Sa­muel Pa­ty. Au len­de­main de l’at­ten­tat, ins­truc­tion a d’ailleurs été don­née de ré­fé­ren­cer les tweets ou mes­sages Facebook se fé­li­ci­tant de l’at­ten­tat afin de contrer l’apo­lo­gie du ter­ro­risme.

« Le su­jet, ce n’est plus seule­ment de lut­ter contre le ter­ro­risme, mais aus­si contre tous ceux qui créent le cli­mat de sé­pa­ra­tisme. Il y a une vraie lutte dure à me­ner contre ce genre de pro­pa­gande, sur les ré­seaux so­ciaux no­tam­ment, et contre les struc­tures as­so­cia­tives ou com­mer­ciales af­fé­rentes », ajoute Dar­ma­nin. Mar­lène Schiap­pa en­tend, dans cette op­tique, convo­quer les pa­trons des fi­liales fran­çaises de Twit­ter, Facebook et Google mais aus­si Ins­ta­gram, Tik­tok, Snap­chat mar­di au mi­nis­tère. Le fu­tur pro­jet de loi sur le sé­pa­ra­tisme, at­ten­du le 9 dé­cembre en Con­seil des mi­nistres, pour­rait-il, en outre, être le vé­hi­cule de me­sures com­plé­men­taires ? Pos­sible… « Ce­la peut tou­jours être en­ri­chi, com­plé­té, af­fi­né », juge-ton à l’ely­sée.

La droite et le RN en em­bus­cade

En face, la droite aus­si af­fûte sa ré­ponse. Les dé­pu­tés LR, qui avaient consti­tué un groupe de tra­vail pour phos­pho­rer sur la loi sé­pa­ra­tisme, ac­cé­lèrent. Le président de groupe, Da­mien Abad, ré­vé­le­ra très ra­pi­de­ment des pistes pour com­battre l’is­la­misme et sin­gu­liè­re­ment son en­trisme dans l’école. « Vu le contexte, on ne pou­vait pas at­tendre », ex­plique-t-on au groupe. Au Sé­nat, le par­ti de Ch­ris­tian Ja­cob va faire exa­mi­ner demain une pro­po­si­tion de loi sur la laï­ci­té afin d’ins­crire dans la Cons­ti­tu­tion la pré­émi­nence des règles de la Ré­pu­blique sur les re­li­gions ou les ori­gines, avec l’ob­jec­tif d’ex­clure les par­tis com­mu­nau­ta­ristes des fi­nan­ce­ments pu­blics pré­vus pour les can­di­dats aux élec­tions.

Quant à la pré­si­dente du RN, Ma­rine Le Pen, elle en­tend éga­le­ment don­ner de la voix lors d’une dé­cla­ra­tion à la presse demain ma­tin. Son en­tou­rage as­sure qu’elle se­ra « so­len­nelle ». En clair, les ad­ver­saires d’em­ma­nuel Macron n’en­tendent pas lui lais­ser le mo­no­pole de la ri­poste.

Conflans-sainte-honorine (Yve­lines), ven­dre­di. Em­ma­nuel Macron, qui s’est ren­du sur place quelques heures après l’at­ten­tat, en­tend que son gou­ver­ne­ment tra­duise ses pa­roles en actes.

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