LES LE­ÇONS DE CA­ZE­NEUVE

L’an­cien Pre­mier mi­nistre, en pre­mière ligne lors de la vague d’at­ten­tats de 2015, ex­plique en quoi ce­lui de Conflans est sin­gu­lier. « Nous avons fran­chi un cap », dit-il.

Aujourd'hui en France - - LA UNE -

mas­sives en Eu­rope et dans le monde. De­puis 2013, des ef­forts consi­dé­rables de re­haus­se­ment des moyens des forces de sé­cu­ri­té et de ren­sei­gne­ment ont été ac­com­plis et des dis­po­si­tions lé­gis­la­tives nou­velles ont été adop­tées, comme l’in­cri­mi­na­tion in­di­vi­duelle pour ter­ro­risme, la fer­me­ture des sites In­ter­net qui ap­pellent au ter­ro­risme ou la loi re­la­tive au ren­sei­gne­ment… Cette ac­tion vo­lon­ta­riste a per­mis d’évi­ter de nom­breux at­ten­tats.

Mais ils n’ont pas ces­sé…

Il y a au­jourd’hui des actes de vio­lence in­di­vi­duelle, com­mis par des per­sonnes qui se sont ra­di­ca­li­sées dans des ter­ri­toires qui, de­puis de nom­breuses dé­cen­nies, se sont éloi­gnés de la Ré­pu­blique. L’al­té­ra­tion lente de prin­cipes fon­da­men­taux comme la laï­ci­té, cer­taines pe­tites lâ­che­tés et conces­sions mé­diocres face au com­mu­nau­ta­risme, au mo­ment des élec­tions lo­cales no­tam­ment, ont abî­mé le pacte ré­pu­bli­cain et af­fai­bli le vivre-en­semble.

A quelles « pe­tites lâ­che­tés » pen­sez-vous ?

Ce­la concerne bien des for­ma­tions po­li­tiques dont les élus se sont com­pro­mis pour ga­gner les élec­tions mu­ni­ci­pales ou en­tre­te­nir des clien­tèles élec­to­rales afin d’être ré­élus. Il y a aus­si l’is­la­mo­gau­chisme qui re­garde avec les yeux de Chi­mène cer­taines or­ga­ni­sa­tions com­mu­nau­ta­ristes qui ont en elles une dé­fiance, pour ne pas dire une forme de haine, de la Ré­pu­blique. Cette mou­vance cherche à ac­cré­di­ter l’idée que la Ré­pu­blique est une ma­chine à ex­clure et à dis­cri­mi­ner cer­tains ci­toyens, que la po­lice est ra­ciste par essence. A force de vé­hi­cu­ler ce type de dis­cours à lon­gueur d’in­ter­views ou en les dis­til­lant sub­ti­le­ment à la fa­veur d’une pro­pa­gande mal­saine sur les ré­seaux so­ciaux, on fi­nit par ins­til­ler dans l’es­prit d’une partie de la jeu­nesse que la vio­lence est lé­gi­time, puisque la ré­volte est juste. Ce dis­cours en­tre­tient au sein de la Ré­pu­blique les fer­ments de la confron­ta­tion la plus grande et de la di­vi­sion la plus to­tale. Or, la gauche hu­ma­niste est his­to­ri­que­ment le contraire de ce­la puis­qu’elle a pour am­bi­tion de voir la Ré­pu­blique prendre dans ses bras tous ses enfants et qu’elle l’in­vite à pro­gres­ser tou­jours plus vers l’éga­li­té réelle.

Faut-il ren­for­cer l’ar­se­nal lé­gis­la­tif pour lut­ter contre ce ter­ro­risme in­di­vi­duel ?

Même si le risque a beau­coup bais­sé en in­ten­si­té, nous su­bi­rons d’autres actes ter­ro­ristes. Pour les évi­ter au­tant que faire se peut, il fau­dra conti­nuer à faire mon­ter en puis­sance le ren­sei­gne­ment ter­ri­to­rial et à ren­for­cer la ca­pa­ci­té d’ana­lyse des si­gnaux faibles, an­non­cia­teurs d’une vo­lon­té de pas­sage à l’acte d’in­di­vi­dus ra­di­ca­li­sés. Il fau­dra éga­le­ment pour­suivre la co­opé­ra­tion eu­ro­péenne en ma­tière de lutte an­ti­ter­ro­riste, mais aus­si in­ten­si­fier la lutte contre l’is­la­misme en mul­ti­pliant les ini­tia­tives conjointes au sein du G 5 Sa­hel, en ma­tière de ren­sei­gne­ment no­tam­ment. Le gou­ver­ne­ment ac­tuel pour­suit cette ac­tion, comme ceux qui ont agi par le pas­sé sous l’au­to­ri­té de François Hol­lande.

La loi sur le « sé­pa­ra­tisme » qui doit être dé­voi­lée le 9 dé­cembre se­ra-t-elle utile ?

J’at­ten­drai le texte dé­fi­ni­tif pour en faire une ana­lyse scru­pu­leuse et hon­nête. Il fau­dra re­gar­der pour cha­cune des dis­po­si­tions pré­vues celles qui exis­taient dé­jà dans d’autres textes. Par exemple, la loi de 1905, dans son ar­ticle 31, pé­na­lise les pres­sions qui peuvent être exer­cées au nom d’une re­li­gion sur un in­di­vi­du en por­tant at­teinte à sa li­ber­té de conscience ou à son libre ar­bitre. Nous pour­rions ain­si mul­ti­plier les exemples. Face à l’is­la­misme, prendre de nou­veaux textes, conte­nant des dis­po­si­tions qui exis­taient dé­jà et qui n’étaient pas ap­pli­quées, ne contri­bue ja­mais à les rendre davantage ap­pli­cables, mais seule­ment à dé­mon­trer l’im­puis­sance de l’etat.

C’est dan­ge­reux ?

Lorsque la Ré­pu­blique est at­ta­quée, si on se contente des ef­fets es­comp­tés de la com­mu­ni­ca­tion, en convo­quant des concepts et des mots pour faire la dé­mons­tra­tion que tout ce qui est per­ti­nent et utile a com­men­cé avec soi seul, on prend un risque. Ce­lui de per­tur­ber la né­ces­saire conti­nui­té de l’ac­tion pu­blique qui est la condi­tion de son ef­fi­ca­ci­té, mais aus­si la né­ces­saire uni­té po­li­tique

Cer­tains élèves consi­dèrent que mon­trer les ca­ri­ca­tu­resde Ma­ho­met ne re­lève pas de la laï­ci­té mais d’une pro­vo­ca­tion contre leur re­li­gion.

Com­ment lut­ter contre cette in­com­pré­hen­sion ?

Ce n’est pas une in­com­pré­hen­sion. C’est une ma­ni­fes­ta­tion de l’igno­rance qui gagne, du fa­na­tisme qui s’em­pare des es­prits et des coeurs. Une forme de bê­tise obs­cu­ran­tiste s’en­kyste, qui abou­tit à l’in­to­lé­rance et à la vio­lence, au re­fus d’ac­cé­der au rai­son­ne­ment de l’autre.

Em­ma­nuel Macron a dit

« ils ne pas­se­ront pas », une ré­fé­rence évi­dente à la guerre ci­vile es­pa­gnole. Fait-on face à un nou­veau fas­cisme ?

Je pense que l’is­la­misme est un to­ta­li­ta­risme. On le voit bien : là où il s’est im­po­sé par la vio­lence, il a re­mis en cause toutes les li­ber­tés et main­te­nu les po­pu­la­tions sous le joug. La lutte contre l’is­la­misme doit faire ap­pel à la même dé­ter­mi­na­tion et au même res­sort que la lutte contre les idéo­lo­gies to­ta­li­taires d’hier.

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