Les se­niors de Flo­ride ten­tés par Bi­den

Aujourd'hui en France - - LA UNE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE YONA HELAOUA, À THE VILLAGES, EN FLO­RIDE

Dans une com­mu­nau­té de re­trai­tés d’or­lan­do, le sou­tien à Do­nald Trump s’ef­frite.

EN FLO­RIDE, The Vil­lages n’a ja­mais aus­si bien por­té son nom. Cette com­mu­nau­té de re­trai­tés, la plus im­por­tante des Etats-unis, res­semble à un vil­lage de va­cances pour se­niors ai­sés. Ici, les ré­si­dents jouent au golf, prennent l’apé­ro entre amis et ap­pré­cient les pa­trouilles ré­gu­lières de la po­lice. Mais, à près de deux se­maines de la pré­si­den­tielle, ce sont deux vil­lages qui s’op­posent idéo­lo­gi­que­ment.

Les re­trai­tés du coin ont dans leur grande ma­jo­ri­té vo­té pour Do­nald Trump en 2016. « Si on ne le ré­élit pas cette an­née, on se­ra dans la pa­nade. Joe Bi­den veut faire des Etats-unis un pays so­cia­liste, ac­cuse Jim Leach, une cas­quette Trump sur la tête. De­puis le dé­but de la pan­dé­mie, mon compte re­traite a aug­men­té de 80 000 $ », se vante cet ex-ha­bi­tant du Min­ne­so­ta, qui a tro­qué il y a qua­torze ans le grand froid pour le so­leil toute l’an­née. Il doit ce­pen­dant se plier aux règles de The Vil­lages : « J’ai dû re­ti­rer les pan­cartes en sou­tien à Trump que j’avais ins­tal­lées sur ma pe­louse. Ici, on n’a le droit de rien af­fi­cher. Du coup, j’ai mis mes af­fiches sur ma voi­tu­rette de golf. »

Beau­coup de ré­si­dents ex­priment leurs opi­nions ain­si. Le 7 oc­tobre, les dé­mo­crates ont or­ga­ni­sé une pa­rade pro­bi­den au vo­lant de leurs voi­tu­rettes, le moyen lo­cal pri­vi­lé­gié pour se dé­pla­cer. Da­ryl, 65 ans, es­time que l’en­thou­siasme de la gauche est plus fort que ja­mais. « On ne voyait ja­mais de pan­cartes Bi­den avant. Pen­dant quatre ans, ici, c’était Trum­pland, re­grette-til. L’autre jour, j’ai même vu une pan­carte Ti­rez la chasse d’eau le 3 no­vembre. »

Un élec­to­rat pri­sé

Les se­niors re­pré­sentent un élec­to­rat pri­sé aux Etats-unis, puis­qu’ils vont vo­ter en plus grand nombre que les autres. En Flo­ride, un Etat-clé pour la pré­si­den­tielle, un tiers des élec­teurs ont plus de 65 ans : 43 % sont en­re­gis­trés sur les listes comme ré­pu­bli­cains et 37 % comme dé­mo­crates. Mais, ces der­niers temps, les se­niors lâchent de plus en plus Do­nald Trump. Se­lon un son­dage Quin­ni­piac du 7 oc­tobre, Joe Bi­den mè­ne­rait avec 15 points d’avance chez les plus de 65 ans en Flo­ride.

The Vil­lages reste tou­te­fois une for­te­resse pour Trump. « Do­nald Trump va gagner ici. Mais avec une marge moins im­por­tante », pré­dit Ch­ris Stan­ley, 56 ans et pa­tronne du club dé­mo­crate lo­cal. Elle le ré­pète : la Flo­ride se gagne toujours sur le fil. Elle es­père donc que les voix grap­pillées ici à Trump per­met­tront de faire bas­cu­ler l’etat, et donc le pays, puis­qu’une vic­toire ré­pu­bli­caine se­ra très com­pli­quée sans le Sun­shine State.

Avec Ch­ris Stan­ley, plus de 100 bé­né­voles tra­vaillent pour faire élire Bi­den. « Je vois des ex-élec­teurs de Trump ar­ri­ver ici et nous dire qu’ils n’en peuvent plus. Ce­la est dû en par­tie à la mau­vaise ges­tion de la pan­dé­mie de Co­vid-19 », ex­plique la mi­li­tante. Les re­trai­tés sont vul­né­rables, et la rhé­to­rique du pré­sident qui a mi­ni­mi­sé le vi­rus avant de l’at­tra­per ne passe pas. En tout cas pour une par­tie des ha­bi­tants. Beau­coup de pro-trump « ne croient toujours pas en la réa­li­té de ce vi­rus. Ou, s’ils re­con­naissent que Do­nald Trump a été in­fec­té, ils disent que les dé­mo­crates lui ont trans­mis. Ils sont beau­coup à ne pas por­ter le masque ni pra­ti­quer la dis­tan­cia­tion phy­sique », sou­pire-t-elle.

Le re­port des voix sur Joe Bi­den a des rai­sons plus pro­fondes, se­lon la dé­mo­crate : « Les tweets in­ces­sants de Trump, ses dis­cours et ses men­songes en sont res­pon­sables. » Elle pointe la pro­messe d’éli­mi­ner les co­ti­sa­tions so­ciales : « C’est comme ça que sont fi­nan­cées les pen­sions de re­traite, dont nous dé­pen­dons en par­tie. Ce­la chan­ge­rait le train de vie de beau­coup d’ha­bi­tants, qui craignent aus­si que leurs en­fants n’aient ja­mais droit à une re­traite. »

Peu im­porte le vain­queur le 3 no­vembre, Ch­ris Stan­ley ad­met que sa com­mu­nau­té est di­vi­sée pour de bon : deux vil­lages, ré­pu­bli­cain contre dé­mo­crate. « Nous avons toujours eu nos dif­fé­rences mais on pou­vait se fré­quen­ter, jouer au golf, se re­trou­ver lors des fêtes de quar­tier. Ces jours sont der­rière nous. »

21 HEURES. La plus belle ave­nue du monde est aus­si la plus triste. Il fait froid et bien morne sur les Champs-ely­sées ce pre­mier soir de couvre-feu ef­fec­tif. A l’heure où cha­cun est cen­sé être ren­tré chez soi, la chaus­sée reste tra­ver­sée de voi­tures — es­sen­tiel­le­ment des taxis et des VTC. Mais sur les larges trot­toirs en re­vanche, de­puis l’arc de triomphe jus­qu’au rond­point des Champs-ely­sées, on ne croise plus guère âme qui vive. Pas de fê­tard en te­nue bling-bling, pas de tou­ristes amé­ri­cains ou chi­nois qui se tirent le por­trait au pied de l’arc de triomphe illu­mi­né. Par­mi les der­nières pré­sences hu­maines, des SDF sont pos­tés sur le per­ron d’une bou­tique de luxe.

On croise aus­si Fa­tou et Ja­mi­la, 17 et 18 ans, en train de scru­ter les ho­raires du bus 73 alors que l’heure fa­ti­dique est pas­sée de­puis quelques mi­nutes. Ces « gardes d’en­fant » sortent du bou­lot et ne semblent pas avoir bien com­pris les règles :« On a be­soin d’une de­mi-heure pour re­joindre Ville­ta­neuse, la po­lice ne va pas nous em­pê­cher de ren­trer chez nous ? » s’in­quiète Fa­tou. Per­sonne ne les em­pê­che­ra de re­trou­ver leur do­mi­cile mais sans at­tes­ta­tion de dé­pla­ce­ment, ni at­tes­ta­tion d’em­ployeur, elles risquent

20 mil­lions de Fran­çais ont vé­cu hier soir leur pre­mière vé­ri­table soi­rée de couvre-feu, avec l’obli­ga­tion d’être chez soi à 21 heures. A l’heure fa­ti­dique,

les Champs-ely­sées étaient bien tristes.

135 € d’amende. Sur le trot­toir d’en face, des po­li­ciers ne semblent pas avoir re­mar­qué les hors-la-loi, ou bien ils ont dé­ci­dé de fer­mer les yeux.

Le der­nier quart d’heure, la foule s’est éva­po­rée. Ain­si, Char­lotte et Cé­dric marchent len­te­ment vers leur hô­tel tout proche, des boîtes dans les bras ré­pan­dant un agréable fu­met de piz­za : « La vi­sion de tous ces res­tos fer­més me serre le coeur », glisse Eric, ve­nu de l’île de Ré.

Na­dia elle a fi­lé bien plus tôt : « Je ne veux pas don­ner de sous à l’etat, grogne la jeune étu­diante en s’en­gouf­frant dans le mé­tro George-v. Pour re­joindre Cha­ville, il faut plus d‘une heure et de­mie, sur­tout avec les pro­blèmes de trans­ports ! » Sa mère, avec qui elle a fait du shop­ping, la presse : « Vite, vite ! » Comme beau­coup de ban­lieu­sards, elles ne vou­draient pas se re­trou­ver pié­gées par le cou­pe­ret de 21 heures quelque part en Ilede-france.

Dès 19 h 15, les res­tau­rants rem­ballent

Kha­lil, lui a re­bou­ton­né sa veste et en­rou­lé son écharpe bien chaude se­rei­ne­ment avant de re­joindre ses pé­nates à Ma­la­koff « Je pré­fère prendre de la marge. La nou­velle me­sure de confi­ne­ment noc­turne me fait plu­tôt sou­rire, je suis Tu­ni­sien, alors le couvre-feu j’ai l’ha­bi­tude », blague le qua­dra ve­nu gri­gno­ter des ma­ca­rons et si­ro­ter un ca­fé avec des amis « pour fê­ter cette pre­mière soi­rée rac­cour­cie ».

Les res­tau­rants ont rem­bal­lé leurs chaises et leurs ter­rasses à par­tir 19 h 15. « Il faut bien nous lais­ser le temps de ren­trer chez nous », souffle le ser­veur en veste cin­trée noire du « Deau­ville », alors qu’il passe le ba­lai et éteint le chauf­fage ex­té­rieur pour « en­cou­ra­ger » ses clients à par­tir. Sur les Champs-ely­sées, vi­trine de Pa­ris, les ri­deaux étaient glo­ba­le­ment bais­sés avant 20 h 30.

Alors ceux qui avaient pré­vu de s’amu­ser ont avan­cé leur ran­cart comme Gaé­tan, Amau­ry, Oli­vier et So­lène, une bande de potes entre 22 et 24 ans. Ils se sont re­trou­vés « hy­per tôt » au Ca­fé Joyeux. « On s’est fait une grande ba­lade entre co­pains dans les Tui­le­ries cet après-mi­di au lieu de sor­tir ce soir. On fi­nit avec des co­ca et des cho­co­lats chauds. Bon­jour l’am­biance ! » se marre Gaé­tan. Mais Amau­ry a pré­vu de ne pas s’en conten­ter, « J’irai boire des bières avec des potes chez Oli­vier et je ne ren­tre­rai que demain ma­tin. On ne va pas se lais­ser abattre », confesse-t-il sans sour­ciller.

LLe ci­né­ma s’éveille

Le MK2 Beau­bourg (Pa­ris IIIE) inau­gu­rait hier de nou­velles séances très matinales pour pal­lier la dis­pa­ri­tion des pro­jec­tions du soir. « Je viens de dé­po­ser femme et en­fants à la gare et comme j’avais pré­vu de voir Drunk (NDLR : film sur quatre amis qui se mettent à boire), cet ho­raire m’ar­range bien, note Ch­ris­tophe, 48 ans. Même si c’est par­ti­cu­lier d’al­ler voir des gens se poch­tron­ner à l’écran alors que le jour se lève. » Sté­pha­nie, 46 ans, est une ha­bi­tuée des pre­mières séances. « J’adore le calme qui y règne. Je suis de­bout de­puis 6 heures, j’ai dé­jà pré­pa­ré un gâ­teau, le mé­nage est fait, plus le film est tôt, plus j’en pro­fite pour faire d’autres choses

L’heure du rire

Haut lieu du stand-up à Pa­ris, le Pa­name Art Ca­fé (XIE) avait l’ha­bi­tude de vi­brer la nuit. Place dé­sor­mais aux « brunchs spec­tacles », même en se­maine ! Mau­vaise pioche hier : la séance de 11 h 45 est an­nu­lée faute de ré­ser­va­tions. Alice et Clé­men­tine re­vien­dront au­jourd’hui. « On a vrai­ment be­soin de rire en ce mo­ment », glissent-elles. Sur une table, l’hu­mo­riste Hu­go Tout Seul peau­fine ses textes. « On doit jouer et of­frir du spec­tacle aux gens », in­siste-t-il. Ju­lien et San­dra at­tendent la re­pré­sen­ta­tion de 13 heures. « J’aime dé­cou­vrir ici des ar­tistes qu’on ne voit pas ailleurs. Avec le couvre-feu, on ap­prend à s’amu­ser en dé­ca­lé. » Le couple ira en­suite au Cra­zy Horse à… 18 heures, au lieu de 20 h 30. « L’or­ga­ni­sa­tion du week-end a été cham­bou­lée, mais on pour­ra faire tout ce qu’on avait pré­vu », as­sure Ju­lien, ve­nu de Per­pi­gnan.

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