LES CHAÎNES IN­FO À LA RE­CHERCHE DU BON EX­PERT…

Aujourd'hui en France - - LA UNE - PAR NI­CO­LAS BERROD SO­PHIE GUILLIN, LA NOU­VELLE PA­TRONNE DE FRAN­CEIN­FO

De­puis le dé­but de la pan­dé­mie, de nom­breux mé­de­cins et cher­cheurs sont in­vi­tés sur les chaînes in­fo. Les « ras­su­ristes » n’ont plus la cote,

au point de se re­trou­ver pri­vés d’an­tenne sur BFMTV.

« Fran­che­ment, leur don­ner la pa­role, c’est comme in­vi­ter Dieu­don­né à par­ler de to­lé­rance ! » L’in­fec­tio­logue à l’hô­pi­tal Bi­chat (Pa­ris XVIIIE) Na­than Peif­fer-smad­ja ne dé­co­lère pas d’en­tendre sur les pla­teaux des chaînes in­fo cer­tains mé­de­cins ou cher­cheurs mi­ni­mi­ser, voire nier la re­prise de l’épi­dé­mie. Ce sont les « ras­su­ristes », comme on les dé­signe sou­vent. Ul­tra-mi­no­ri­taires, on les voit et on les en­tend pour­tant ré­gu­liè­re­ment sur les pla­teaux télé. « La théo­rie de la deuxième vague est com­plè­te­ment folle ! » lâche le cher­cheur et épi­dé­mio­lo­giste à l’in­serm Laurent Tou­bia­na sur LCI, le 11 sep­tembre. « Il n’y a pas de deuxième vague ac­tuel­le­ment, et la pro­ba­bi­li­té pour qu’il n’y en ait qu’une seule est très grande », main­tient-il lorsque nous l’in­ter­ro­geons.

Ré­sul­tat, lui ain­si que le plus nuan­cé car­dio­logue Jeanf­ran­çois Tous­saint sont per­so­na non gra­ta sur BFMTV de­puis fin sep­tembre. « Il y a des gens qui pensent que le couvre-feu est li­ber­ti­cide, ou que ce n’est pas la bonne me­sure à prendre. Tout ça fait par­tie du dé­bat. Mais quand, de fa­çon ma­ni­feste, il y a des scien­ti­fiques qui sont dans un com­bat po­li­tique, ce­la pose un pro­blème », jus­ti­fie Cé­line Pi­galle, la di­rec­trice de la ré­dac­tion de la chaîne in­fo. Autre fi­gure dé­sor­mais ab­sente : le pro­fes­seur Ch­ris­tian Per­ronne, qui a dé­non­cé en sep­tembre sur Sud Ra­dio une « ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la peur ».

Pé­da­gogues plu­tôt que trop tech­niques

Au sein d’une chaîne concur­rente, « on in­vite tout le monde car on part du prin­cipe qu’on n’a pas la science in­fuse, mais on fait ex­trê­me­ment at­ten­tion à avoir un contra­dic­teur en pla­teau », in­dique une pro­gram­ma­trice. « Une vi­sion unique de l’épi­dé­mie abou­tit à des dé­ci­sions pas toujours fon­dées sur la réa­li­té et peut conduire à la ca­tas­trophe éco­no­mique et so­ciale », tonne Jean-fran­çois Tous­saint, qui ob­serve la mor­ta­li­té plu­tôt que le comp­teur des nou­veaux cas.

Ces prises de po­si­tion montrent les dif­fi­cul­tés et les contrainte­s des chaînes in­fo pour trou­ver (et re­nou­ve­ler) leur stock d’« ex­perts ». De­puis le dé­but de cette pan­dé­mie, BFMTV, Cnews, LCI et Fran­cein­fo, qui se par­tagent le mar­ché sur la TNT, in­vitent une mul­ti­tude de mé­de­cins, cher­cheurs et épi­dé­mio­lo­gistes à com­men­ter l’ac­tua­li­té liée au co­ro­na­vi­rus.

Chez BFMTV, la plus sui­vie, on a d’abord mis à pro­fit le car­net d’adresses de la jour­na­liste san­té mai­son, Margaux de Frou­ville, qui di­rige ce ser­vice de­puis six ans. Comme à LCI, l’as­sis­tance pu­blique-hô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP) a été sol­li­ci­tée pour sa­voir vers qui se tour­ner, et l’équipe de pro­gram­ma­teurs est res­tée à l’af­fût des noms ci­tés dans les autres mé­dias. C’est ain­si que l’on a vu ap­pa­raître des chefs de ser­vice en ma­la­dies in­fec­tieuses, par exemple Eric Caumes et Karine La­combe, ain­si que des épi­dé­mio­lo­gistes comme An­toine Fla­hault ou Ca­the­rine Hill. « Il faut des gens qui ex­pliquent clai­re­ment les choses et qui soient pé­da­gogues. On en a eu des ex­perts trop tech­niques que l’on n’a plus ap­pe­lés », ra­conte une as­sis­tante.

Cer­tains sont de­ve­nus des in­vi­tés ré­gu­liers. Sté­phane Gau­dry a été « sol­li­ci­té dès le dé­but de la crise, quand on a com­pris que l’un des pro­blèmes ma­jeurs al­lait être le nombre de per­sonnes en ré­ani­ma­tion ». « Par­ler de la ma­la­die, des trai­te­ments, du sys­tème de soins, je sais faire. Mais je sais aus­si où sont mes li­mites », té­moigne ce pro­fes­seur de mé­de­cine in­ten­sive en ré­ani­ma­tion à l’hô­pi­tal Avi­cenne (Bo­bi­gny, Sei­ne­saint-de­nis). Il se rap­pelle des « me­naces » re­çues après avoir por­té le fer sur l’hy­droxy­chlo­ro­quine, po­pu­la­ri­sée par Di­dier Raoult.

Les in­ter­views cri­ti­quées du Pr Raoult

Les pre­mières cri­tiques vi­sant les chaînes in­fo sont d’ailleurs ap­pa­rues au fil des in­ter­views du mi­cro­bio­lo­giste mar­seillais. Ce­lui-ci a no­tam­ment eu droit à trois longs en­tre­tiens sur BFMTV. Dans l’une d’elles, le 30 avril, il dit ne pas croire à la pos­si­bi­li­té d’une deuxième vague, alors que beau­coup d’autres scien­ti­fiques sont net­te­ment moins ca­té­go­riques. « Il a un pe­di­gree in­con­tes­table pour s’ex­pri­mer sur ces su­jets. Il s’est ma­ni­fes­te­ment trom­pé mais, au mo­ment où il le dit, à la veille de l’été, il est lé­gi­time pour le dire », as­sume Cé­line Pi­galle.

Mi­no­ri­taires en pla­teau, les opi­nions les plus di­ver­gentes trouvent d’autres ter­rains sur les­quels s’ex­pri­mer, no­tam­ment les ré­seaux so­ciaux. Le 5 oc­tobre, Jean-fran­çois Tous­saint dé­bat sur Cnews avec l’épi­dé­mio­lo­giste Mar­tin Bla­chier. Presque tout les op­pose sur le fond, le ton monte ré­gu­liè­re­ment. « Ça vole un peu trop bas pour moi, là », com­mente Lau­rence Fer­ra­ri. Les sé­quences sont aus­si­tôt lar­ge­ment dis­sé­quées sur Fa­ce­book, You­tube, et Twit­ter.

Fi­na­le­ment, les chaînes in­fo doivent te­nir sur une ligne de crête entre de­voir de res­pon­sa­bi­li­té et en­vie de faire vivre le dé­bat. « La so­lu­tion est d’ap­por­ter des faits, des chiffres, de les contex­tua­li­ser, d’in­vi­ter aus­si des mé­de­cins qui sont confron­tés tous les jours à la si­tua­tion dans les hô­pi­taux », souffle Margaux de Frou­ville. A Fran­cein­fo, « on a très clai­re­ment un de­voir par­ti­cu­lier et une at­tente du pu­blic qui ne nous par­don­ne­rait pas de spec­ta­cu­la­ri­ser, a for­tio­ri sur un su­jet pa­reil », in­dique So­phie Guillin, la nou­velle pa­tronne de la chaîne.

A l’in­verse, Cnews (qui n’a pas ré­pon­du à nos sol­li­ci­ta­tions) est celle qui per­met le plus aux voix dis­so­nantes de s’ex­pri­mer, jus­qu’au clash. D’ailleurs, Laurent Tou­bia­na y a fait une ap­pa­ri­tion, mer­cre­di ma­tin. Quelques mi­nutes plus tard, il nous ap­pe­lait pour nous dire qu’il al­lait prendre du re­cul et « li­mi­ter ses in­ter­ven­tions sur les chaînes d’in­fo ».

« 18 H 30 »

Web­sé­rie en 22 épi­sodes d’en­vi­ron 5 mi­nutes cha­cun.

UNE FEMME. Un homme. Une sor­tie de bu­reau chaque soir à la même heure. Et cinq mi­nutes à peine (le temps de chaque épi­sode) pour re­joindre le bus. Le point de dé­part de « 18h30 », nou­velle web­sé­rie de haute vo­lée à voir gra­tui­te­ment sur le site Arte.tv, est d’une sim­pli­ci­té dé­con­cer­tante. Mais aus­si d’une ef­fi­ca­ci­té re­dou­table.

On re­garde par ha­sard un épi­sode. Un deuxième. Et puis trois, quatre, cinq… Le temps file (1 h 20 en tout) et les 22 épi­sodes ont été ava­lés en une fois. Avec grâce, hu­mour et dé­li­ca­tesse, la sé­rie ra­conte un an dans la vie de Mé­lis­sa (épa­tante Pauline Etienne, re­pé­rée dans « le Bu­reau des lé­gendes ») et Eric (convain­cant Ni­co­las Grand­homme), deux col­lègues qui peinent à mettre un mot sur leur re­la­tion. Fi­na­le­ment, un coup de coeur XXL in­ver­se­ment pro­por­tion­nel à la du­rée de ce pro­gramme ul­tra­court.

Moins de cinq mi­nutes par épi­sode ? C’est ce qu’on ap­pelle une « sé­rie courte ». Un for­mat qui, de­puis le suc­cès d’« Un gars, une fille » au tour­nant du nou­veau mil­lé­naire, po­pu­la­rise ha­bi­tuel­le­ment à la télé des pas­tilles co­miques, ef­fi­caces mais sans grand trait d’union d’un épi­sode à l’autre.

Dans le sillage de « Bref » — tru­cu­lentes tri­bu­la­tions de tren­te­naires qui cas­saient en 2011 les codes nar­ra­tifs en 1,45 min chro­no - des sé­ries ré­centes, au mon­tage ner­veux et au ton plus mo­derne, ont fleu­ri. Der­nières réus­sites en date : les ir­ré­sis­tibles pa­ro­dies de « Broute », le dé­jan­té « Tê­tard » et le sin­gu­lier « Jour­nal in­time » sur Ca­nal + ou bien en­core « Crai­gnos » de Jean-pas­cal Za­di (le réa­li­sa­teur de « Tout sim­ple­ment noir ») sur France.tv.

Mais « 18h30 » creuse sur la lon­gueur un autre sillon, une autre am­bi­tion. A la fois co­mé­die ro­man­tique, thriller sen­ti­men­tal et chronique so­ciale, la web­sé­rie joue avec brio sur plu­sieurs ta­bleaux. « On vou­lait évi­ter la simple sé­rie à sketchs, posent d’em­blée Maxime Cha­moux et Syl­vain Gou­ver­neur, les créa­teurs. On a gran­di dans les an­nées 1990 avec Friends comme ré­fé­rence : l’en­jeu était de pou­voir re­gar­der les épi­sodes sé­pa­ré­ment avec plai­sir mais d’avoir un vrai bo­nus dans la conti­nui­té. »

Qui dit for­mat court, dit concept choc, pour mar­quer les es­prits. En plus d’avoir été tour­né dans un quar­tier bor­de­lais

« LE CRIME DE L’ORIENT-EX­PRESS »

21 h 5

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