Ford GT

Nous avons pris les com­mandes du nou­veau mis­sile Ford. Digne hé­ri­tière de la my­thique GT40, ca­pable de flir­ter avec les 350 km/h, elle nous a don­né “l’en­vie d’avoir en­vie”.

Auto Moto - - AUTO MENU - PAR L. PI­NEL, PHO­TOS DR

Il a cra­qué pour elle ! John­ny Hal­ly­day rê­vait de s’ap­pro­prier la nou­velle Ford GT. Mal­heu­reu­se­ment, seuls 1 000 exem­plaires se­ront pro­duits en quatre ans et les 500 pre­miers fa­bri­qués sont tous at­tri­bués. Pour les autres, 7 000 com­mandes fermes ont dé­jà été en­re­gis­trées. Bref, il est trop tard… “Noir, c’est

noir”. Sou­hai­tons que notre ro­cker s’en re­mette. Ce­la dit, on com­prend l’ad­dic­tion de notre icône na­tio­nale pour ce mo­nu­ment rou­lant. La GT est, en ef­fet, la plus fran­çaise des amé­ri­caines. Des­cen­dante de la fa­meuse GT40, ap­pa­rue au mi­lieu des an­nées 1960 pour rem­por­ter quatre fois les 24 Heures du Mans lorsque le jeune John­ny in­ter­pré­tait “La Gé­né­ra­tion Per­due”, elle a éga­le­ment triom­phé dans la Sarthe. C’était en 2016, en ca­té­go­rie GTE Pro.

Du reste, c’est sa vo­ca­tion à rou­ler vite qui lui vaut son aé­ro­dy­na­mique si tran- chante, avec des tun­nels d’air che­mi­nant de la base des por­tières jus­qu’à la poupe, et son ai­le­ron XXL, se dé­ployant en mode Race et s’in­cli­nant pour ser­vir d’aé­ro­frein. Pour en­core mieux fendre la bise, elle re­çoit éga­le­ment des vo­lets mo­biles, au ni­veau de la lame avant, ca­pables de gé­né­rer de l’ap­pui sur l’es­sieu di­rec­teur et un fond plat pour mieux col­ler l’as­phalte. En­fin, si les deux oc­cu­pants voyagent épaule contre épaule, c’est pour la bonne cause : l’étroi­tesse de l’ha­bi­tacle est dic­tée par la souf­fle­rie. Ce­la n’em­pêche pas la GT d’ex­hi­ber une pré­sen­ta­tion ré­so­lu­ment mo­derne. Si la planche de bord pa­raît mi­ni­ma­liste, il ne manque rien à l’ins­tru­men­ta­tion. On y croise même le su­per­flu, comme une ra­dio et deux ports USB. Le vo­lant, qui puise son ins­pi­ra­tion dans l’uni­vers de la com­pé­ti­tion, in­tègre toutes les com­mandes né­ces­saires à la conduite : cli­gno­tants, ap­pels de phares, pro­grammes de conduite… Avec le pé­da­lier, c’est le seul élé­ment ré­glable per­met­tant d’ajus­ter sa po­si­tion de conduite. Af­fi­née à l’ex­trême, la nou­velle GT se veut aus­si très lé­gère. Outre une struc­ture mo­no­coque en car­bone, elle pro­fite d’un vé­ri­table châs­sis de course, ses ber­ceaux avant et ar­rière étant ho­mo­lo­gués FIA, tan­dis que la sus­pen­sion ac­tive au­to­rise la va­ria­tion de la hau­teur de caisse.

Mis en va­leur der­rière une vitre en plexi­glas, le six-cy­lindres en V ne mé­rite pas au­tant d’égard. Ici, pas d’hy­bri­da­tion, ni de bielle en ti­tane, pas de tech­no­lo­gie avant-gar­diste, ni de ma­té­riau in­no­vant… la mé­ca­nique se veut, avant tout, rock’n roll : il s’agit d’un bloc alu­mi-

nium qui, comme le sys­tème d’al­lu­mage, a été choi­si dans la banque d’or­ganes du groupe Ford. À l’ins­tar des deux tur­bos, la ligne d’échap­pe­ment a, ce­pen­dant, été dé­ve­lop­pée spé­ci­fi­que­ment pour la GT. Preuve que la “sim­pli­ci­té” a du bon, ce V6 res­pire la san­té. Pour Al­lu­mer le

feu, il dé­ve­loppe 647 ch pour 745 Nm de couple et ses vo­ca­lises n’ont rien à en­vier à celles de l’ex-idole des jeunes.

D’une pi­che­nette sur la pa­lette de droite, la Ford s’élance. Do­cile et avare en vi­bra­tions, de prime abord, elle fe­rait presque une par­faite ur­baine ! Le temps de pé­né­trer sur les pistes d’es­sais Mi­che­lin, à La­doux, et l’im­pres­sion de fa­ci­li­té se ré­vèle en­core plus dé­con­cer­tante. Pour­tant, dès le pre­mier vi­rage un peu plus pro­non­cé, la “ci­ta­dine” se mue en hy­per-spor­tive. Gage d’e ca­ci­té, l’in­croyable ri­gi­di­té de la cel­lule se fait aus­si­tôt sen­tir. Le sen­ti­ment est en­core plus fla­grant lorsque le rythme aug­mente. Le cou du pi­lote en­caisse, alors, des ac­cé­lé­ra­tions la­té­rales aus­si op­pres­santes que celles éprou­vées au frei­nage, lorsque les disques car­bo­ne­cé­ra­mique opèrent.

Ca­lé sur ses Mi­che­lin Pi­lot Sport Cup 2, le mis­sile sol- sol ne de­mande qu’à être me­né à la ba­guette. Le vi­rage se re­ferme ? Pas de pro­blème, l’amé­ri­caine ac­cepte tout, sur­tout en mode Race, quand le châs­sis s’abaisse au maxi­mum (de 46 mm), don­nant l’im­pres­sion que les roues de 20 pouces raclent l’in­té­rieur des ailes. Dans cette po­si­tion, le res­sort de sus­pen­sion to­ta­le­ment com­pri­mé, c’est une pe­tite barre de tor­sion qui as­sure l’amor­tis­se­ment. Tout de­vient très ferme, mais les mou­ve­ments de caisse sont in­exis­tants. Le temps de ré­ponse à l’ac­cé­lé­ra­teur ? Inexis­tant, lui aus­si. À peine le cer­veau a-t-il le temps d’in­ti­mer au pied droit l’ordre d’ap­puyer que la GT a pris 20 km/h ! Sur route ou­verte, im­pos­sible d’al­ler cher­cher les li­mites du V6. Épau­lé par une boîte 7 rap­ports ul­tra ra­pide, il pro­pulse la GT à 100 km/h en 3 se­condes et à 347 km/h en pointe. De quoi pas­ser un long mo­ment der­rière Les portes du Pé­ni­ten­cier.

1 Le 0 à 100 km/h abat­tu en 3 pe­tites se­condes et 347 km/h en vi­tesse de pointe, 2 le tout, ca­lé et san­glé dans un siège à l’as­sise… fixe.

34 L’ha­bi­tacle très étroit – spor­tive oblige –, af­fiche une pré­sen­ta­tion certes épu­rée, mais mo­derne, avec une ins­tru­men­ta­tion com­plète. 5 Le mo­teur V6 tur­bo de 647 che­vaux est abri­té sous une vitre en plexi­glas.

6 Le vo­lant in­tègre toutes les com­mandes né­ces­saires à la conduite. 7 Prendre place à bord de la Ford GT né­ces­site quelques contor­sions. La faute aux portes en élytre et à la faible hau­teur (1,11 m).

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