Dolce Vi­ta en Al­fa Ro­meo Giu­lia

Pé­tillante et sexy, cette ita­lienne sym­bo­lise à mer­veille la joie de vivre et l’in­sou­ciance des an­nées 1950-1960.

Auto Moto - - AUTO MENU - PAR J.-L. MO­REAU, PHO­TOS T. AN­TOINE/ACE TEAM

Le com­pro­mis par­fait entre la tech­nique et l’es­thé­tique… Ain­si peut-on ré­su­mer l’Al­fa Ro­meo Giu­lia Spi­der. La bel­la

si­gno­ri­na, comme la sur­nom­mait af­fec­tueu­se­ment Bat­tis­ta Fa­ri­na, fon­da­teur de la car­ros­se­rie Pi­nin­fa­ri­na, est née en 1955. Lors­qu’elle est pré­sen­tée au Sa­lon de Pa­ris, cette an­née-là, la DS de Ci­troën mo­no­po­lise l’at­ten­tion. La “belle de­moi­selle” s’avère, pour­tant, tout aus­si ré­vo­lu­tion­naire. Consi­dé­rée comme la voi­ture la plus gla­mour de son époque, elle est l’oeuvre du bu­reau de style Fa­ri­na, qui est par­ve­nu à su­bli­mer, avec cette ver­sion ca­brio­let, la ligne, dé­jà fort réus­sie, de la Giu­liet­ta, ap­pa­rue un an plus tôt. En 1962, elle de­vient Giu­lia Spi­der, en hé­ri­tant les or­ganes mé­ca­niques de la nou­velle ber­line Giu­lia Ti. Ce chan­ge­ment de nom se fait sans mo­di­fi­ca­tion es­thé­tique ma­jeure, si ce n’est l’ap­pa­ri­tion d’une prise d’air sur le ca­pot pour faire place à un mo­teur plus gé­né­reux. Com­pacte (3,90 m), ra­cée et toute en ron­deurs, elle se dis­tingue par sa car­ros­se­rie au­to­por­teuse en tôle d’acier. Stricte deux places, elle dis­pose néan­moins d’une ha­bi­ta­bi­li­té gé­né­reuse, sur­tout sur cette ver­sion à em­pat­te­ment long, et d’un coffre suf­fi­sant pour par­tir en week-end pro­lon­gé. Par­tie in­té­grante de la struc­ture de la voi­ture, la planche de bord, peinte dans la cou­leur de la car­ros­se­rie, ac­cueille trois gros comp­teurs clas­siques. Ta­chy­mètre, compte-tours, tem­pé­ra­ture d’eau, tem­pé­ra­ture et pres­sion d’huile… rien ne manque. L’am­biance, vo­lon­tai­re­ment sport, an­nonce la cou­leur. Car la Giu­lia Spi­der, c’est aus­si un mo­teur : le fa­meux Bial­be­ro. Tra­dui­sez “double arbre”. Il ap­pa­raît pour la pre­mière fois en 1954, en ver­sion 1.3 litre, sous le ca­pot de la Giu­liet­ta. C’est LE 4-cy­lindres le plus tech­no du mo­ment. Ce­la lui vau­dra de de­meu­rer en pro­duc­tion, dans dif­fé­rentes va­riantes, qua­rante

ans du­rant ! Alors que les fran­çaises sont équi­pées de blocs en fonte à un seul arbre à cames la­té­ral, le Bial­be­ro est réa­li­sé en­tiè­re­ment en al­liage d’alu­mi­nium et pos­sède deux arbres à cames en tête, en­traî­nés par deux chaînes, des chambres de com­bus­tion hé­mi­sphé­riques, des sou­papes d’échap­pe­ment re­froi­dies au so­dium, des che­mises hu­mides, des bielles for­gées et un vi­le­bre­quin mon­té sur 5 pa­liers. Ces so­lu­tions in­édites, di­rec­te­ment dé­ri­vées de la com­pé­ti­tion, lui per­mettent, mal­gré son simple car­bu­ra­teur et sa cy­lin­drée mo­deste, d’a cher 65 ch en 1954, puis 80 ch en 1959. En 1962, lorsque la Giu­liet­ta Spi­der cède sa place à la Giu­lia Spi­der, la cy­lin­drée passe à 1 600 cm³ et la puis­sance à 92 ch. Une ver­sion plus a ûtée (Ve­loce), do­tée de deux car­bu­ra­teurs We­ber double corps, grimpe même à 112 ch… alors qu’une Porsche 356 C de la même pé­riode se contente de 75 ch.

Une GTI avec un quart de siècle d’avance

Cette ca­va­le­rie est as­so­ciée à une boîte 5 vi­tesses en­tiè­re­ment syn­chro­ni­sée (syn­chros d’ori­gine Porsche !), là aus­si, une ré­vo­lu­tion. Ce cock­tail dé­to­nant donne une pe­tite idée du tem­pé­ra­ment de la belle. Avec 112 ch pour moins de 900 kg, la di­va re­ven­dique un meilleur rap­port poids/puis­sance que… la Peu­geot 205 GTi (105 ch, 965 kg), ap­pa­rue vingt-trois ans plus tard. L’ita­lienne ré­clame ce­pen­dant plus de doig­té et de pa­tience que la pe­tite lionne. Ici, pas de star­ter au dé­mar­rage… avec le risque de noyer les bou­gies et d’être obli­gé d’e ec­tuer un rem­pla­ce­ment ex­press. Le Bial­be­ro doit aus­si se chau er la voix avant d’e ec­tuer ses pre­mières vo­ca­lises. Une ving­taine de mi­nutes sont né­ces­saires pour que l’huile monte en tem­pé­ra­ture. Mais en­suite, son chant mé­tal­lique vous fait pas­ser le grand fris­son jus­qu’à 7 000 tr/mn ! Un ré­gime in­croyable pour

un mo­teur de sé­rie du dé­but des an­nées 1960… Par­fai­te­ment se­con­dé par la boîte pré­cise et bien éta­gée, ce bloc pro­cure des ac­cé­lé­ra­tions vi­gou­reuses et ins­tan­ta­nées. Et le com­por­te­ment n’a rien de ce­lui d’une mam­ma. La Giu­lia Spi­der vi­re­volte de vi­rage en vi­rage, avec e ca­ci­té et lé­gè­re­té. Pour peu que vous ayez rem­pla­cé lon­ge­rons et bas de caisse, la ri­gi­di­té est re­mar­quable. Ni coui­ne­ments, ni grin­ce­ments comme sur la plu­part des road­sters an­glais. Bien que do­té d’un es­sieu ar­rière ri­gide, ce mo­dèle 1964 brille par son gui­dage ri­gou­reux, tan­dis que son frei­nage, as­su­ré par des disques à l’avant et d’énormes tam­bours à l’ar­rière, se montre puis­sant, en­du­rant et constant ; les ver­sions an­té­rieures, à 4 tam­bours, ayant ten­dance à ne pas tou­jours frei­ner droit. Même le confort de rou­lage n’a rien de rédhi­bi- toire si l’on ac­cepte de cir­cu­ler “che­veux au vent”, car le pe­tit pare-brise o re une faible pro­tec­tion au-de­là de 100 km/h. On peut aus­si re­gret­ter que la ca­pote ne soit pas plus fa­cile à mettre en place, mais elle se ré­vèle plus étanche que les bâches des mo­dèles bri­tan­niques. En fait, la com­pa­rai­son avec les MG, Triumph, Aus­tin Hea­ley ou Sun­beam tourne sys­té­ma­ti­que­ment à l’avan­tage de l’Al­fa. Même une Porsche 356 dé­ca­po­table, dont le prix se né­go­cie deux à cinq fois plus cher que l’ita­lienne, fait pâle fi­gure. Au­tant dire que cette lé­gende est une a aire… * Ce su­perbe exem­plaire se­ra ex­po­sé sur le stand Pa­raphe De­si­gn, lors de la 4e édi­tion du Chan­tilly Arts & Ele­gance Ri­chard Mille, le 10 sep­tembre, à Chan­tilly.

1 La pre­mière qua­li­té de cette Al­fa, c’est sa fa­ci­li­té de conduite, presque digne d’une voi­ture mo­derne.

2 Signe d’une époque, la plus in­fime pièce mé­tal­lique est chro­mée. 3 La boîte 5 vi­tesses, en­tiè­re­ment syn­chro­ni­sée, était une ra­re­té en 1964.

4 L’ins­tru­men­ta­tion com­plète est re­grou­pée sur 3 gros comp­teurs.

5 Sur le ca­pot, la prise d’air dis­tingue la Giu­lia (1962-1965) de la Giu­liet­ta (1955-1962).

1 C’est Pi­nin­fa­ri­na qui a si­gné la ligne de ce spi­der ico­nique. Un chef-d’oeuvre. 2 La bel­la si­gno­ri­na, la “belle de­moi­selle”, est le sur­nom que lui avait don­né Bat­tis­ta Fa­ri­na, fon­da­teur de la car­ros­se­rie Pi­nin­fa­ri­na. 3 Le mo­teur a beau être de cy­lin­drée mo­deste, il n’y a plus de place sous le ca­pot…

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