L’Inde en Royal Enfield

Mille ki­lo­mètres, en sept jours, à gra­vir les plus hauts cols de la pla­nète, au gui­don d’une Bullet 500. Bien­ve­nue en Inde, au Royal Enfield Mo­to Hi­ma­laya.

Auto Moto - - AUTO MENU - PAR L. PINEL, PHO­TOS DR

Veste d’été ou d’hi­ver ? Vê­te­ments de pluie ou Ray-Ban ? Casque in­té­gral ou simple jet ? Avant le dé­part pour une telle aven­ture, les in­ter­ro­ga­tions sont lé­gion. Même si l’ap­pli “mé­téo” de mon smart­phone in­dique des tem­pé­ra­tures es­ti­vales, dé­but août, du cô­té de Leh, dans le La­dakh, le fait de pi­lo­ter en al­ti­tude in­quiète. Sur­tout lorsque le tra­jet men­tionne une halte au som­met de Khar­dung La, le plus haut col du monde, à 5 602 mètres. Ce n’est pas un ha­sard si le mé­de­cin de l’or­ga­ni­sa­tion pré­co­nise 36 heures de re­pos à la sor­tie de l’avion. Eh oui, à peine ar­ri­vé, je dois me re­po­ser. L’oc­ca­sion de prendre conscience que je ne suis ve­nu ni pour la qua­li­té de l’hô­tel­le­rie, ni pour celle de la res­tau­ra­tion. Faute de ré­seau in­ter­net, la lec­ture est donc la seule oc­cu­pa­tion. L’in­ter­mi­nable at­tente a pour ob­jec­tif de per­mettre à notre or­ga­nisme de s’ac­cli­ma­ter… au manque d’oxy­gène. Du­rant le sé­jour, je ne des­cen­drai plus sous les 3 500 mètres d’al­ti­tude. Elle laisse éga­le­ment le temps au mé­de­cin de contrô­ler l’état de san­té de chaque par­ti­ci­pant, et aux mé­ca­ni­ciens de bi­chon­ner la ving­taine de Bullet 500, cette mo­to au look vin­tage, ani­mée par un mo­no­cy­lindre dé­ve­lop­pant moins de 30 ch. Te­nu par Adarsh, le guide ré­gio­nal de l’étape, le brie­fing du pre­mier jour in­vite à la mé­fiance. “Ne faites ja­mais confiance à un In­dien qui vous dit que le plat n’est pas épi­cé ! N’ou­bliez pas de rou­ler à gauche. Soyez pru­dents : il y au­ra des di cultés, des dan­gers, de la fa­tigue et, très pro­ba­ble­ment, des chutes.” Bref, l’ex­pé­rience pro­met de marquer les es­prits. Dès les pre­miers tours de roue, la faible adhé­rence du bi­tume, conju­guée à l’ab­sence d’ABS, rap­pelle à l’ordre. Ça a glis­sé, mais c’est pas­sé. Et nous ve­nons à peine de quit­ter le camp de base… Ce pre­mier jour per­met sur­tout d’ap­pré­hen­der les condi­tions de cir­cu­la­tion et de consta­ter que le conduc­teur in­dien n’a, ni les mêmes vé­hi­cules, ni les mêmes ha­bi­tudes que son ho­mo­logue eu­ro­péen. Ici, le klaxon est d’usage per­ma­nent, il sert même de cli­gno­tant. Les mar­quages au sol sont rares et in­vi­sibles pour la po­pu­la­tion lo­cale. Et ce n’est pas parce qu’une ar­tère est in­di­quée en sens unique que les ca­mions ne la prennent pas dans le “mau­vais” sens. Bref, cô­té sé­cu­ri­té, ça craint ! Seule bonne nou­velle : en al­ti­tude, les mous­tiques ont dis­pa­ru. On peut donc rou­ler… la bouche ou­verte.

Dès le len­de­main, en s’éloi­gnant da­van­tage de la ville, la cir­cu­la­tion se fait moins dense… tout comme le bi­tume. Constam­ment bor­dées de bases ar­mées géantes, lais­sant en­tre­voir les condi­tions de vie pré­caires des mi­li­taires, les routes sont par­se­mées de trous, de pe­tits tas de sable for­més par le vent et d’amas de pierres, dus aux ébou­le­ments fré­quents. Heu­reu­se­ment, la Royal Enfield se ma­nie comme un vé­lo. Confor­table, elle se ré­vèle éga­le­ment ro­buste et en­caisse sans fré­mir les nids de poule. Si sa mé­ca­nique sur­prend, de prime abord, par son manque de punch, elle se prête par­fai­te­ment à ce genre d’exer­cice, du­rant le­quel on passe au­tant de temps à scru­ter l’ho­ri­zon qu’à re­gar­der la route. L’as­phalte dé­gra­dé fait sou­vent place à des sen­tiers de gra­viers qui, à leur tour, deviennent des che­mins où de grosses roches sont dis­per­sées. Cer­tains jours, le convoi se meut du­rant huit heures pour ne par­cou­rir que 180 ki­lo­mètres. Pour­quoi une telle len­teur ? Parce que le pay­sage est ex­tra­or­di­naire, somp­tueux. En l’ab­sence de vé­gé­ta­tion à ces al­ti­tudes, les monts s’ha­billent de cou­leurs sombres. La lu­mière chan­geante et les nuances de cou­leurs sou­lignent les arêtes, am­pli­fient les formes. Après le pas­sage du col de Chan­gla (5 360 mètres), le par­cours nous mène vers Pan­gong Tso, un lac sa­lé de 134 ki­lo­mètres de long, per­ché à 4 250 mètres. C’est dé­sor­mais sur le sable, au coeur des pla­teaux en­cer­clés de col­lines, que l’on évo­lue. Ici, pas de piste, juste des mo­tos qui se suivent, de loin, gui­dées dans cette im­men­si­té par la pous­sière dé­ga­gée par les ou­vreurs. Ma­gique, mais éprou­vant. La conduite sur sol sa­blon­neux exige beau­coup de concen­tra­tion et une cer­taine ex­pé­rience. Le soir, les jambes en­do­lo­ries par les vi­bra­tions as­pirent au re­pos. Émer­veillés par les pay­sages tra­ver­sés et ber­cés par l’am­biance confra­ter­nelle qui règne au sein du convoi, les ri­ders sont néan­moins mar­qués par la fa­tigue. Leurs vi­sages dé­faits té­moignent de la di culté de l’aven­ture. Les routes inon­dées par la fonte des neiges et le froid res­sen­ti en al­ti­tude contrastent avec l’idée que l’on se fait d’un road trip de va­can­ciers. C’est pour­tant le prix à payer pour dé­cou­vrir toutes ces mer­veilles, des mo­nas­tères boud­dhistes au pla­teau de Tchang Tang, en pas­sant par le vil­lage de Kor­zok… avec l’as­su­rance d’em­ma­ga­si­ner des sou­ve­nirs im­pé­ris­sables, à dé­faut de ren­trer en­tier.

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