ÉDITO

Autoflash - - News - Ch­ris­tian Al­le­mant

Lan­cée en juin 1962, la R8 n’est de­ve­nue Gor­di­ni qu’au Sa­lon de Pa­ris, fin 1964. Chao­tique, anec­do­tique, folk­lo­rique, la com­mer­cia­li­sa­tion de cette R8 Gor­di­ni 1100 fut un échec com­mer­cial pa­tent. Per­sonne n’ar­ri­vait à l’ob­te­nir, elle sor­tait des lignes de mon­tage De ma­nière com­plè­te­ment anar­chique. Il en fut tout au­tre­ment avec le mo­dèle 1300 dont le suc­cès ne se dé­men­tit ja­mais de 1966 à 1970. Re­nault dé­ci­da d’ar­rê­ter la pro­duc­tion de la R8 Gor­di­ni en mai 1970 alors que la de­mande res­tait sou­te­nue, pour la rem­pla­cer par la R12 Gor­di­ni au pré­texte que la R12 de sé­rie qui ve­nait de sor­tir avait be­soin d’une lo­co­mo­tive spor­tive dans la gamme. La R8 de base, elle, fut pro­duite jus­qu’en 1973. On se per­dra long­temps en conjec­tures sur la lo­gique de cette dé­marche. Au­tant la R8 Gor­di­ni avait ac­quis une au­then­tique lé­gi­ti­mi­té au­près des conduc­teurs spor­tifs et des pi­lotes pri­vés, au­tant la R12 Gor­di­ni fut une dé­cep­tion in­té­grale. Évi­dem­ment, la Coupe du même nom fut pé­ren­ni­sée par Re­nault (à quel prix…) mais au­cun grand nom du sport au­to­mo­bile fran­çais ne s’en dé­ga­gea ja­mais. Ja­rier, Laf­fite, Ja­bouille, Mieus­set, Ra­gnot­ti, An­druet… Tout ce­la, c’était de la chair de R8 ! Dé­sor­mais, les ba­tailles en courses étaient bien fades, le ni­veau bien plat, les voi­tures bien com­pli­quées à pi­lo­ter, peu spec­ta­cu­laires (quoique très ra­pides), et c’est pour ce­la que cette pauvre R12 Gor­di­ni tom­ba vite dans les ou­bliettes de la pro- duc­tion au­to­mo­bile de l’époque. Dés sa pré­sen­ta­tion au pu­blic au Sa­lon de Pa­ris 1970, on su­bo­do­ra qu’elle n’ac­cro­che­rait pas la clien­tèle. Du moins, pas « la même clien­tèle »… Pierre Drey­fus était pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de la Ré­gie Re­nault en 1970. C’est lui qui dé­ci­da d’aban­don­ner la R8 Gor­di­ni trois ans avant l’ar­rêt de la R8 nor­male. Ce fut une er­reur in­dé­niable et in­con­tes­table qui coû­ta beau­coup d’ar­gent et lais­sa de nom­breux pi­lotes or­phe­lins d’une voi­ture per­for­mante et peu chère à en­tre­te­nir. Bob Si­cot, di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion, es­saya bien de dis­sua­der la di­rec­tion gé­né­rale de Re­nault de pas­ser aus­si bru­ta­le­ment à la R12 Gor­di­ni. « Pierre Drey­fus était un in­tel­lec­tuel dont on se de­man­dait par­fois s’il com­pre­nait ce qu’il di­sait. Quand il avait une idée en tête, ce n’était même pas la peine de dis­cu­ter. Pour lui, la R8 Gor­di­ni était morte, alors que les car­nets de com­mandes étaient rem­plis. Il était per­sua­dé que la R12 as­su­re­rait la re­lève, mais elle était plus chère, plus lourde et c’était une trac­tion avant Pour faire ga­gner ça, il fal­lait s’ap­pe­ler Ci­troën. » L’his­toire est ter­mi­née. On ne la re­fe­ra pas. La R8 Gor­di­ni conti­nue de vivre, la R12 Gor­di­ni aus­si, mais beau­coup moins. Il existe des in­con­di­tion­nels des deux mo­dèles et les par­ti­sans du kit 807 G vous di­ront que la R8 Gor­di­ni, à cô­té, c’est de la ri­go­lade. C’est sur­tout une ques­tion de choix. Et de phi­lo­so­phie.

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