Day­to­na 365 gtb/4 groupe 4 1972 Chassis 15667

Aux 24 Heures du Mans 1972, Claude Bal­lot-Lé­na et Jean­Claude An­druet rem­portent la ca­té­go­rie Grand Tou­risme. On parle presque au­tant de cette vic­toire que de celle de Ma­tra au gé­né­ral. Essai d’une voi­ture qui reste un monstre au propre comme au fi­gu­ré.

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p aul Frère est, à notre connais­sance, le seul jour­na­liste en­core en ac­ti­vi­té à avoir ga­gné les 24 Heures du mans au clas­se­ment gé­né­ral. C’était en 1960 sur une Fer­ra­ri Tes­ta ros­sa, as­so­cié à oli­vier gen­de­bien. Ce­la lui confère une cer­taine lé­gi­ti­mi­té lors­qu’il af­firme qu’une Fer­ra­ri day­to­na, de route ou de course, ne peut s’ap­pré­cier plei­ne­ment que sur cir­cuit fer­mé. il a rai­son et je l’ai per­son­nel­le­ment vé­ri­fié. pour le reste, je ne vous di­rais pas com­ment je me suis re­trou­vé un jour, au vo­lant de la day­to­na vic­to­rieuse en grand Tou­risme au 24 Heures du mans 1972. es­sen­tiel­le­ment, par ce que je suis quel­qu’un de dis­cret et que je n’ai qu’une pa­role.

au plus pro­fond du vexin fran­çais, sur une pe­tite route n’ayant qu’un loin­tain rapport avec la ligne droite des Hunaudières, je me suis of­fert une ré­flexion pré­ten­tieuse du genre “voyons com­ment l’ami an­druet s’y pren­drait pour faire avan­cer une au­to pa­reille sur une dé­par­te­men­tale“.

CHER­CHER SA ROUTE À 120 km/h !

La ca­rac­té­ris­tique des pe­tites routes de France, c’est leur as­pect bom­bé. un re­vê­te­ment dra­ma­tique sur le­quel les mi­che­lin slicks ex­tra­larges de la day­to­na, do­tés d’un car­ros­sage sé­rieu­se­ment né­ga­tif, ne pou­vaient adhé­rer que sur leurs tiers in­té­rieurs. si bien qu’à partir de 120 km/h, la voi­ture cher­chait sa route comme un mis­sile sol-air, sans de­man­der son avis au pi­lote. dés qu’une roue re­pé­rait une bosse, elle em­bar­quait le reste du train avant, di­rec­tion le champ de blé le plus proche ! Je pense que je se­rais al­lé beau­coup plus vite avec une Twin­go ce jour-là… Je vous as­sure que j’ai sé­rieu­se­ment mouillé ma che­mise du­rant cet après-mi­di, et la tem­pé­ra­ture du mois de juin n’y était pas pour grand chose. Comme disent nos amis an­glais, il ne s’agit là que de mon “ove­rall fee­ling“, mon im­pres­sion gé­né­rale, en bon fran­çais. C’est sûr, je n’étais pas là pour m’amu­ser.

DEUXIÈME, TROI­SIÈME, C’EST ÉNORME !

il faut com­men­cer par faire chauf­fer l’ani­mal, ce qui n’est pas très long car il fait un pe­tit 38° C à l’ex­té­rieur, en im­pri­mant quelques coups d’ac­cé­lé­ra­teur qui donnent la chair de poule. vous sa­vez, ces pe­tits coups brefs, sac­ca­dés, sans ja­mais dé­pas­ser les 3 000 tr/mn, qui mettent bien dans l’am­biance. J’en­clenche la 1ère, as­sez raide, avec un em­brayage éton­ne­ment lé­ger et pro­gres­sif (c’est ce­lui d’ori­gine), je fais de­mi-tour pour ré­cu­pé­rer la dé­par­te­men­tale et c’est par­ti ! deuxième, troi­sième, c’est énorme ! Le bruit est as­sour­dis­sant avec des ré­so­nances un peu par­tout dans l’ha­bi­tacle. J’ai l’im­pres­sion que la voi­ture va se cas­ser en deux. La co­lonne ver­té­brale en prend un coup, c’est le manque d’ex­pé­rience, les res­sorts durs, les pneus raides… Le bruit des pots la­té­raux qui dé­bouchent sous les por­tières est in­fer­nal. ils ont sup­por­té ce­la du­rant 24 heures. mais ils avaient leurs casques. Tu parles…

À l’ac­cé­lé­ra­tion, le ca­pot part à droite, à gauche, ins­tinc­ti­ve­ment je freine, sans sa­voir pour­quoi, par ré­flexe de sur­vie sans doute. La di­rec­tion est af­freu­se­ment dure, elle “fixe“le bi­tume comme c’est pas croyable alors que les pneus sont loin d’être à tem­pé­ra­ture. Ça sent le ri­cin, le plas­tique chaud, le mé­tal brû­lant et la gar­ni­ture d’em­brayage. Les 420 che­vaux, les 44 mètres-ki­los du v12 sont moins in­ti­mi­dants que l’en­vi­ron­ne­ment dans le­quel ils opèrent, vous pou­vez me croire.

“… Dés qu’une roue trouve une bosse, c’est tout la voi­ture qui s’en­gage û“

Le chNs­sis 15667 fur li­vré à Charles Poz­zi-Fer­ra­ri France trois mois avant les 24 eures 1972. Le ser­vice com­pé­ti­tion-clients de Ma­ra­nel­lo avait spé­cia­le­ment pré­pa­ré la Day­to­na aux spé­ci­fi­ca­tions du Groupe 4.

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