RE­TOUR À LA CASE SO­LO

Be - - PRECIOUS -

SOU­DAIN, APRÈS UNE LONGUE HIS­TOIRE, ELLES SE RE­TROUVENT

LIBRES COMME L’AIR. NOS FILLES NOU­VEL­LE­MENT DIS­POS RA­CONTENT CETTE DRÔLE DE PÉ­RIODE, DÉBOUSSOLANTE

MAIS AUS­SI VI­VI­FIANTE, DE RE-CÉ­LI­BAT.

La scène se dé­roule dans un bar du VieuxLille. Yaël est en va­drouille avec ses deux co­pines d’en­fance, et l’hap­py hour fait son ef­fet. Notre jo­lie brune de 31 ans, prise dans le cha­hut am­biant, se laisse abor­der par un hips­ter pur jus, de la bar­biche aux desert boots. Après avoir ba­var­dé prix des consos, in­ter­ven­tion fran­çaise au Ma­li et pour ou contre Cy­ril Ha­nou­na, la ques­tion tombe tel un mé­téore sur le zinc : “T’es cé­li­ba­taire ?” Yaël ré­pond ou, plu­tôt, bre­douille : “Euh… non, j’ai un mec, euh…” Elle ra­conte : “C’est sor­ti du tac au tac. Je crois bien qu’à cet ins­tant, mon coude a dé­ra­pé comme quand on est bour­ré. Honte to­tale. La vé­ri­té, c’est que, oui, j’étais cé­li­ba­taire. De­puis deux mois pile. Mais j’avais en­core du mal à réa­li­ser. À as­si­mi­ler. Sor­tir avec ce mec, c’était comme si je trom­pais mon ex !” Et deux fois de plus, comme l’apôtre Pierre à Jé­sus, elle nie­ra son cé­li­bat jus­qu’au chant du coq… Ver­tige. C’est le mot qui re­vient le plus dans la bouche des nom­breuses filles que nous avons in­ter­viewées. Ver­tige que pro­cure cette li­ber­té sou­daine, étour­dis­sante. Ver­tige que dé­crypte le psy­cha­na­lyste Sa­ve­rio To­ma­sel­la, au­teur des “Amours im­pos­sibles” (éd. Ey­rolles) : “N’étant ja­mais vrai­ment adultes, nous avons be­soin d’être ras­su­rés. Les re­la­tions af­fec­tives en gé­né­ral, le couple en par­ti­cu­lier, ap­portent cet apai­se­ment. Le quo­ti­dien s’or­ga­nise au­tour de ces re­pères. S’il y a rup­ture, tout s’ef­fondre, vole en éclats. On se sent du coup à vif, hy­per­sen­sible, flot­tant. Chaque évé­ne­ment agit comme une caisse de ré­so­nance.” Post se­pa­ra­tum, ani­mal triste. Même si c’est la fille qui part, n’en peut plus, n’aime plus, il y a fa­ta­le­ment ce laps de temps où elle est sub­mer­gée par l’émo­tion. Sa­ve­rio To­ma­sel­la in­siste : “Il faut en pas­ser par là, il n’y a pas de vraie li­ber­té sans an­goisse préa­lable.” La peine, l’an­goisse… Tout a dé­jà été dit là-des­sus. Moins sur cette so­li­tude flash, qui fait ir­rup­tion sans qu’on y soit pré­pa­rée. San­drine, 32 ans et deux his­toires de six ans au comp­teur, peut en té­moi­gner : “D’un coup, tu ne re­çois plus d’ap­pel ni de tex­to in­time. Tu rentres dans un ap­part vide, si­len­cieux. Tu pa­niques et t’in­ter­roges : « Qui s’in­quiète de moi ? »” La ten­ta­tion se­rait alors de re­gret­ter l’avant, de ré­ha­bi­li­ter ce­lui dont on vient de se sé­pa­rer et de de­ve­nir “la grande brû­lée de l’amour” dé­crite avec iro­nie dans “L’amour est tout près” (éd. Phi­lippe Rey), que viennent de co­si­gner Alix Girod de l’Ain et Ka­rine Le Mar­chand : “Celle qui ne se re­met pas de sa rup­ture, ru­mine les cir­cons­tances du drame, dont elle abreuve les oreilles com­pa­tis­santes. Elle fa­tigue tout le monde, y com­pris les hommes qui au­raient pu être at­ti­rés par elle.” Oups, on ou­blie.

DU “NOUS” AU “JE”

Alors cer­taines, pour com­bler le vide, éva­cuer les peurs – af­fec­tives voire éco­no­miques – ou même par ven­geance, vont avoir la ten­ta­tion

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