LE FILM DU MOIS

Be - - TOUT DE SUITE - —GAËL LE BELLEGO

“ME­TRO MA­NI­LA”, UN ROAD MOVIE UR­BAIN DANS L’EN­FER DE MA­NILLE :

“DRIVE” EN MODE DÉ­BRI­DÉ.

s’em­porte le “Hol­ly­wood Re­por­ter”. Il est vrai que “Me­tro Ma­ni­la”, si­gné par l’An­glais Sean El­lis (“Ca­sh­back”), a la ner­vo­si­té du clas­sique de Scor­sese. Pour­quoi, comment ? Un tour­nage ex­pé­dié en trente jours, des ac­teurs du cru (cet exo­tisme change des hol­ly­woo­de­ries), un tigre dans le mo­teur. D’abord, c’est le drame : un couple de fer­miers et leurs deux fillettes quittent les mon­tagnes, la sai­son n’a pas été bonne. De pont de singes en ri­zières chlo­ro­phylles, ils des­cendent jus­qu’à la ca­pi­tale. Ma­nille, nou­vel el­do­ra­do ? Mais hé­las, l’herbe y est moins verte ; à dé­faut de la fou­ler, les gens d’ici la fument. De bi­don­villes en squats, la gen­tille fa­mille doit sur­vivre. Ga­gner de l’ar­gent. Ma­man consent à faire la pute, pa­pa dé­croche un job de convoyeur de fonds très ex­po­sé. Pris dans un en­gre­nage, por­té par la né­ces­si­té, notre can­dide va som­brer dans du deal ri­poux. Et le film, jus­qu’alors chro­nique d’un exode ru­ral, se trans­forme en crime sto­ry ten­du comme un arc. Est-ce la ville bour­don­nante, aux mille dan­gers ? Ou cette fa­çon qu’a le réa­li­sa­teur de fil­mer les nuques, les joues en gros plans ? On ne res­pire pas. Sans vio­lence gra­tuite, “Me­tro Ma­ni­la” crée le ma­laise. Un ma­laise ma­gni­fique. Et sans mi­sé­ra­bi­lisme non plus. Quand Mai, la ma­ter dolorosa de cette fa­mille, lâche de déses­poir : “On n’a rien”, le film semble ré­pondre, avec sub­ti­li­té : “Si, il reste votre di­gni­té.” “Me­tro Ma­ni­la” de Sean El­lis. Avec Jake Ma­ca­pa­gal, Al­thea Ve­ga. En salles le 17 juillet.

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