‘‘Ce qui est sûr, c’est que mon his­toire ne se lit pas sur mon vi­sage’’

Be - - DRESS CO D E S -

qu’il se mo­quait de moi car j’in­ter­prète dans ce film le rôle prin­ci­pal, une chan­teuse de bar afri­caine ! Quand quel­qu’un lui a ex­pli­qué sa mé­prise, je suis de­ve­nue rouge sous ses com­pli­ments. C’était une ren­contre hal­lu­ci­nante. Scor­sese est un grand pas­sion­né du Ma­li, qu’il a dé­cou­vert par le biais de la musique. Il a réa­li­sé le do­cu­men­taire “Du Ma­li au Mis­sis­sip­pi”, qui re­trace les ori­gines du blues. Il pré­side la World Ci­ne­ma Foun­da­tion, qui res­taure des pel­li­cules de films an­ciens, no­tam­ment dans les pays du sud… Bref, on a tant de choses à se dire que je pour­rais res­ter deux se­maines en­fer­mée avec lui, pour­vu qu’on ait de l’eau et de la nour­ri­ture. Dans l’as­cen­seur, vous vous re­gar­dez dans le mi­roir et vous vous dites… Ça dé­pend des jours et de mes humeurs. Je peux me trou­ver belle, hi­deuse, étrange... Ce qui est sûr, c’est que mon his­toire ne se lit pas sur mon vi­sage. Sans avoir été Co­sette, j’ai dû af­fron­ter, dans mon en­fance et mon ado­les­cence, des ques­tions d’ordre ma­jeur. J’ai per­du mon père à 8 ans, puis mon frère. Et tan­dis que je tra­ver­sais ces mo­ments de chaos, on me pre­nait pour une fille d’am­bas­sa­deur ul­tra fa­vo­ri­sée ! J’ai sou­vent don­né l’ap­pa­rence d’une per­sonne sûre d’elle, voire fière. La ca­mé­ra est une al­liée pour af­fi­ner l’image de soi ? Elle est un témoin ex­trê­me­ment pri­vi­lé­gié. J’ai tra­vaillé avec un coach, au La­bo­ra­toire de l’acteur, qui m’a beau­coup ai­dée à dé­pas­ser mes ré­sis­tances et à me mettre en dan­ger. Elle me di­sait : “Il faut rendre hom­mage à sa propre his­toire”, c’est-à-dire la ver­ba­li­ser, l’in­car­ner. Ce­la a eu un ef­fet très puis­sant sur moi. Je suis d’ailleurs per­sua­dée qu’on ne nous offre ja­mais un rôle par ha­sard. Sou­vent, un réa­li­sa­teur vous pro­pose un per­son­nage sans connaître votre vie in­time, or ce rôle était né­ces­saire pour vous à ce mo­ment-là, en lien avec des pro­blé­ma­tiques sin­gu­lières. Quel rap­port avez-vous avec le temps qui passe ? Je suis très cri­tique sur la fa­çon dont on re­garde les femmes avan­cer en âge en Oc­ci­dent. On marche sur la tête. Heu­reu­se­ment, j’ai bai­gné dans une double cul­ture, et je bé­nis ma part afri­caine quand il s’agit de vieillir. Sans comp­ter que les peaux noires se rident moins vite ! [Rires] En Afrique, on dit “le vieux”, “la vieille” comme une marque de res­pect. C’est le cas d’ailleurs dans “Aya de Yo­pou­gon”, qui se passe en Côte d’Ivoire. Là-bas, quand on prend du poids avec l’âge, on per­çoit ce­la comme une as­sise, une au­to­ri­té na­tu­relle. Beau­coup at­tendent même im­pa­tiem­ment de vieillir pour qu’on soit aux pe­tits soins avec eux. Du coup, j’ai du mal à com­prendre la peur abys­sale qui sai­sit les co­mé­diennes pas­sé 28 ans. On a tel­le­ment d’exemples ma­gni­fiques de femmes qui se bo­ni­fient avec le temps. Ge­na Row­lands, Jeanne Mo­reau, Na­tha­lie Baye. Moi, j’ai 38 ans, et plus

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