MON NOU­VEAU NEZ

Be - - DRESS CO D E S -

À 36 ANS, LAURE A DÉ­CI­DÉ DE PAS­SER À L’ACTE. MAIS S’AT­TEN­DAIT-ELLE À CE QU’UNE RHI­NO­PLAS­TIE PRO­VOQUE UN TEL BOU­LE­VER­SE­MENT DANS SA VIE ?

“Pe­tite, ma mère me di­sait sou­vent : « C’est dom­mage, tu as le nez de ton père. Ce n’est pas grave, tu le fe­ras re­faire. » Je sa­vais de quoi elle par­lait, mais cette pro­tu­bé­rance ne m’avait ja­mais vrai­ment gê­née. Je n’étais pas du genre à ca­cher mon nez sous des tonnes de fond de teint. Cette pe­tite pa­tate qui avait ten­dance à des­cendre méchamment vers le sud ne me com­plexait pas et n’était pas un obs­tacle dans ma vie sen­ti­men­tale. J’étais par­fois aga­cée à la vue d’une pho­to de moi, mais c’est sur­tout que ce nez me vieillis­sait et ren­voyait une image sé­vère et triste de moi, bien loin de ma per­son­na­li­té en­jouée. Mon pro­fil man­quait de ron­deur, de dou­ceur. À force d’en­tendre les gens me de­man­der si j’étais contra­riée, je fi­nis­sais par de­ve­nir ar­ro­gante et fran­che­ment vexée. J’avais beau sou­rire de toutes mes dents, c’était tou­jours la même ren­gaine. Après tren­te­six an­nées pas­sées à le voir au mi­lieu de ma fi­gure, je ne pou­vais plus l’en­ca­drer. Mon nez com­men­çait à avoir rai­son de mon en­thou­siasme in­né. Il était temps d’agir. Fin août, en va­cances, al­lon­gée sur un tran­sat, le chant des ci­gales en fond so­nore et le vi­sage face au so­leil, j’ai en­ta­mé la liste de mes fu­tures ré­so­lu­tions de la ren­trée. Vous con­nais­sez l’his­toire : on pro­met de les suivre, mais elles dis­pa­raissent sans lais­ser de traces deux se­maines plus tard. Pouf ! Mais, cette an­née, j’en­vi­sa­geais les choses avec plus d’am­bi­tion. J’ai lan­cé, avec beau­coup d’aplomb : « Je vais me faire re­faire le nez en dé­cembre. » C’était dit. L’aveu m’a pa­ru sou­dain très an­gois­sant. Même si ce pro­jet me trot­tait dans la tête de­puis des an­nées, je n’en avais ja­mais par­lé. Là, à 36 ans, c’était of­fi­ciel. Je pre­nais mes meilleurs amis comme té­moins. Im­pos­sible de faire ma­chine ar­rière. Les dés étaient je­tés.

UN PARFUM D’AVEN­TURE

De re­tour à Pa­ris, j’ai pris ren­dez-vous avec deux chi­rur­giens. J’ai choi­si ce­lui qui m’ins­pi­rait le plus confiance et qui n’ajou­tait pas un com­pli­ment à chaque fin de phrase. Je me sen­tais bien dans ma peau, je n’avais pas be­soin d’être ras­su­rée sur mon phy­sique. Mis à part ma mère, je n’avais ja­mais en­ten­du la moindre re­marque déso­bli­geante sur mon nez. C’était plu­tôt le contraire : je pense être une jo­lie femme, brune, grande, à la taille fine. Je suis cé­li­ba­taire par choix et non par dé­pit, et je ne manque pas de pré­ten­dants. Pour la date de l’in­ter­ven­tion, je comp­tais la glis­ser, ni vue ni connue, pen­dant les va­cances de fin d’an­née. En marge de la bat­te­rie d’exa­mens à su­bir, j’ai pas­sé l’au­tomne à me tor­tu­rer l’es­prit. J’étais ter­ri­fiée. Je re­dou­tais d’al­ler à l’en­contre de mes va­leurs. Moi, la femme na­tu­relle qui se ma­quille très peu et mange sai­ne­ment, je vou­lais pas­ser sur le billard ? Et si je de­ve­nais une bim­bo lisse ? Je tra­vaille dans l’in­dus­trie de la mode et je cô­toie quo­ti­dien­ne­ment des man­ne­quins. Un peu dé­rou­tée, je me de­man­dais sans cesse : n’es-tu pas en train de cé­der à un dik­tat ? Si tu com­mences la chi­rur­gie, pour­ras-tu t’ar­rê­ter ? Sur­gis­saient dans mon es­prit des images de femmes lif­tées et re­faites de par­tout, qui res­sem­blaient à des mé­rous sans âme... Après des nuits pas­sées à me re­mettre en ques­tion, j’ai fi­ni par me ras­su­rer en me di­sant que je n’étais pas en quête de la per­fec­tion. Je n’avais pas peur du temps qui passe, je vou­lais juste être en har­mo­nie avec ma per­son­na­li­té et mon image. À la moindre crise de pa­nique, je pou­vais comp­ter sur le sou­tien mo­ral et les bons conseils de ma meilleure amie, qui a dé­jà eu re­cours à la chi­rur­gie es­thé­tique.

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