LE FILM DU MOIS

Be - - TOUT DE SUITE - —GAËL LE BELLEGO

“GRAND CEN­TRAL”, DRAME NU­CLÉAIRE OÙ L’AMOUR EST LA PIRE

DES ÉMA­NA­TIONS TOXIQUES.

Un jour, il fau­dra dé­non­cer ce ci­né­ma fran­çais bour­geois, dé­con­nec­té, qui si­tue ses his­toires dans des ap­parts par­quet-mou­lures-che­mi­nées de 180 m2. Ouf, ici, contre-exemple : la jeune réa­li­sa­trice Re­bec­ca Zlo­tows­ki, sur­douée de 30 ans à la­quelle on doit “Belle épine”, s’in­té­resse à la France d’en bas. Et suit Ga­ry (Ta­har Ra­him, ma­gné­tique), pro­lo qui en veut. Tel­le­ment qu’il dé­croche un job mal payé, mal re­mer­cié, mais ex­po­sé à fortes doses : dé­con­ta­mi­na­teur dans une cen­trale. Chair à ré­ac­teur qui, chaque soir, me­sure sa dose ra­dio­ac­tive. Entre eux, cha­hu­teurs et sales gosses, ces tra­vailleurs de l’ombre, par­qués dans des mo­bile homes, blaguent sur Tcher­no­byl, s’aèrent le temps d’une vi­rée en ba­gnole ou d’un billard. Mais le film n’est pas que chro­nique ou­vrière. Car Ga­ry va tom­ber amou­reux de Ka­role, la femme d’un col­lègue, dé­but d’une pas­sion adultère en fu­sion. La pre­mière ap­pa­ri­tion de Léa Sey­doux, coupe à la gar­çonne, short en jean et bo­dy blanc, a le chic des éro­tismes qui s’ignorent. On aime leur amour au­tant qu’on le re­doute : la cen­trale – énor­mi­té fu­mante mon­trée en sil­houette à chaque fois qu’ils s’em­brassent – sym­bo­lise la me­nace. Heu­reu­se­ment, outre les ten­sions, la ci­néaste, sen­sible et bien­veillante, sait aus­si sai­sir la grâce fré­mis­sante d’un re­gard qui se trouble ou d’une main frô­lant une cuisse. “Grand Cen­tral” de Re­bec­ca Zlo­tows­ki, avec Ta­har Ra­him, Léa Sey­doux, Oli­vier Gour­met. En salles le 28 août.

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